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    Des membres du RAID. Image d'illustration

    Ex-commandant du GIGN: «le contre-terrorisme, c’est le dernier maillon de la chaîne, il faut taper fort»

    © REUTERS / Pascal Rossignol
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    Des victimes du Bataclan s'inquiètent pour la survie de la BRI, menacée par une réforme de la Préfecture de police. Faut-il revoir l’organisation de ces unités d’élite pour accroître leur efficacité? Entretien en off’ avec un ancien commandant du GIGN, pour préciser les défis stratégiques qui pèsent sur les super-flics et les super-gendarmes.

    Les victimes du Bataclan défendent leurs policiers d’élite: David Fritz Goepp, accompagné de David, Grégory, Caroline, Stéphane, Marie, Arnaud et Sébastien, se trouvaient au Bataclan lors de l’attaque terroriste du 13 novembre 2015. Ce soir-là, c’est la Brigade de Recherche et d'Intervention (BRI) qui était montée à l’assaut pour les sauver. Près de quatre ans plus tard, l’existence de cette unité dans le cadre de réforme de la Préfecture de Police. Les ex-otages ont publié une lettre ouverte qui interpelle sur la réalité des unités anti-terroristes… mais aussi sur l’ensemble de la chaîne d’intervention. Un ancien patron du GIGN nous a précisé la complexité de leurs interventions.

    La disparition de la BRI, qui pourrait être avalée par le RAID, serait-elle selon vous justifiée?

    Bien sûr, cela peut avoir du sens. Je serais prudent dans mes affirmations, mais ils sont très proches géographiquement. Maintenir deux unités de haut niveau qui sont dans un même périmètre géographique, c’est difficile. Il faut introduire le fait que maintenir en matériel, en capacité d’entrainement, une unité d’élite est extrêmement couteux et nécessite beaucoup de moyens [NDLR : le budget annuel en 2019 du GIGN est de l'ordre de 4 millions d'euros]. C’est pour ça que dans tous les pays du monde, les unités de contre ou d’anti-terrorisme de haut niveau sont rares. On en compte quelques-unes aux Etats-Unis, deux en Angleterre, etc. C’est une histoire de moyens. Il faut réfléchir à budget constant, et se demander si la France a les moyens de maintenir plusieurs unités. C’est des ressources rares: il faut être capable de mener des exercices sur des avions, des trains, avec des zones et des capacités d’entrainement assez rares qui nécessitent de concentrer un minimum les moyens.

    [Les unités de haut niveau] sont des ressources rares.

    Par contre avoir deux unités, une de caractère militaire, et une à caractère gendarmerie, ça a un véritable avantage. Comparons avec les forces spéciales de l’armée: celles-ci sont composées de plusieurs régiments, ils n’ont jamais cherché à fusionner les régiments. Ils sont regroupés autour du Commandement des Opération Spéciales (COS), qui est un état-major opérationnel. Chaque régiment a sa propre culture, et des qualités intéressantes à développer – avec des unités de la marine, d’autres de l’armée de terre, etc.

    La BRI intervient davantage dans des missions de police judiciaire (PJ). C’est davantage une unité anti-gang. Comment agit-elle en pratique?

    Tout à fait: c’est là où il faut faire la différence. La BRI est une unité d’intervention, le RAID est une unité de contre-terrorisme. La BRI peut se maintenir en unité d’intervention, avec des arrestations domiciliaires le matin, des interventions de PJ assez fréquentes, c’est-à-dire sur le spectre bas et moyen: des opérations où l’on bénéficie de l’effet de surprise, et où l’adversaire reste à sa mesure – deux ou trois individus dangereux à interpeller. Le contre-terrorisme, c’est autre chose. L’anti-terrorisme est en amont du terrorisme, lié à la PJ et au renseignement. Le contre-terrorisme est l’action qui vise à arrêter une opération terroriste quand elle s’est déclenchée. Le Bataclan, c’est du contre-terrorisme. Quand vous arrêtez des individus à 6h du matin, parce que vous disposez de renseignements, là c’est davantage la phase amont. Le contre-terrorisme, c’est le dernier maillon de la chaîne. Là, il faut taper fort, tout de suite, très vite, et parfois de manière dégradée.

    Serait-il nécessaire de revoir leur organisation?

    Pour moi, la BRI peut rester une unité d’intervention, comme vous avez des GIPN dans toutes les villes. Ce sont des bras armés du RAID, des unités de proximité. La BRI pourrait devenir une antenne RAID. Mais le RAID doit rester au niveau au-dessus, au niveau du contreterrorisme. Je ne pense pas qu’il faille forcément regrouper les unités. Mais pour le haut du spectre d’intervention sur Paris – tout ce qui est missions de contre-terrorisme – il me paraitrait logique que ce soit le RAID qui se l’approprie. Ce n’est pas le cas aujourd’hui: vous avez une répartition géographique. Le RAID n’intervient qu’en soutien, et la BRI est le leader. Elle fait appel au RAID, mais c’est elle qui dirige.

