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    Nicolas Dupont-Aignan arrache encore des élus à Marine Le Pen… Alerte au RN?

    © AFP 2018 Lionel Bonaventure
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    Fabien Buzzanca
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    Plusieurs élus déçus du Rassemblement national (ex-FN) ont décidé de soutenir le chef de file de Debout la France et sa liste pour les Européennes. Et ce n’est pas la première fois. Les derniers en date justifient leur décision par la volonté de se joindre à «une grande liste d’ouverture». Du côté du RN, pas question de céder à la panique.

    «Conseillers régionaux des quatre coins de la France, élus en 2015 sur des listes du Front National et du Rassemblement Bleu Marine, nous militons depuis des années pour défendre la liberté de notre nation. Alors qu'Emmanuel Macron veut engager notre pays dans la dernière étape de la dépossession des Français et de leur destin, aucune personnalité des deux principaux partis d'opposition, ni LR ni FN, n'a voulu porter la voix du peuple.»

    19 conseillers régionaux qui avaient été élus en 2015 sur des listes FN ont fait part de leur volonté de répondre à l'appel au rassemblement lancé par Nicolas Dupont-Aignan. Ils ont rédigé une lettre de soutien en ce sens et l'ont rendue publique le 3 octobre. Le chef de file de Debout la France (DLF) avait déçu les espoirs de Marine Le Pen le 23 septembre dernier en annonçant son intention de mener sa propre liste pour les Européennes. En mai, la présidente du Front national appelait pourtant à la formation d'une liste commune.

    Visiblement resté sourd, Nicolas Dupont-Aignan avait lancé son propre «appel solennel» à la droite, des Républicains au Rassemblement national (RM). Appel entendu par ces 19 conseillers régionaux au grand dam du RN. L'un des griefs avancés par les nouveaux soutiens de Nicolas Dupont-Aignan trouve son origine dans la décision de Marine Le Pen, comme du patron des Républicains Laurent Wauquiez, de ne pas conduire les listes de leurs partis pour ces Européennes. D'après les premiers «aucune personnalité des deux principaux partis d'opposition, ni LR ni FN, n'a voulu porter la voix du peuple». Des arguments que contestent l'eurodéputé RN Bruno Gollnisch qui s'est confié à Sputnik France:

    «Ce n'est pas très convenable de leur part. lls ont été élus sous notre étiquette. Leur justification est fallacieuse. Je pourrais conduire cette liste, Louis Alliot pourrait la conduire de même que Nicolas Bay. C'est un très mauvais procès fait à Marine Le Pen. Si elle avait pris la tête de la liste, on lui aurait reproché d'abandonner l'Assemblée nationale. Même s'il a besoin d'une figure forte, un parti ne peut pas se permettre de n'avoir qu'un seul leader convenable. Je pense qu'en vérité, tout ceci est lié à des contentieux au niveau local.»

    En mai dernier, DLF réalisait une grosse prise en attirant l'eurodéputé et ex-économiste du FN Bernard Monot. En décembre de la même année, Yasmine Benzelmat, Vanessa Juille et Béatrice Troussard, toutes trois élues du Conseil régional d'Ile-de-France, passaient du FN à DLF après avoir déploré «le virage à gauche du Front national» et un certain «autoritarisme». Contactée par Sputnik France, Yasmine Benzelmat n'est pas surprise par les récentes défections au sein des rangs du RN:

    «C'est la suite logique d'un mouvement dont j'ai été précurseur. A l'époque, j'avais déjà senti les symptômes qui frappaient le mouvement. Le congrès de refondation n'en a pas été un et on a assisté à une réorganisation autour de la cour de Marine Le Pen. Au lieu de tirer les leçons de l'échec de la Présidentielle, le RN a continué dans la voie du manque de clarté. On a des appels à la gauche, des appels à la droite et rien de bien défini. Quant aux Républicains, ils sont dans une querelle des égos. Nicolas Dupont-Aignan a toujours été clair dans son projet. Il a compris la crise dans laquelle se trouvent les partis traditionnels et en a profité pour mettre sur les rails un mouvement transpartisan afin de s'opposer à la politique d'Emmanuel Macron.»

