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    Un véhicule de pompiers, image d'illustration

    Ils craignent «l’uberisation des pompiers»: Les soldats du feu se mettent en grève tout l’été

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    Sept syndicats de pompiers professionnels ont appelé à une grève cet été afin de dénoncer leurs conditions de travail et le manque de moyens. Sputnik France demandé à Rémy Chabbouh, secrétaire général du syndicat Sud Solidaires SPP et Frédéric Perrin, président du SPASDIS-CFTC, de faire le point sur la situation de ces professionnels à bout.

    La maison Pompiers France brûle. Sept syndicats professionnels se sont mis en grève du 26 juin au 31 août. Ils demandent notamment une revalorisation des salaires, des recrutements et le retrait du projet de loi de transformation de la fonction publique.

    ​Le texte, porté par Olivier Dussopt, secrétaire d’État auprès du ministre de l’Action et des Comptes publics, doit rendre la fonction publique «plus attractive et réactive, offrir des parcours professionnels plus diversifiés», selon Le Parisien. Les sapeurs-pompiers craignent de leur côté des appels de plus en plus nombreux aux contractuels.

    «Nous sommes attachés au statut de titulaire. Dans la fonction publique territoriale, les agents sont recrutés après concours, puis stagiaires et enfin titularisés. Nous craignons que la réforme de la fonction publique n’entraîne un recours de plus en plus massif aux contrats. Cela ressemblerait chez nous à des contrats militaires que l’on connaît bien dans la profession, car beaucoup d’entre nous sont passés par les pompiers de Paris et de Marseille, qui ont le statut militaire. Nous n’en voulons pas. Nous voyons bien que les pompiers issus du cursus militaire font tout pour venir chez nous, c’est assez révélateur. Ce dont on a besoin, c’est de pérenniser et de sécuriser les emplois. Avec cette réforme, nous allons vers l’“uberisation” des pompiers», explique Frédéric Perrin, président SPASDIS-CFTC.

    Mais ce qui inquiète le plus les pompiers concerne l’explosion des interventions ces dernières années. En 2017, ils ont effectué 4.651.500 interventions, soit près de 400.000 interventions de plus qu’en 2012. Le tout avec des effectifs qui stagnent. Selon un rapport du ministère de l’Intérieur, les pompiers professionnels étaient au nombre de 40.537 en 2017 pour 194.975 volontaires contre 40.343 professionnels et 197.986 volontaires en 2012. Faire plus avec les mêmes moyens, voilà toute la difficulté de l’équation. «Début des années 2000, nous étions à environ 65% d’interventions de secours à la personne. Aujourd’hui, nous sommes à plus de 80%. Et nos effectifs n’ont pas évolué, de même que nos conditions de travail. C’est l’effet ciseau», assure Frédéric Perrin.

    «La principale revendication concerne le surcroît d’activité entraîné par de nouvelles formes d’intervention, le tout dans un contexte où les effectifs n’augmentent pas. J’en veux pour preuve que les véhicules de secours aux asphyxiés et blessés (VSAB) sont devenus des véhicules de secours aux victimes (VSAV). Cela peut paraître anodin, mais c’est tout sauf un détail. Cela signifie qu’aujourd’hui, les pompiers n’interviennent plus seulement pour des urgences vitales, mais également pour des situations moins graves, telles des carences médicales», analyse Rémy Chabbouh, secrétaire général du syndicat Sud Solidaires SPP, qui ne fait pas partie de l’intersyndicale ayant appelé à la grève jusqu’au 31 août.

    «Nous avons opté pour une journée de grève unique le 21 août. Et pas par hasard. Il s’agit de la Saint-Christophe. Nous sommes un peu plus dans le registre de l’impertinence. Le syndicat Sud est très implanté dans les grandes villes de France, comme Lyon ou Bordeaux. Nous avons une excellente connaissance du terrain et nous savons que la période estivale met particulièrement les collègues à cran. Nous avons pensé qu’une grève de deux mois allait plus les pénaliser qu’autre chose et avons opté pour l’action ciblée», explique-t-il.

