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    Air France, image d'illustration

    «Assurer l’intérêt public» néerlandais: ce que cache le rachat de 14% d’Air France-KLM

    © Sputnik . Mihail Kutusov
    France
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    Elliot Lelievre
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    Le gouvernement néerlandais possède dorénavant 14% des parts d’Air France-KLM. Ce qui pourrait être une opération financière banale s’est transformé en crise entre Paris et La Haye, sur fond de défense des intérêts nationaux. Et les Pays-Bas sont clairs: il en va de leurs intérêts stratégiques. Explications.

    L’entrée du gouvernement des Pays-Bas au capital d’Air France s’était faite de manière peu «orthodoxe», a admis le ministre néerlandais des Finances, Wopke Hoekstra, lors d’une rencontre avec Bruno Le Maire le 1er mars.

    Un déplacement à Paris qui n’a rien d’une visite de courtoisie pour le ministre néerlandais, qui a mené depuis le 20 février une campagne de rachat de titres Air France.

    Là où le bât blesse, c’est que les autorités françaises n’ont appris la manœuvre de La Haye que le 26 février, soit près d’une semaine après le début de l’opération, lorsque Wopke Hoekstra a tenu une conférence de presse au cours de laquelle il a déclaré:

    «Le gouvernement néerlandais a acheté des actions pour avoir une participation directe de 12,68% dans Air France-KLM. […]. L'objectif est d'obtenir à terme une position équivalente à celle de l'État français.»

    Le lendemain, La Haye a annoncé avoir acheté de nouvelles actions, arrivant à hauteur de 14%, soit presque le niveau de participation de la France. Et s’il peut sembler à première vue surprenant de voir un gouvernement libéral investir dans une compagnie étrangère, c’est sans compter sur la relation étroite entre Air France et KLM, à la fois partenaires et concurrents.

    «Avec cette acquisition, le gouvernement néerlandais veut pouvoir influencer directement le développement futur d'Air France-KLM afin d'assurer de la meilleure façon possible l'intérêt public néerlandais», a d’ailleurs expliqué M.Hoekstra durant sa conférence de presse du 26 février.

    Et, à l’inverse de la France, qui hésite à se défaire d’Aéroports de Paris, les Pays-Bas ont identifié le transport aérien comme un domaine stratégique pour l’intérêt public. La gestion des aéroports néerlandais revient en grande partie au Royal Schiphol Group, détenu à 69,77% par le gouvernement.

    En devenant le deuxième actionnaire d’Air France-KLM, l’État néerlandais s’assure donc d’un pouvoir d’influence sur la stratégie de KLM, avec en jeu la récupération d’une partie du trafic de Londres Heathrow une fois le Brexit consommé. Et là, Paris et Amsterdam sont clairement en concurrence.

    Dans une lettre au parlement néerlandais antérieure à l’achat d’actions Air France-KLM, que Business Insider a pu se procurer, le ministre des Finances assurait que les «intérêts néerlandais n'ont pas été suffisamment pris en compte» dans la gestion de la compagnie aérienne.

    «Il est devenu évident que les décisions importantes concernant la stratégie de KLM sont prises de plus en plus au niveau d'Air France-KLM.»

    C’est ce qu’a déclaré Wopke Hoekstra pour justifier l’entrée du gouvernement néerlandais au capital de l’entreprise, malgré un communiqué rassurant d’Air France-KLM, dans lequel il est écrit:

    Air France-KLM «était également prêt à confirmer au gouvernement néerlandais l'engagement de continuer à renforcer le développement de [l’aéroport d’Amsterdam, ndlr] Schiphol en tant que hub européen et de soutenir le développement de KLM».

    Au-delà de la question du hub européen, un autre dossier a semble-t-il encouragé les Pays-Bas à monter au capital du géant franco-néerlandais: la situation du directeur de KLM, Pieter Elbers, dont la reconduction était attendue à La Haye mais loin d’être évidente jusqu’au 19 février, lorsque le conseil d’administration l’a confirmé à son poste.

    Et, s’agissant d’Air France, la partie néerlandaise ne fait pas un secret de son inquiétude face aux mouvements sociaux qui grèvent les bénéfices d’Air France-KLM et qui ont été particulièrement nombreux en 2018, entraînant 15 journées de grève, un trou de 300 millions d’euros pour le résultat d’exploitation et plus de 1,3 million de passagers affectés.

    «Il est essentiel de respecter les principes de bonne gouvernance et qu'Air France-KLM soit géré dans l'esprit de son intérêt social sans interférence étatique nationale», a déclaré Bruno Le Maire aux Échos.

    Alors qu’Air France-KLM a fait état d’un bénéfice d’exploitation de 1,33 milliard d’euros en 2018, que la partie française n’en représente que 20%, soit 266 millions, la question de «l’interférence étatique» se pose, surtout lorsqu’il s’agit de protéger un atout stratégique. Sur ce dossier, Paris et La Haye ont chacun leur réponse, et elles divergent.

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    groupe, capital, Royal Schiphol Group, Air France-KLM, Pays-Bas, France
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