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    Michèle Rivasi

    Les Français face à la vaccination : pourquoi ils hésitent

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    Catherine Morozov
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    Peu de sujets de santé publique sont aussi polémiques que la vaccination. Elle a d'abord été encensée pour avoir éradiqué des maladies et sauvée des millions de vies, mais fait aujourd'hui face à de nombreuses critiques. Afin d'en savoir plus, Sputnik a rencontré Michèle Rivasi, scientifique de formation et eurodéputée EELV. Interview

    La vaccination, nouvelle «affaire Dreyfus» à la française? Lancer le débat sur la pertinence de cette pratique risque en tout cas de gâcher vos dîners en ville. En France, mais aussi en Europe.
    Depuis les années 90, le Vieux continent est celui qui affiche le plus de méfiance par rapport aux vaccins et les Français sont parmi les plus critiques. D'après une étude internationale de 2016, portant sur 65.000 personnes dans 67 pays, l'Europe comptait donc 7 pays des 10 pays ayant le moins confiance en la vaccination. 41% des Français trouvaient les vaccins «non sûrs», valant à la France le titre de championne du monde de défiance.

    «Nous en France, on est dans un autre monde. Parce qu'il n'y a pas de confiance envers les autorités. Et cette défiance, elle vient de tous les scandales sanitaires.»

    La grippe H1N1, l'hépatite B, le sang contaminé ou encore l'hormone de croissance sont des épisodes qui ont marqué les Français, car très peu de sanctions ont été prises. Selon Michèle Rivasi, c'est ce manque de reconnaissance et de punition qui ont rendu la population méfiante. D'où cette baisse du taux de vaccination, car les Français en se méfieraient de plus en plus des injonctions sanitaires des autorités.

    «On est allé jusqu'à l'obligation vaccinale. Je trouve que c'est quand même une façon de mépriser quelque part, le libre arbitre de chaque individu.»

    Une obligation vaccinale justement, qui ne passe pas toujours très bien. Adoptée fin octobre 2017 en s'inspirant de l'Italie, elle rend 11 vaccins obligatoires pour les enfants nés à partir du 1er janvier 2018. Pour certains, 11 c'est trop, pour d'autres, c'est se protéger, mais aussi protéger les autres.
    En Suède, l'obligation vaccinale a été proposée, mais refusée, car jugée non conforme aux mentalités. Les vaccins sont donc recommandés et le pays possède l'un des plus hauts taux de couverture vaccinale. Concernant l'Italie, qui voulait rendre 12 vaccins obligatoires, le pays a repoussé cette obligation d'un an suite aux protestations de la population.

    «En imposant, vous ne favorisez que les anti-vaccinations, et après quand les gens auront de faux certificats, vous trouvez que c'est mieux?»


    Les anti-vaccins accaparent le Net. Une minorité de personnes sont contre la vaccination et leurs arguments se propagent partout sur Internet, notamment sur les réseaux sociaux. On y voit des communautés grandissantes d'«anti-vax», qui propagent des discours anxiogènes et le plus souvent sans fondement scientifique.

    Entre méfiance envers les autorités et témoignages d'anti-vaccins qui font le lien entre un vaccin et une maladie survenue après la vaccination, il est très difficile de pour de jeunes parents de trouver la bonne voie.

    «Pour moi, Internet c'est cette ouverture. Mais ça peut avoir un effet très négatif sur les gens qui véhiculent de fausses informations, des rumeurs […] et on voit bien que ce mouvement complotiste où ils réinterprètent la réalité en prenant des détails comme si c'étaient ces détails qui remettraient en cause l'information officielle, ça c'est très dangereux.»

    L'eurodéputée voit aussi des arrière-pensées politiques dans cette défiance envers la vaccination:
    «Ils sont en train de dire, voyez tous les gens qui sont critiquent sur la vaccination. Eh bien, c'est des Salvini, des Trump, des Marine Le Pen. Et ça c'est très gênant, parce qu'il n'y a plus d'approche scientifique, là c'est une approche idéologique.»

    La vaccination est une question de santé publique et les parents veulent ce qu'il y a de mieux pour leurs enfants, d'où un questionnement grandissant autour de la vaccination. Il faut revenir à un débat scientifique et serein avec des recherches poussées sur chaque vaccin et faire taire les rumeurs, afin de redonner cette confiance envers les autorités, car imposer sans expliquer ne convient pas non plus à la mentalité française.

     

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    Tags:
    eurodéputé, vaccination, interview, Parlement européen, Michèle Rivasi, France
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