    Des agressions en très forte hausse

    Les pompiers disent payer les pots cassés de l’austérité budgétaire qui frappe la France depuis plusieurs années. «Plus d’interventions, moins d’effectifs, suppressions et fusions de casernes… Le système est à bout de souffle. Tout cela entraîne un allongement des délais d’intervention», se désole Rémy Chabbouh.

    «Tout est lié. La disparition d’hôpitaux un peu partout, les déserts médicaux, etc. Tout cela nous touche. En période de grippe, les pompiers sont sollicités en masse pour des enfants qui toussent. C’est le syndrome Noémie, du prénom de cette jeune femme décédée l’année dernière après que le SAMU ait refusé de la prendre en charge. Le scandale a été tellement énorme que désormais, tout le monde a peur. Le moindre enfant qui a le nez qui coule peut être pris en charge par les pompiers», ajoute-t-il.

    D’après Le Monde, le ministère de l’Intérieur réfléchit à alléger la charge de travail des pompiers: «Des groupes de travail réfléchissent aux moyens de faire baisser la pression au niveau de la prise en charge des personnes, comme le rapprochement entre les ARS (agences régionales de santé) et les SDIS (services départementaux d’incendie et de secours) ou la limitation du temps d’attente des pompiers aux urgences.»

    «Tout cela va dans la bonne direction. Mais il reste un problème de taille. Les pompiers ne décident pas de l’endroit où ils vont transporter les victimes. C’est le service d’aide médicale urgente (SAMU) qui décide. Et cela donne des situations absolument aberrantes. Un exemple: Une femme enceinte appelle les pompiers à 2 h 00 du matin, car elle est sur le point d’accoucher. Imaginons qu’elle se situe à proximité de la polyclinique de Rieu, dans la région lyonnaise. L’établissement est parfaitement en capacité de faire accoucher cette femme. Il suffit qu’elle soit suivie dans un autre hôpital qui se situe à plusieurs dizaines de kilomètres pour que les pompiers soient obligés de l’amener dans cet établissement. À l’heure de la dématérialisation des dossiers, cela pose tout de même des questions», analyse Rémy Chabbouh.

    Frédéric Perrin va dans le même sens. Il s’en prend, lui aussi, à une organisation qui pénalise les pompiers:

    «Le ministère de la Santé joue seul. Je le dénonce clairement, même si je ne suis pas là pour taper sur nos collègues de la santé, qui sont eux aussi touchés par des mouvements sociaux. Reste que je suis syndicaliste depuis 20 ans, et cela 20 ans que la santé fait ce qu’elle veut. Les pompiers n’admettent plus d’être aux ordres des SAMU. Nous n’avons jamais réussi à nous mettre de façon objective et concrète autour de la table avec eux. La réalité, c’est qu’aujourd’hui, nous faisons le boulot que l’on ne devrait pas faire. Au-delà de l’urgence vitale, nous assurons un tas de missions qui ne sont pas les nôtres. Prenons le cas d’une caserne rurale isolée, qui n’a qu’une seule ambulance. Le SAMU, faute de moyens privés, demande à assurer un transport pour une personne qui n’est pas en danger de mort. Les pompiers s’en chargent et pendant ce temps-là la personne qui fait un arrêt cardiaque ne trouve plus de véhicule disponible pour l’emmener à l’hôpital.»

    Les pompiers sont également confrontés à un nombre d’agressions qui explose. En décembre dernier, l’Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales (ONDRP) lâchait une bombe. Entre 2008 et 2017, les agressions contre les pompiers ont triplé (+213%) pour atteindre le chiffre de 2.813 attaques. Quand on sait qu’elles étaient déjà de 2.280 en 2016 et que ce chiffre représentait une hausse de 17,6% par rapport à l’année précédente, il y a de quoi s’alarmer.

