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    #BalanceTonMaire, «les maires, cheville ouvrière de la démocratie» sur la sellette

    © AFP 2018 PASCAL PAVANI
    France
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    Oxana Bobrovitch
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    Le hashtag #BalanceTonMaire, lancé par un groupe proche de LREM et censé dénoncer les élus qui ne jouent pas le jeu de la suppression de la taxe d’habitation, s’est retourné contre le pouvoir. Des maires analysent pour Sputnik un phénomène qui les touche de près.

    La campagne #BalanceTonMaire «enclenchée par des groupes se réclamant du parti majoritaire» sur les réseaux sociaux, fait écho à #BalanceTonPorc, destinée à dénoncer les auteurs d'agressions sexuelles.

    Et ce n'est pas que ce rapprochement douteux qui exaspère les élus locaux dans cette action, destinée à dénoncer les maires qui conservent la taxe d'habitation ou en augmentent les taux, contredisant la promesse électorale d'Emmanuel Macron:

    ​Une bronca qui a poussé le gouvernement à se désolidariser de cette initiative. Pourtant, «le gouvernement et le parti majoritaire» portent, selon l'Association des maires de France, «une responsabilité majeure dans ce « dérapage insupportable ».

    Dans son premier discours depuis le remaniement gouvernemental, Emmanuel Macron souhaite mettre un point final à cette discussion houleuse, amplifiée par les réseaux sociaux, en déclarant:

    « [La transformation du pays] exige de s'appuyer sur toutes les forces du progrès et de la réforme: nos associations, nos élus locaux, […](..) Et en particulier nos maires qui sont les premiers porteurs de la République du quotidien. »

    Sauf que de calmer le jeu et de résoudre le problème ne sont pas des tâches de même envergure. Jacques Myard, maire (LR) de Maisons-Laffitte (Yvelines), ne semble pas satisfait du discours officiel et du mea-culpa déguisé du parti majoritaire:

    « Dans l'affaire qui concerne les maires, qui sont la cheville ouvrière de la démocratie, c'est vers le maire qu'on se tourne pour résoudre les problèmes puisqu'il illustre la démocratie de proximité, même s'il n'est pas compétent. Aujourd'hui, les finances des communes sont mises à mal par la politique du gouvernement, et notamment, par la volonté de supprimer la taxe d'habitation, qui représente pour chaque commune entre 25 et 30% des recettes de fonctionnement.»

    Et il parle de maires qui, au rebours de la promesse de campagne de Macron, ont augmenté les taux de taxe d'habitation:

    « C'est un pied de nez au gouvernement. Parce que dans l'état actuel de la législation et des décisions du Conseil constitutionnel, le gouvernement est obligé de compenser la suppression partielle ou totale de la taxe d'habitation. »

    C'est d'ailleurs le Président de la République lui-même qui, en mars 2017, avait soufflé aux maires réunis en congrès, comment contourner sa promesse de campagne:

    Sauveur Gandolfi-Scheit, maire (LR) de Biguglia en Corse, voit également dans l'action de l'État une nouvelle attaque contre la population:

    « On a supprimé la taxe d'habitation sans aucune compensation. Je comprends les maires qui l'ont gardé, mais ça va se retourner contre leurs administrés. »

    Pour Jacques Myard, les propositions du gouvernement ne sont pas anodines: « Indépendamment de la technicité du dossier, ce qui est en cause, c'est la volonté du gouvernement de mettre sous tutelle les collectivités locales. Or, il y a un principe fondamental dans la Constitution: les mairies doivent s'administrer librement. »
    Pour le maire de Maisons-Laffitte, le gouvernement, en voulant supprimer le financement des collectivités et contrôler ce financement, d'une manière ou d'une autre, « veut remettre en cause ce principe constitutionnel ».

    « C'est une manip' de l'État et du gouvernement de Macron, affirme M. Myard. En lançant sur les réseaux sociaux #BalanceTonMaire, on essaye de créer la polémique contre les maires. C'est un très mauvais procès qu'on fait aux maires. »

    Alors que la campagne #balancetonmaire sur les réseaux sociaux dénigre les maires ayant augmenté la taxe d'habitation, la tension continue de monter entre les élus locaux et le gouvernement. Mais les dotations aux communes ont-elles vraiment baissé depuis l'élection d'Emmanuel Macron?

    Il y a un an, le 5 septembre, Emmanuel Macron a confirmé, lors d'un discours devant les préfets, qu'il n'y aurait pas de « baisse brutale des dotations » aux collectivités territoriales en 2018. Mais à peine deux mois plus tard, le 28 novembre 2017, une vingtaine de communes en Charente-Maritime ont fermé leur mairie pendant trois jours pour protester contre la baisse des dotations de l'État aux collectivités territoriales, destinée à permettre à l'État d'économiser 13 milliards sur cinq ans. Une colère qui a gagné l'ensemble des «petits» maires de France qui ont lancé un appel intitulé «commune sacrifiée, mairie fermée». Et puis, en avril dernier, le président de l'Association des maires de France, François Baroin accuse ouvertement le gouvernement de ne pas avoir respecté sa parole sur l'arrêt de la baisse des dotations. « Il y a une baisse pour plus de 22.000 communes. On a une chute nette, contrairement à ce qui a été dit. »

    « Ça n'a pas commencé sous Macron, mais également sous Hollande. Cumulée, la Dotation globale de fonctionnement (DGF) —un substitut à un impôt supprimé dans le passé- avec l'introduction de la TVA, qui est un impôt d'État, a diminué de moitié pour certaines communes,» affirme Jacques Myard.

    Les maires, éprouvés par l'augmentation de charge de responsabilités et par cette nécessité de gérer le budget qui diminue comme la peau de chagrin, démissionnent. D'après l'analyse du répertoire national des élus (RNE) présentée par Le Figaro, pas moins de 1.021 d'entre eux sont partis depuis les dernières élections municipales de 2014. Un chiffre qui a presque doublé (+ 90%) par rapport aux quatre premières années de la précédente mandature (2008-2012). Cette vague « s'est d'ailleurs amplifiée avec l'élection d'Emmanuel Macron », affirme le journal.

    Et les maires ne partent pas en douce, ils multiplient également les gestes médiatiques. Pour montrer son mécontentement, en octobre 2017, le maire de Grand-Failly (Meurthe-et-Moselle) a supprimé, dans la salle du conseil municipal, un tiers de la photo officielle du Président de la République, avec la mention « 1/3 de subvention en moins = 1/3 de photo en moins ». Les gestes de protestations peuvent aller à l'extrême, comme c'est le cas de Châteauroux (dans l'Indre) où début octobre dernier, après la décision de fermeture définitive du Centre hospitalier, les élus ont mis le feu à un portrait d'Emmanuel Macron pour manifester leur colère.

    « On est dans les contraintes incroyables, qui reviennent à ce que gérer une commune est une quadrature du cercle. D'où un certain nombre de démissions des maires: plus de 1.000 maires ont décidé de poser leur sac, parce qu'ils estiment qu'ils n'ont plus de moyens de faire face à leurs obligations, » s'insurge Jacques Myard.

    « On parle de la « République en marche », mais je ne vois pas jusqu'où ils vont marcher,» s'indigne le maire de Biguglia Sauveur Gandolfi-Scheit:

    « Les petites communes souffrent énormément. On ne comprend plus rien qui se passe. Le marcionisme devait changer… mais au lieu de changer dans le bon sens, ça change dans le mauvais sens. »

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