    A la rentrée 2017, Nicolas Dupont-Aignan était à l'origine du lancement des Amoureux de la France. Mis en place avec le concours du président du Parti chrétien-démocrate (PCD) Jean-Frédéric Poisson, le concept se rapproche d'«En marche» d'Emmanuel Macron ou de «La France insoumise» de Jean-Luc Mélenchon. Il vise à «réunir une coalition de personnes» qui désirent bâtir «un programme» contre la politique d'Emmanuel Macron et se veut ouvert à tous.

    André Murawski, conseiller régional des Hauts-de-France, fait partie des signataires de l'appel à soutenir Nicolas Dupont-Aignan. Il ne sait pas encore s'il rejoindra DLF. Cependant, il estime que le «néo-FN» issu du congrès de Lille est «irréformable», «mal géré», et qu'«il faut construire du neuf». Depuis les élections régionales de 2015, ce ne sont pas moins de 13 conseillers qui ont démissionné du groupe RN des Hauts-de-France. Sébastien Chenu, un proche de Marine Le Pen, a d'ailleurs été poussé à quitter son poste de vice-président du groupe début septembre.

     

    ​Dans le Grand-Est, neuf conseillers se considérant «conservateurs partisans d'une union des droite» apportent également leur soutien au patron de Debout la France. Ils ont quitté le RN avant de former un nouveau groupe CNIP (Centre national des indépendants et paysans) et divers droite. Le CNIP, au même titre que le PCD de Jean-Frédéric Poisson font partie des Amoureux de la France aux côtés de DLF. 

    Pour Bruno Gollnisch, ces défections sont désagréables mais pas de nature à déstabiliser sérieusement le Rassemblement national en vue de ces élections européennes:

    «Nous bénéficions de plusieurs dizaines d'année d'expérience. Je vais moi-même bientôt fêter mes 30 ans de vie parlementaire européenne. Nous avons rempli des milliers de pages avec nos interventions. Avec tout le respect que j'ai pour Nicolas Dupont-Aignan, son mouvement ne possède pas cette expérience. Il aurait tout intérêt à nous rejoindre. Nos idées convergent.»

    Selon un sondage Odoxa publié le 13 septembre, le RN est au coude à coude avec La République en Marche. Il rassemble 21% des intentions de vote contre 21,5% pour la formation au pouvoir. DLF est loin derrière avec 6%. Yasmine Benzelmat explique que certains membres du RN rejoignent Nicolas Dupont-Aignan malgré une popularité moins forte par «conviction» notamment par rapport à «l'idée qu'il se fait d'une Europe des nations libres».

    ​«L'Europe des nations et des libertés», c'est justement le groupe dans lequel siège actuellement le RN au Parlement européen en compagnie d'autres formations souverainistes et anti-immigration. On y trouve pêle-mêle La Ligue de Matteo Salvini, le Parti de la liberté d'Autriche ou l'AfD allemand. Si des députés DLF venaient à être élus lors des Européennes, pourraient-ils siéger côte-à-côté avec leurs collègues du RN? 

    «Il faut déjà gagner. Ensuite, nous pourrons discuter avec nos partenaires français et européens. Il est tout à fait possible de siéger dans des groupes différents afin d'être en accord avec nos idéaux politiques. Le tout en votant de concert avec d'autres groupes parlementaires avec lesquels nous sommes d'accord sur un certain nombre de points. Les résultats de ces élections pourraient apporter de grands changements dans la politique européenne», prévient Yasmine Benzelmat.

    Un avis partagé par Bruno Gollnisch. Il rappelle cependant que «la constitution d'un groupe parlementaire est très délicate» et affirme que «Bruxelles est en train de manigancer pour la rendre plus difficile aux souverainistes». «Mais évidemment qu'il serait intéressant que l'on coopère sachant ce que nous avons en commun», souligne-t-il.

    En attendant, Marine Le Pen a, elle aussi, promis une «grande liste d'ouverture». Reste à savoir qui la mènera. Elle estime que Louis Aliot ferait un «bon candidat» même s'il n'est «pas le seul». Une surprise pourrait avoir lieu. L'ancien élu LR Thierry Mariani a été approché…

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