    «Nous demandons une réponse pénale plus forte lorsque l’on s’attaque aux pompiers. Il y a encore trop de classements sans suite ou de peines dérisoires prononcées. Il est vrai que l’on se heurte au problème des mineurs qui sont souvent à l’origine des “caillassages”. C’est un problème sociétal. En revanche concernant les adultes, les victimes et les proches des victimes qui agressent les pompiers, comme on peut le voir depuis quelques années, ils doivent être sévèrement punis. Il faut des condamnations exemplaires qui font passer un message: on n’agresse pas les pompiers. De plus, il y a un travail à faire concernant la charge de la preuve qui doit être fournie par le pompier. On nous avait promis l’expérimentation de caméra individuelle sur le modèle de celles des policiers, afin de filmer les interventions. Aujourd’hui, seuls quelques départements sont équipés. Pourtant, cela permettrait d’améliorer la situation», dénonce Rémy Chabbouh.

    En juillet 2018, une loi a autorisé les pompiers à expérimenter le port de caméra individuelle pour une durée de trois ans avant évaluation. Le texte a cependant fixé des limites à leur utilisation. L’enregistrement ne doit pas avoir lieu durant l’intégralité de l’intervention et il ne peut être activé s’il est susceptible de trahir le secret médical. De son côté, Frédéric Perrin mise sur la prévention:

    «Il faut refaire de la pédagogie. Nous avons identifié depuis plusieurs années les zones à risque et les quartiers difficiles. Les pompiers faisaient de la pédagogie dans les groupes scolaires, les associations. Sauf qu’aujourd’hui, la violence s’est banalisée. Les problèmes ne se concentrent plus seulement sur les quartiers difficiles, mais toutes les classes sociales sont concernées. Les gens sont devenus exigeants et parfois violents dans leurs propos, voire leurs gestes. La solution, on ne la connaît pas. Il faut responsabiliser les gens en leur demandant de ne pas appeler les pompiers pour tout et rien et d’être patients. Mais derrière cela, se trouvent des années d’échecs politiques. Des services ferment, les déserts médicaux gagnent du terrain. Depuis des années, nous tirons la sonnette d’alarme en disant: “Attention, là où les médecins disparaissent ce sont les pompiers qui vont être sollicités”. C’est tout un système qu’il faut revoir. Nous payons beaucoup d’impôts dans ce pays. Il serait temps qu’ils soient mieux utilisés.»

    Les pompiers demandent également une revalorisation de la «prime de feu» à 28% contre 19% actuellement. «La police est à 26%. Il faut qu’ils reconnaissent notre métier et ses risques à leur juste valeur», a déclaré à nos confrères du Parisien Jérôme François, secrétaire général de l’UNSA SDIS.

    «Les sapeurs-pompiers sont parfois équipés de casques lourds et de gilets pare-balles. Nous avons des missions qui n’existaient pas il y a quelques années, encore moins il y a 27 ans quand j’ai commencé dans le métier. Certains pompiers sont susceptibles d’intervenir en cas de tuerie de masse afin d’extraire les victimes conjointement avec les services de police. Les policiers et les urgentistes ont bénéficié de gestes récemment alors que ce n’est pas le cas pour nous: il y a quelque chose qui cloche. Il faudrait valoriser notre profession et pas uniquement lors des commémorations pour nos morts. Nous aimerions avoir plus de reconnaissance de notre vivant et autre chose que des médailles», revendique Rémy Chabbouh.

    Du côté de la place Beauvau, on a déjà rappelé que «le mouvement n’aura pas d’impact sur la prise en charge de nos concitoyens», service minimum oblige. De plus, selon Le Monde, aucun «recrutement massif» n’est à l’ordre du jour. Pas plus que l’augmentation de la «prime de feu». «Cela coûterait 130 millions d’euros et les départements n’ont pas 130 millions d’euros pour cela», a déclaré Olivier Richefou, président de la Conférence nationale des SDIS, toujours au Monde. La mise en place d’une plateforme unique pour les services d’urgence, demandée par les pompiers, a cependant été évoquée par Olivier Richefou. Reste que la pilule pourrait être dure à avaler quand l’on sait que le gouvernement a récemment fait des concessions financières aux policiers et aux urgentistes, comme l’a rappelé Rémy Chabbouh. Dédaignés, les pompiers?

