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    L'observation satellitaire reconstituée - Exposition Espions

    «Espions», l’expo pour rentrer au cœur du Bureau des légendes

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    Jusqu’au 9 août 2020, les visiteurs de l’exposition qui vient de s’ouvrir à la Cité des sciences et de l’industrie de La Villette, à Paris, pourront s’immerger dans le monde des espions. Inspiré d’une série télévisée, ce projet a réussi le tour de force de coaliser l’ensemble des services de renseignement français pour lever un pan du voile.

    Au sein de la DGSE, dédiée au renseignement extérieur, le bureau des légendes est chargé de concevoir et de soutenir des agents dont l’existence factice peut parfois se prolonger pendant des années. C’est aussi une création fictive ayant donné lieu à une série télévisée éponyme empreinte d’un très grand réalisme sur ce qu’est, aujourd’hui, l’espionnage français. Les quatre premières saisons ont été diffusées en exclusivité sur la chaîne Canal+ à compter d’avril 2015. La cinquième est actuellement en tournage depuis juin 2019.

    Le bureau des légendes - Exposition Espions
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    Le bureau des légendes - Exposition "Espions"

    Cette fiction a eu tellement de succès en France que Géraldine Attié, l’une des deux commissaires avec Laurence Caunezil ayant eu l’idée de l’exposition «Espions», qui s’est ouverte le 15 octobre à la Cité des sciences et de l’industrie de La Villette, et toutes deux fans du Bureau des légendes, n’ont pas hésité une seconde à collaborer.

    «Notre vocation est de captiver un public jeune, notamment, afin de mieux appréhender le monde de la science et de l’industrie. Les faire entrer de plain-pied et de façon ludique dans le monde très secret du renseignement français, aujourd’hui empreint de technologie et de science, tout en démythifiant une profession encore pleine de clichés et de fantasmes, nous a permis de remplir tous nos objectifs», explique Géraldine Attié au micro de Sputnik France en présentant l’exposition.
    Une salle d'analyse - Exposition Espions
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    Une salle d'analyse - Exposition "Espions"

    Pour ce qui est de l’aspect ludique, tous les ingrédients ont été soigneusement réunis et regroupés dans un parcours pédagogique permettant de passer sans difficulté de la fiction à la réalité. Dès le portillon sécurisé franchi, le visiteur est mis dans la peau d’un officier traitant (OT). La seule appellation qui soit autorisée dans les services secrets, le terme d’espion étant banni, y apprend-on d’emblée. À commencer par l’intrigue dont le visiteur est instruit en suivant un briefing dans une situation room reconstituée et qu’il va lui falloir, ensuite, résoudre au fur et à mesure des étapes de son périple.

    Chemin faisant, il entre de plain-pied dans quelques-uns des décors reconstitués de la mythique série télévisée qui a été créée, réalisé et coproduite par Éric Rochant il y a cinq ans. Patrick Durand, le chef décorateur du Bureau des légendes, a accepté de réaliser le staging de l’exposition. Quant aux personnages – Marc Lauré alias MAG (Moule à gaufres), César et Sylvain Ellenstein –, ils sont également présents en vidéo puisque les acteurs les incarnant dans la série ont, eux aussi, accepté de jouer dans le story telling imaginé spécialement pour l’exposition.

    «Tout commence avec ce qui ressemble à un essai nucléaire de faible intensité dans un pays imaginaire situé à l’étranger. La suite est à vivre en venant à la Cité des sciences et de l’industrie pour voir l’exposition. Pour la première fois, les services de renseignement, dont la discrétion est une seconde nature, ont accepté de prêter leur concours. Grâce à eux, le parcours de visite est au plus près de la réalité que vivent celles et ceux qui exercent le métier du renseignement, aujourd’hui, en France», commente Bruno Maquart, président d’Universcience, l’un des coproducteurs de l’exposition avec TOE-The Oligarchs Editions.

     

    Un salon d'opération extérieure reconstitué - Exposition Espions
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    Un salon d'opération extérieure reconstitué - Exposition "Espions"

    Pour l’aspect documentaire, tous les services du renseignement français – qu’ils soient civils ou militaires – travaillant sous l’un des six sigles (DGSE, DRSD, DRM, DGSI, DNRED et Tracfin) ont également répondu présents. Ces services dits du «premier cercle» ont pour  mission principale «d’éclairer les autorités, d’anticiper et de parer les menaces qui pèsent sur la sécurité nationale», comme le précise un panneau explicatif à l’entrée de l’exposition.