    Il me paraîtrait logique que le RAID s'approprie le haut du spectre d’intervention sur Paris – tout ce qui est missions de contre-terrorisme.

    Au Bataclan, ce fut en effet le cas – le RAID était en soutien. Comment cela s’opère-t-il?

    Une unité de contre-terrorisme, en fonction de la complexité de la situation, doit être capable de se substituer à l’unité d’intervention, qui est parfois la première à arriver sur place – comme le GIGN national, qui doit être capable à un moment donné de se substituer à l’unité d’intervention régionale. Cette dernière va peut-être geler la situation, ou prendre en charge le début de celle-ci. Mais l’unité de contre-terroriste a logiquement développé une capacité de commandement, de coordination, et des moyens spéciaux qui sont uniques, et qu’elle est seule capable de déployer.

    La BRI a tout à fait sa raison d’être, mais le RAID doit être capable de prendre davantage la main sur un certain type de situation. La BRI est une très bonne unité d’intervention, mais à la différence avec une unité de contre-terrorisme, celle-ci va énormément investir dans la préparation à de situations qui sont hors-norme. L’unité de contre-terrorisme ne peut pas être utilisée tous les jours. Elle doit se préserver comme une unité militaire, qui passe son temps à s’entrainer à des situations extrêmement complexes. Elle a besoin de plus de temps, de moyens, d’espaces d’entraînements, elle ne peut pas être saturée par les opérations du quotidien.

    L’unité de contre-terrorisme ne peut pas être utilisée tous les jours. Elle doit se préserver comme une unité militaire, qui passe son temps à s’entrainer à des situations extrêmement complexes.

    Serait-ce donc davantage, selon vous, le travail de la BRI, du GIPN, etc.?

    En fait, ils ont le roulement du quotidien, qui fait qu’ils deviennent d’excellentes unités d’intervention: ils s’aguerrissent à des opérations, mais ils s’aguerrissent à des opérations de moyenne intensité. L’unité de contre-terrorisme intervient moins mais s’entraine à des opérations de haute intensité. C’est très différent en termes de gestion des risques.

    Quelles leçons doit-on tirer de l’action de la BRI le soir du Bataclan?

    A l’époque où l’opération s’est déroulée, la BRI a fait son travail de manière courageuse et vaillante. Inutile de revenir dessus en se disant qu’on aurait pu faire mieux. Aujourd’hui, il faut construire en se servant des enseignements de toutes ces opérations anti-terroristes.

    A un moment donné, même si la situation est dégradée, mieux vaut intervenir.

    Quelle que soit l’unité d’intervention, même une unité régionale, elle doit être capable de déployer un plan d’urgence: même si l’unité nationale n’est pas encore arrivée sur les lieux, il faut que l’unité de premier échelon soit capable de déployer un plan d’assaut sans attendre le renfort de l’unité nationale. C’est important: ça libère des énergies face à des terroristes qui utilisent beaucoup la vitesse. A un moment donné, même si la situation est dégradée, mieux vaut intervenir. La première des choses est de former les unités de premier échelon au plan d’assaut d’urgence. Ce qu’ils ont fait au Bataclan: on n’a pas eu le temps d’attendre.

    Pour en revenir à cette tragédie du Bataclan du 13 novembre 2015, on a évoqué l’interdiction d’intervenir de policiers présents sur place. 

    Ça c’est un enseignement qui a été tiré à la suite du Bataclan. La capacité à la fois matérielle, à la fois en termes d’entraînement, mais aussi en termes de prise de décision des premiers échelons des unités de police et de gendarmerie, a été revue. Les Pelotons de surveillance de la gendarmerie – les PSIG, l’équivalent au sein de la gendarmerie des BAC – ont été durcis depuis ces événements. On leur a donné des fusils d’assauts et des boucliers balistiques. On a changé la stratégie: on ne doit plus leur interdire d’intervenir sur un cas de force majeure.

    On a changé la stratégie: on ne doit plus leur interdire d’intervenir sur un cas de force majeure.

    Alors ceci peut-il expliquer le sacrifice héroïque du colonel Beltrame?

    Exactement. On a déverrouillé la doctrine de ces unités, ce qui n’existait pas depuis 2015. On leur a dit: à partir de maintenant, si la situation est dramatique, il faut intervenir.

    Pour conclure, faut-il craindre une incompréhension politique sur la réalité du travail de ces unités d’élite?

    La crainte, c’est que les décisions politiques soient des effets de mode. Que fusionner, ce serait faire des économies. Il faut tirer le meilleur des différences, avec pourquoi pas, demain, un état-major qui soit capable de puiser dans l’une ou l’autre en fonction des circonstances – comme ce qu’a pu faire le COS pour les forces spéciales.

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    Tags:
    terrorisme, Salle de spectacle du Bataclan, Arnaud Beltrame, RAID, GIGN
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