Ecoutez Radio Sputnik
    Des touristes à Paris

    Fréquentation en baisse en juillet: quand les Français boudent la France

    © AP Photo / Francois Mori
    France
    URL courte
    Fabien Buzzanca
    12141

    L'heure est au premier bilan de la saison touristique estivale de juillet. Si l'Île-de-France affiche une augmentation de 10% du chiffre d'affaires généré par la clientèle étrangère, le reste du pays accuse le coup avec une baisse de 4%. La faute en partie aux Français eux-mêmes: en juillet, beaucoup ont eu des envies d'ailleurs…

    La France plus prisée par les étrangers que par les Français? Avec 87 millions de visiteurs en 2017 selon les chiffres de la Direction générale des entreprises (DGE), l'Hexagone a conservé la tête du classement des pays accueillant le plus de touristes par an. Après une baisse de 2,1% en 2016 suite aux attentats, le pays attire de nouveau les touristes étrangers. Mais voilà, la majeure partie de l'activité du secteur est portée par le marché domestique. Au contraire de l'Île-de-France, qui bénéficie de l'aura de Paris attirant toujours une clientèle étrangère en masse, la province a elle grand besoin de ses touristes nationaux. Et à en croire les premières données disponibles, ce sont les Français eux-mêmes qui auraient boudé leur pays en juillet. En effet, d'après les chiffres du cabinet spécialisé Protourisme, la province a accusé une chute de 4% du chiffre d'affaires lié à l'activité touristique par rapport à la même période en 2017. Pourtant, les Français ont été 300.000 de plus à choisir le camp des juilletistes cette année. Alors d'où viennent ces mauvais chiffres? Pour Didier Arino, directeur général de Protourisme interrogé par France Info, l'explication est limpide:

    «Le bilan est négatif pour le tourisme hexagonal car si les Français sont plus partis, ils sont essentiellement partis à l'étranger. Il y en a eu 700.000 de plus qui ont décidé de voguer vers d'autres destinations et notamment une très forte progression de la péninsule ibérique, mais aussi de l'ensemble des îles et de la Méditerranée.»

    Didier Arino explique notamment ce désir d'ailleurs par des risques géopolitiques plus faibles pour certaines destinations comme le Maghreb et par les grèves qui ont secoué la France au mois de mai. Elles auraient «contribué à accélérer les réservations vers les destinations étrangères, beaucoup plus faciles au départ des grandes métropoles avec les compagnies low cost».

    ​Contacté par Sputnik France, Guillaume Cromer, directeur du cabinet ID-Tourism et président de l'association Acteurs du Tourisme Durable, pointe du doigt les tarifs trop élevés dans l'Hexagone:

    «La question du coût pèse inévitablement dans la balance. Des pays comme la Tunisie reviennent en force après une période de délaissement due au risque terroriste. L'Espagne marche toujours très bien, le Portugal explose. Il est certain que faire des formules tout compris à 500 euros devient très compliqué en France. L'Hexagone est clairement plus cher que plusieurs de ses voisins et même le prix du transport pour se rendre dans ces pays est largement compensé par le coût moindre sur place.»

    La nécessité d'un équilibre subtil

    Le tourisme en province est-il donc condamné à s'effondrer petit à petit dans un contexte économique tendu? Guillaume Cromer nuance:

    «Il ne faut pas tout mettre dans le même sac. Il est clair que plusieurs destinations de province sont couteuses. Dans certaines régions, je pense à la Côte d'Azur, vous payez votre pression aussi chère qu'à Paris. Mais d'un autre côté, vous avez des zones rurales ou montagneuses qui proposent un tourisme estival à des prix raisonnables.»

    Pour le spécialiste, il est nécessaire de trouver un équilibre subtil entre tourisme de qualité et bon rapport qualité-prix. Son cabinet accompagne plusieurs territoires dans leurs stratégies touristiques et il se heurte à une tendance de fond qu'il juge préjudiciable pour l'avenir du secteur:

    «Il y a toujours cette volonté de monter en gamme. On n'entend jamais parler pour une destination française de la mise en place d'une stratégie basée sur un bon rapport qualité-prix. Il faut surtout garder à l'esprit que le critère numéro un pour les gens reste le prix. Et à l'heure d'internet et des comparateurs en tout genre, c'est la chasse continue aux bons plans. Un commentaire laissé sur un site fustigeant le prix exorbitant d'un café dans tel ou tel endroit suffit à créer un bad buzz pour la destination et à diriger les touristes vers d'autres lieux plus accessibles.»

    Qui dit équilibre dit forcément autre côté de la balance. Pour Guillaume Cromer, à trop casser les prix, le risque de perdre en qualité se fait présent, tout comme celui de se diriger vers un tourisme de masse avec tous les désagréments que cela entraîne:

    «Il est nécessaire pour le secteur français d'éviter des situations comme à Barcelone ou dans les pays de l'Est où des hordes de jeunes vacanciers viennent se saouler en profitant des prix cassés et dont les comportements ont un impact négatif sur la vie des locaux. On voit d'ailleurs de plus en plus d'habitants de ces zones se révolter contre ce tourisme de masse et cela pourrait très bien arriver en France.»

    Quid du mois d'août? Doit-on s'attendre à une amélioration? C'est l'avis de Didier Arino. «Le mois d'août, c'est près de 58% de la fréquentation juillet-août. D'ailleurs, on a vu une accélération des réservations à partir du 21 juillet», a-t-il expliqué à nos confrères de France Info. Il insiste également sur l'impact de la Coupe du Monde de football qui aurait conduit beaucoup de Français à repousser leurs vacances. Ce que confirme Guillaume Cromer: «Je pense qu'il y a eu un petit effet Coupe du Monde qui a fait que certains Français ont retardé leurs vacances pour voir tranquillement les matches.»

    Plus que le Mondial, c'est un changement profond dans les habitudes de consommation des Français qui serait un motif d'espoir pour les professionnels du secteur:

    «Quand on regarde les dernières années, on constate qu'un décalage s'effectue au niveau des départs. On est plus sur la période classique du 15 juillet au 15 août. On déborde beaucoup, sur le mois d'août et le mois de septembre, parfois même vers l'automne», analyse le gérant d'ID-Tourism.

    Avant de conclure: «Si la météo se maintient je ne suis pas inquiet. Le mois d'août sera bon.»

    Lire aussi:

    Sécurisée, la Tunisie plaide pour la levée des dernières restrictions de voyage
    Quand Game of Thrones booste le tourisme islandais
    Des dizaines de milliers: le nombre de Français ayant visité Moscou en 2017 dévoilé
    Tags:
    bilan, touristes, tourisme, vacances, France
    Règles de conduiteDiscussion
    Commenter via FacebookCommenter via Sputnik