    «Oui, c’est un peu le sentiment que l’on a. Nous voulons des explications claires et des justifications. Nous ne sommes pas jaloux de ce qu’ont obtenu les policiers et les urgentistes, car de toute façon, cela ne suffira pas. On n’achète pas les gens. Nous ne voulons pas une prime pour retourner au boulot, mais des moyens pour travailler dignement et des recrutements. L’État compte trop sur les pompiers volontaires, mais par définition, ils ont un emploi à côté de leur engagement citoyen dans nos casernes. Nous savons très bien que nous ne pourrons pas mettre des professionnels partout, mais à un moment donné, il y a des choix à faire et un courage politique à avoir», lance Frédéric Perrin.

    Rémy Chabbouh veut donner sa chance au gouvernement:

    «Chez Sud, nous n’avons pas le même ressenti que nos collègues des autres syndicats. Nous avons eu des échanges très constructifs avec les autorités. Certes, les portes sont loin d’être grandes ouvertes, mais sur certains dossiers, nous avons des ouvertures. Il faut reconnaître qu’il y a six mois, tout était bloqué. Nous ne comprenons pas vraiment pourquoi l’intersyndicale a sorti l’artillerie lourde. Nous souhaitons encore privilégier le dialogue. Nous avons récemment été reçus par le président de l’ADF, l’Association des départements de France et la rencontre s’est très bien passée.»

    Il juge cependant le chiffre de 130 millions d’euros avancé par Olivier Richefou «surprenant»: «Il me semble qu’il a eu la main un peu lourde.»

    ​La rentrée risque d’être explosive pour le gouvernement. Entre réformes de l’assurance chômage, de la fonction publique et des retraites, la contestation sociale pourrait avoir droit à son été indien. L’intersyndicale qui a appelé à la grève des pompiers n’exclut pas de descendre dans la rue en septembre si elle n’est pas entendue durant l’été.

    «Nous sommes particulièrement concernés par la réforme des retraites. Les pathologies que les pompiers pouvaient avoir en fin de carrière dans le passé se retrouvent aujourd’hui beaucoup plus tôt. Notre métier fait partie de ceux dont l’espérance de vie à la retraite est la plus courte. Nous souhaitons savoir comment seront prises en compte les spécificités de notre métier dangereux. Nous n’avons actuellement aucune réponse. Nous avons l’impression que le gouvernement lui-même ne sait pas où il va», lance Frédéric Perrin.

    Jean-Marc Canon, de la CGT, déclarait récemment: «Il n’y a pas de dialogue social possible avec ceux qui représentent le pouvoir. Le projet de loi [sur la transformation de la fonction publique, NDLR] sera adopté, mais les sujets de fond sur le pouvoir d’achat et la défense des missions de service public seront toujours là à la rentrée.»

    Certains Gilets jaunes promettent également un retour en force du mouvement en septembre. Pourrait-on voir les pompiers s’y mêler? Rémy Chabbouh en doute:

    «Les Gilets jaunes nous ont déjà sollicités à plusieurs reprises, mais nous n’avons jamais donné suite. Je suis assez partagé sur ce sujet. Nous n’avons pas forcément les mêmes revendications. Nous sommes assez corporatistes de notre côté. Nous n’avons pas les mêmes problèmes que la secrétaire de mairie par exemple. Je pense qu’il vaut mieux que l’on reste dans notre registre de sapeur-pompier. Ensuite, un mouvement à la rentrée, pourquoi pas, mais laissons d’abord sa chance au dialogue.»

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