    On y apprend en détails ce qui se cache derrière les sigles des différents services de renseignement français et quelle est leur principale fonction. On découvre également la création, en 2017, à la demande du Président Emmanuel Macron, du CNRLT (Coordination nationale du renseignement et de la lutte contre le terrorisme) pour chapeauter l’ensemble, actuellement dirigé par le préfet Pierre de Bousquet de Florian. La mission de cet organisme, ainsi qu’il est précisé, est de «transmettre aux chefs des services de renseignement et aux ministres responsables de tous ces services les instructions du Président de la République, tout en s’assurant de leur mise en œuvre effective».

    La panoplie du parfait espion - Exposition Espions
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    La panoplie du parfait espion - Exposition "Espions"

    Joué par un acteur, le chef du CNRLT intervient d’ailleurs lors du briefing initial en déclinant l’ordre de mission en présence d’un représentant (fictif) du CEA, le Commissariat à l’énergie atomique, puisqu’il s’agit d’essais clandestins dont il faut retrouver l’origine. Pas à pas, tel un agent secret, le visiteur s’attache ensuite à recueillir des informations pour résoudre l’énigme. En fait, un prétexte pour découvrir et utiliser les différentes méthodes et multiples outils techniques employés par les services de renseignement. En plus d’avoir eu au préalable à changer d’identité, après un passage au bureau des légendes, condition sine qua non pour mener à bien ses opérations clandestines qu’aucun État ne reconnaîtra jamais!

    Lors de mise en situations précises, à l’intérieur et à l’extérieur du territoire national, il va devoir ensuite mener son enquête grâce à l’emploi de quelques-unes des techniques utilisées par les agents secrets dans la vraie vie, dont on lui a donné, au préalable, le mode d’emploi. Comme, par exemple, le «désilhouettage», consistant à savoir changer d’apparence très rapidement pour effecteur ou éviter une filature; l’utilisation d’un appareil de surveillance appelé «ISMI-catcher», pour intercepter le trafic des communications mobiles, récupérer des informations à distance ou pister les mouvements des utilisateurs des terminaux; ou bien encore le «sac de Faraday», un bouclier métallique bloquant toutes les fréquences radio et empêchant les téléphones cellulaires et les appareils GPS de se connecter en réseau.

    Situation room - Exposition Espions
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    Situation room - Exposition "Espions"

    Après avoir joué les rôles d’analyste sonore, de filocheur, d’analyste d’images satellitaires, de cryptographe, il est temps de rédiger la note de renseignement demandée en début de mission. Le visiteur pénètre alors dans la salle de crise, identique à celle du Bureau des légendes, et assiste à la réunion des membres des six services de renseignement représentés en hologramme. Les informations collectées par les canaux humain et technique sont analysées, recoupées. Le puzzle est complété et la note de renseignement transmise au Président de la République. La mission est accomplie!

    «Entre-temps, il aura pu observer, écouter, manipuler par lui-même quelques 25 dispositifs successifs lui permettant de mieux appréhender les protocoles, les méthodes scientifiques et l’éthique de ce monde si singulier du renseignement. Même si on a voulu garder toute la distance requise en choisissant un scénario qui ne mette pas en scène quelque chose d’aussi douloureux qu’un attentat terroriste», confie encore la conservatrice Géraldine Attié.

    Contribution rarissime à l’exposition, quatorze agents de renseignement en activité sont interviewés sous couvert d’anonymat. «Ma vraie vie d’espion» présente, entre autres, le portrait d’une analyste opérationnelle en contre-prolifération et d’un cyberdouanier. À ce cycle d’audios inédits s’ajoute un témoignage de Jean-Claude Cousseran qui a dirigé la DGSE entre 2000 et 2002 et a été l’instigateur de la création d’un centre de situations dans ce service de la Direction générale de la sécurité extérieure qui dépend du ministère des Armées.

    Et même lorsque la fiction s’arrête, le travail des services de renseignement ne sont jamais très loin. Cette démarche est illustrée par une revue de presse analytique révélant les dessous de six affaires d’espionnage contemporain parmi lesquels l’assassinat de Mahmoud al-Mabhouh à Dubaï le 20 janvier 2010, la cyberattaque contre TV5 Monde le 10 avril 2015 ou l’empoisonnement de Sergueï Skripal, le 4 mars 2018… Un retour au réel qui conclut avec une note pédagogique le parcours de l’exposition grâce à des QR codes pour approfondir la visite en téléchargeant des contenus supplémentaires, notamment des articles liés aux affaires exposées.

    Panneau affaire Skripal - Exposition Espions
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    Panneau affaire Skripal - Exposition "Espions"

    Espions, du 15 octobre au 9 août, à la Cité des sciences et de l’industrie de La Villette

    Tags:
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