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    Jacques Nikonoff: «Tout est pourri dans le système financier»

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    Jean-Baptiste Mendès
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    Intellectuel militant longtemps à gauche, passé par Wall Street, il s’engage maintenant pour la démondialisation et le Frexit. à la tête du Pardem, Jacques Nikonoff a d’ailleurs tenté de se présenter comme candidat à l’élection présidentielle en 2017. Voici son histoire.

    Le souverainisme, combien de divisions? Après avoir brossé un portrait pas vraiment dans le sens du poil de François Asselineau, voici le venu temps de m'attaquer à un autre homme politique de la même mouvance, Jacques Nikonoff. Rendez-vous chez lui, pavillon avec jardin à Paris, intérieur années 30 laissé dans son jus… et pour cause, c'est l'ancienne demeure de l'architecte et militant de gauche Roland Castro.

    Le président du Pardem, Parti pour la démondialisation, qui revendique un millier d'adhérents, n'est pas un monolithe. Il a vécu plusieurs vies: ouvrier communiste, syndicaliste, président d'ATTAC, universitaire et homme politique. Oui, dorénavant, il milite pour la démondialisation et le retrait français de l'Union européenne. Son discours est rôdé, son argumentaire bien construit, Jacques Nikonoff a été dix-neuf ans enseignant, et on le sent rapidement.

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    Rebelle, mais dans le Système

    Loin d'être un inconnu, il a participé à de nombreux mouvements, écrit de nombreux ouvrages sur l'Union européenne, la finance et le chômage. Alors président d'ATTAC, face à des élections internes en 2006, Jacques Nikonoff est accusé de bourrage d'urnes. Lui parle de putsch contre son clan, les antimondialistes, dont faisait aussi partie Bernard Cassen, ancien directeur du Monde diplomatique, de la part des altermondialistes. Nikonoff revendique aussi le rôle décisif de l'association pour la victoire du Non au référendum sur la Constitution européenne en 2005.

    Il ne se dit plus de gauche, mais pas non plus de droite et encore moins au centre. Le chômage est pour lui la question essentielle de la société, mais celui-ci serait organisé par la classe dominante acquise au fameux néo-libéralisme, notamment pour faire pression sur les salaires. Jacques Nikonoff estime d'ailleurs que le chômage est aussi à la source de bien d'autres maux:

    «Le chômage, on le retrouve à la base du terrorisme et de la montée de l'islamisme. Réglons la question du chômage et on verra que la situation s'améliorera rapidement.»

    Ainsi, la problématique culturelle et identitaire est seconde pour Jacques Nikonoff. Une position que l'on retrouve majoritairement à gauche, expliquant la plupart des problématiques politiques par l'économie. Pourtant, si l'on écoute attentivement son propos sur l'immigration, il y aurait de quoi faire grincer des dents chez de nombreux gauchistes:

    «Il faut stopper l'immigration. Je fais la distinction entre l'immigration économique et les réfugiés. Les réfugiés doivent avoir leur place, doivent être accueillis convenablement de façon transitoire, ils n'ont pas vocation à rester sur place. L'immigration économique, quand il y a plus de six millions de chômeurs en France, non, il faut arrêter. Non seulement il faut arrêter l'immigration économique, mais il faut organiser le retour sur une base volontaire.»

    Je vous le disais, le personnage est inclassable. Ou plutôt a-t-il assimilé à sa façon la fin du clivage droite/gauche, à l'image d'Emmanuel Macron?

    Du Travail au Capital… au Travail

    Petit fils de communistes russes, il grandit à La Courneuve, à la Cité des 4.000, il est engagé durant une dizaine d'années comme ouvrier spécialisé, connaît le chômage, la précarité, puis est miraculeusement repêché par le «Système», réussit le concours de l'ENA, intègre la Caisse des Dépôts et se rend à Wall Street.

    La méritocratie républicaine, sauf que patatras… Rentré des États-Unis après y avoir passé trois ans en tant que représentant de la Caisse des Dépôts et attaché financier au Trésor, il publiera un ouvrage marquant, La comédie des fonds de pension. Des fonds de pension que l'institution financière française (à l'époque publique) voulait mettre en place en France, ce qu'il refusera net. Il est donc muté comme enseignant à Paris VIII, plus précisément, l'Institut d'Études Européennes. Où là aussi, il détonnera, évidemment, continuant lors de ses cours à professer sa haine de la haute finance et des traités européens. Du communisme à la Georges Marchais.

    Il participait d'ailleurs récemment à une émission sur Sputnik, où il expliquait en profondeur, sa vision de l'Union européenne, évoquant les divisions sur la question migratoire:

    «La gouvernance par les Traités, la volonté d'aligner tout le monde, finalement le totalitarisme du système de l'Union européenne se fissure de plus en plus.»

    Il a également adopté un discours nuancé sur le Premier ministre hongrois, Viktor Orban, tout juste mis au ban par le Parlement européen:

    «Il me semble que chaque pays a le droit de débattre et de décider lui-même qui entre ou pas sur son territoire, c'est un attribut de la souveraineté. J'ai de nombreux désaccords avec Monsieur Orban, qui explique qu'il veut que la Hongrie reste un pays chrétien. Mais c'est le problème des Hongrois, c'est à eux de décider.»

    Une émission de Jacques Sapir à retrouver évidemment sur notre page YouTube

    Le hic, c'est que le souverainisme n'est plus franchement à la mode en 2018, pas en odeur de sainteté parmi l'élite politico-médiatique, d'autant plus que le ton du président du Pardem, à la fois professoral et militant, n'a pas l'air de séduire les foules. Trois raisons pouvant expliquer le fait qu'il n'ait pu réunir les 500 signatures obligatoires pour candidater à l'élection présidentielle.

    Après ce cuisant échec, Nikonoff se présenta aux élections législatives, mais pas dans n'importe quelle circonscription, la plus médiatisée depuis que le FN a décidé d'en faire son fief en 2012, celle d'Hénin-Beaumont, à l'instar de ce qu'avait tenté en vain Jean-Luc Mélenchon. Voici d'ailleurs une vidéo filmée par les militants du Pardem, sur le marché de Méricourt, le 20 mai 2017, entre les deux candidats qui se couvrent étonnamment d'amabilités.

    À la retraite depuis quelques mois, l'enseignant Jacques Nikonoff pourra ainsi davantage se consacrer à son mouvement. Pour préparer l'échéance des élections européennes en 2019?

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    Tags:
    homme politique, Frexit, droite, gauche, chômage, immigration, économie, réfugiés, ATTAC France, Front national (FN), Union européenne (UE), Roland Castro, Jacques Nikonoff, Jean-Luc Mélenchon, France
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