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    Louis Maurin, Observatoire des inégalités: «on a un pauvre débat public sur les pauvres»

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    France
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    Gaëlle Nicolle
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    Le «Rapport sur la pauvreté en France» de l’Observatoire des inégalités montre que le nombre de personnes pauvres a augmenté entre 2006 et 2016. Aujourd’hui, il est stable, mais pour combien de temps? L’Observatoire pointe aussi du doigt tout un pan de la pauvreté masqué par les statistiques officielles.

    Le nombre de personnes en situation de pauvreté a augmenté au cours des dix dernières années, mais s'est récemment stabilisé. D'après l'Observatoire des inégalités, qui a publié un rapport le 11 octobre, entre 2006 et 2016, le nombre de personnes pauvres est passé de 4,4 millions à 5 millions. En pourcentage de la population, cela signifie une augmentation de 7,3% à 8%.

    En raison notamment de la crise, la pauvreté a beaucoup augmenté entre 2006 et 2011. Les cinq années suivantes montrent que le nombre de personnes pauvres s'est stabilisé, et a même légèrement baissé (de 5,1 millions à 5 millions).

    «Sur le long terme, on a une forte baisse des années 70 aux années 80, puis après on a des phases de hausse et de stabilisation. C'est un changement historique: on n'est plus dans le rapprochement entre les couches les moins favorisées et les couches les plus favorisées»,

    commente Louis Maurin, président de l'Observatoire des inégalités.

    L'organisme se base sur les statistiques de l'INSEE (Institut national de la statistique et des études économiques), mais choisit un autre médian. Pour l'INSEE, la pauvreté concerne les personnes touchant moins de 60% du niveau de vie médian de la population, soit 1.015 euros par mois. «Le plus souvent, l'INSEE utilise le seuil à 60%, nous avons choisi le seuil à 50% [soit moins de 855 euros par mois, ndlr], qui nous semble, subjectivement, plutôt correspondre à la réalité de la pauvreté dans notre pays».

    «On a un pauvre débat public sur les pauvres. […] On prend souvent comme argent comptant les statistiques sans se poser trop de questions sur ce que c'est. Il y a parfois un manque d'interrogation sur la méthodologie», estime M. Morin.

    Que sait-on des personnes concernées? Les moins aisées vivent dans les grandes villes et leurs banlieues (67%). Ils sont jeunes: 35% d'entre eux ont moins de 20 ans, 50% ont moins de 30 ans. 25% d'entre eux vivent dans une famille monoparentale, et 67% ont au plus un CAP, d'après les statistiques de l'INSEE pour 2015. Mais d'après le rapport de l'Observatoire des inégalités, nombre de personnes pauvres ne sont pas prises en compte, car non comptabilisées par l'administration fiscale. Une population «probablement supérieure à un million».

    «Il y a plusieurs formes d'invisibles. Les statistiques parlent des ménages, qui sont des logements. Une maison de retraite, c'est un seul logement. C'est pour ça qu'on loupe toute une partie des personnes âgées. C'est aussi compliqué de mesurer la pauvreté des jeunes qui sont revenus chez leurs parents. Ce qui est regrettable, c'est qu'on n'aille pas plus loin dans le travail sur ces populations-là.»

    Si la pauvreté ne diminue plus en France, le pays reste «l'un des pays au monde où le taux de pauvreté est le plus faible et où la pauvreté est la moins durable, parce que son modèle social, fondé sur la solidarité, est parmi les plus performants», explique le rapport. «Il faut se réjouir que la pauvreté n'augmente plus, ça, c'est certain», commente Jean Maurin. «Mais il faut s'attrister que même dans une période de reprise de l'emploi, on n'ait pas de baisse du taux de pauvreté». Le plan de lutte contre la pauvreté, présenté mi-septembre par Emmanuel Macron, permettra-t-il d'améliorer la situation des plus démunis?

    «Le plan n'est pas à la hauteur de la situation, mais ça ne va pas aggraver les choses. […] Il n'empêche que, même si on peut mieux vivre en France que dans d'autres pays, les réponses qui sont apportées par ce plan ne sont pas à la hauteur […] Il ne faut pas faire de caricature par rapport aux autres pays, on est un modèle qui pourrait faire encore mieux, si on s'en donnait les moyens.» 

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    Tags:
    pauvreté, France
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