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    La France cherche une alternative tricolore au logiciel d’analyse du big data made in CIA

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    France
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    Gaëlle Nicolle
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    Actuellement dépendante de Palantir, un logiciel américain développé avec des fonds de la CIA, la France cherche des alternatives nationales. Au-delà des questions de «souveraineté numérique», ne s’agirait-il pas simplement d’une affaire de «gros sous»? Gérald Arboit, expert en renseignement au CF2R, répond à Sputnik.

    «Si le gouvernement veut se séparer de Palantir, c'est qu'a priori ils ont trouvé une solution alternative»,

    estime l'expert en renseignement Gérald Arboit, du Centre Français de Recherche sur le Renseignement (CF2R). La startup Palantir a été créée au début des années 2000 avec le soutien financier d'In-Q-Tel, le fonds d'investissement de la CIA. Le logiciel qu'elle a développé est utilisé par la DGSI pour analyser l'immense quantité de données qu'elle collecte depuis 2015 dans le cadre de la lutte contre le terrorisme. Signé en 2016 «en l'absence d'une solution française et européenne», d'après son directeur, le contrat serait remis en cause. Une alternative serait à l'étude, d'après l'agence Bloomberg, information repérée par Les Échos. A l'époque, «ça avait posé un problème», explique M. Arboit:

    «C'est une boîte américaine, elle a été créée par une couveuse financée par la CIA. Aujourd'hui, la CIA est dans Palantir pour 0,002% de son capital. C'est une société privée», assure-t-il: «Palantir n'a pas de porte dérobée.»

    En effet, le problème soulevé concernait la maîtrise de son renseignement par la France. Voir autant de données sensibles être traitées par une entreprise américaine, financée par la CIA de surcroit, posait la question de leur possible détournement.

    Ainsi, la France souhaite désormais son propre logiciel: «Nous cherchons aujourd'hui à développer une offre française ou européenne», explique Laurent Nunez, le patron de la Direction générale de la sécurité intérieure, à Bloomberg. Une offre sur laquelle plusieurs entreprises ont planché et qui pourrait être utilisée par d'autres agences.

    «Pourquoi payer une licence alors qu'on peut en sortir?», questionne M. Arboit, qui y voit le signe que la France a peut-être dépassé son retard technologique en la matière:

    «On va habiller ça sous une couverture de sécurité nationale, de souveraineté informatique, tous ces grands mots qui ne veulent rien dire, alors qu'on est face à une affaire de gros sous, d'incapacité nationale à former des ingénieurs capables de faire ce genre d'algorithme.»

    «On a réussi à planter notre industrie informatique dans les années 80», poursuit-il, alors que «dans les années 1990, la CIA a monté des incubateurs pour qu'on leur fabrique des solutions informatiques, qu'eux puissent utiliser.»

    Le logiciel alternatif répondra-t-il mieux aux défis de renseignement auxquels la France doit faire face que le précédent? Interrogé par l'Humanité, Yann Le Pollotec, responsable de la révolution numérique au PCF, explique que «le problème de ces analyses basées sur le big data est que cela révèle les corrélations, mais pas les causalités.»

    Par exemple, «le principal point commun de tous les gens qui reviennent de Syrie, après des années passées auprès de Daech, est qu'ils s'étaient sentis humiliés par leur conseiller d'orientation en 3e, au collège. Sachant cela, un algorithme va nous générer des millions de suspects potentiels! Je ne crois pas en ce type d'outil en matière de prévention du terrorisme, le renseignement humain me semble plus pertinent.»

    Aurait-il mieux valu dès lors invertir dans le renseignement humain que dans un «Palantir à la française»?

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    Tags:
    Palantir, CIA, États-Unis, France
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