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    «Eurolapins» contre «populistes»: «On prend les peuples pour des enfants ou des débiles»

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    France
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    Fabien Buzzanca
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    De mystérieuses vidéos circulent sur le Net. Avec un ton enfantin, des personnages animés devisent sur les dangers auxquels serait confrontée l’Union européenne: «populistes» et autres «extrémistes». Les loups Trump et Poutine s’opposent à de gentils «Eurolapins». Une campagne pour les élections européennes qui fait beaucoup réagir… et rire.

    «Salut, Vlad, c'est quoi cette machine? Ça, Donald, c'est ma nouvelle machine à fabriquer les populistes. Vas-y, essaie!»

    Donald Trump et Vladimir Poutine, représentés sous forme de loups, font fonctionner une machine à créer des populistes devant les cris d'«Eurolapins» scandant «non aux extrémistes». Voici le «Spot n° 2 de la campagne Eurolapins» publié en janvier sur les réseaux sociaux. À la fin de la vidéo, les auteurs appellent à se rendre aux urnes le 26 mai pour les élections européennes, afin de ne pas faire le jeu «des loups»

    Publiée sur Facebook et YouTube, la vidéo fait suite à un premier essai remarqué en novembre dernier. Intitulée «Eurolapins- ne faites pas le jeu des loups!», cette première vidéo mettait en scène les petits lagomorphes pro-Bruxelles s'opposant aux féroces canidés Vladimir, Ping et Donald, qui lorgnaient sur leur terre. «En effet quand les Européens ne sont pas unis, ce sont les loups qui en profitent», pouvait-on lire dans cette création vue plus de 70.000 fois sur Facebook.


    Mais qui se cache derrière une telle initiative? La nature des vidéos pourrait faire penser à une campagne de trolling visant à se moquer les pro-européens, façon «Lapins crétins». «Critique de la Raison Européenne», association d'étudiants de Sciences Po critiques de l'UE, souligne pourtant que l'organisation «Pulse of Europe», très europhile, en est à l'origine. Libération confirme et le mouvement ne s'en cache d'ailleurs pas. Dans la section «à propos» de la page Facebook «Eurolapins», on peut lire ceci:

    «Campagne humoristique de Pulse of Europe France contre l'abstentionnisme et l'extrémisme.»

    ​Lancée à Francfort fin 2016, Pulse of Europe se revendique comme étant «une initiative citoyenne». Ses membres s'évertuent à chanter les louanges de l'Union et s'en prennent au danger que représenteraient les «populistes» opposés à la construction européenne.

    ​Le compte Twitter @pulseofeuropefrance relaie les contenus des «Eurolapins». Nous avons tenté d'en savoir plus en les contactant, mais nous n'avons pas obtenu de réponse au moment de la publication de cet article.

    ​Selon le site de Ruptures, le représentant légal et président de Pulse of Europe est un avocat d'affaires allemand du nom de Daniel Röder. Se basant sur les informations de l'hebdomadaire Freitag, Ruptures a dressé le CV du bonhomme:

    «Dans le civil, le Dr Röder est avocat d'affaires, précisément au cabinet Greenfort. Et comme la curiosité de nos confrères ne s'est pas arrêtée là, ces derniers ont trouvé que ledit cabinet a pour spécialités: le conseil en réduction d'effectifs ("plans sociaux, négociations, licenciements collectifs"); en acquisitions et cessions d'entreprises, et vente aux enchères de celles-ci et en privatisations. Le cabinet du bon docteur Röder a ainsi été maître d'œuvre dans le rachat par des Chinois de l'aéroport de Francfort-Hahn.»

    Contrairement à ce que certains détracteurs du projet ont affirmé, cette campagne n'a pas été réalisée avec de l'argent public, comme la page Facebook des petites bêtes pro-Europe le précise: «Financement: dons privés exclusivement.» Libération cite des responsables de Pulse of Europe France qui l'ont confirmé:

    «Pulse ne vit que de dons de particuliers, comme on peut le voir sur la page donations sur le site Web. Ceci dit, faire les images et vidéos ne coûte rien, il suffit de savoir se servir de Blender, qui est gratuit.»

    ​Sur les réseaux sociaux, les «Eurolapins» ont provoqué de vives réactions. Le ton enfantin et le manichéisme des vidéos ont été vilipendés à de nombreuses reprises.

    «On prend les peuples pour des enfants ou des débiles», a confié à Sputnik France l'essayiste eurocritique Coralie Delaume. Avant de rappeler que les spots appellent à se rendre aux urnes: «Et je ne pense pas que ce soit pour les enfants, car à la fin, chaque clip invite à aller voter.»

    Selon elle, cette campagne «donne une image d'une Europe essentiellement occupée à haïr les autres et à les combattre».

    ​Sur le Web, certains ont critiqué ces vidéos de manière sérieuse. D'autres ont préféré faire preuve de dérision. Florilège:

    ​L'impact de la campagne reste (très) mesuré. Pourtant, Pulse of Europe France semble satisfait, comme ses responsables l'ont expliqué à Libération:

    «Quant aux fascistes de tout poil qui sont fascinés par cette page (et envoient des menaces par message privé) ils ne nous intéressent pas, mais ils créent malgré eux du trafic et de la propagation (RT France était d'ailleurs le premier à en parler et ils ont vite arrêté…). Nous nous battons sur leur terrain de jeu habituel et ils n'ont pas l'habitude. Le public, selon les stats FB, est plutôt jeune et ceux qui nous envoient des messages positifs semblent apprécier la ligne éditoriale un peu décalée.»

    La page Facebook «Eurolapins» compte 1.793 «likes». On ne pas parler d'immense succès. Ce qui rassure Coralie Delaume:

    «Et puis je crois que beaucoup de gens ont liké par dérision.»

     

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    Tags:
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