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    Robert Ménard: contre la délinquance des jeunes, «il faut une politique sécuritaire terrible»

    © AFP 2019 PASCAL GUYOT
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    Un suspect arrêté dans l'affaire des deux établissements scolaires incendiés à Béziers le soir d’Halloween. Le maire de la ville, Robert Ménard, espère une peine exemplaire. Parviendra-t-il à instaurer la tolérance 0 dans sa ville? Entretien.

    Incendies, guets-apens contre la police: le climat est explosif cet automne dans l’Hexagone. À Béziers, le soir d’Halloween, dans le quartier populaire de la Devèze, le collège Katia & Maurice Kraft a subi un départ d’incendie, mais les dommages furent beaucoup plus graves à l’école primaire les Tamaris, incendiée quelques minutes plus tard par une bande de délinquants. «Quand on attaque une école, on attaque le cœur de la République», s’est indigné le procureur. Robert Ménard, le maire de la ville, en appelle quant à lui à la plus grande sévérité. Entretien avec l’édile le plus polémique de France, en guerre contre la délinquance des jeunes.

    Sputnik France: Ces méfaits sont-ils un cap franchi dans la délinquance dans votre commune, surtout si l’on écoute le syndicat Alliance Police nationale, dont un délégué a déclaré «Nous tirons la sonnette d’alarme depuis longtemps [sur ce secteur]»?

    Robert Ménard: «Bien sûr que symboliquement, c’est important. Brûler une école, ce n’est pas brûler des voitures –même si brûler des voitures, ce n’est pas non plus anodin. Mais attention de ne pas faire de ce quartier un Chicago bis. Ce n’est pas vrai! C’est un quartier de 4.000 habitants, où quelques dizaines de jeunes pourrissent la vie de 99% de la population. C’est ça, la réalité!

    ​​La question c’est: comment n’arrive-t-on pas à mettre hors d’état de nuire ces quelques dizaines de jeunes? Le garçon de 15 ans avait déjà mis le feu, il y a deux ans, aussi le soir d’Halloween, à des poubelles. Comment un garçon de 13 ans, suivi par la justice, peut-il commettre un acte encore plus grave deux ans plus tard? Il risque 10 ans de prison aujourd’hui, comme mineur, un adulte en risquerait 20. Je me pose d’autant plus la question que ce quartier est l’un des 200 aidés par l’État dans le cadre de la politique de la ville. On y a investi 270 millions en 20 ans, plus que pour toute la ville!»

    Sputnik France: Le suspect est âgé de 15 ans. Vous espérez une peine exemplaire contre ce mineur?

    Robert Ménard: «Exemplaire, oui. Ce matin, j’étais avec les délégués de classe du collège d’à côté, qui a subi des incendies moins graves. Je leur ai dit “il est aujourd’hui en prison, et j’espère qu’il y restera longtemps”! Ce qu’il a fait là est inqualifiable, impardonnable. Ce n’est pas un problème d’éducateurs, au point où on en est. On ne va pas demander aux policiers d’aller jouer avec lui au foot pour essayer de lui expliquer les règles du jeu, lui expliquer qu’il faut respecter les règles sur un terrain de foot comme ailleurs. Ça ne sert à rien, dans ces quartiers, de reconstruire des immeubles, de raser les vieilles tours, d’installer des villas et des équipements, on ne peut pas faire ça si en même on n’a pas une politique sécuritaire terrible.»

    Sputnik France: Vous craignez le laxisme judiciaire?

    Robert Ménard: «à Béziers non, le président du tribunal est d’une sévérité exemplaire. Le gamin en question a intérêt à numéroter ses abatis, parce que ça ne va pas se passer comme ça. Lui –et il y a en d’autres– et j’espère qu’on va les arrêter. Il faut être exemplaire, on ne peut pas laisser passer les choses comme ça.»

    «Ces jeunes, il faut leur faire rendre gorge quand ils se comportent comme ça!»

    Sputnik France: Le préfet de l’Hérault a déclaré «il ne s’agit pas de violences urbaines à ce stade, mais de faits de délinquance». A-t-il raison ou tort selon vous?

    Robert Ménard: «Il a raison, nous ne sommes pas dans le 9.3, il n’y a pas d’embrasement, ce ne sont pas des émeutes urbaines. Le quartier n’est pas comme ça. Il y a quelques dizaines de jeunes qui s’en prennent systématiquement à la police, aux pompiers. Mais dans le quartier, personne n’applaudit. Ils espèrent comme nous qu’on les mette hors d’état de nuire. Ce n’est pas un problème de pauvreté ou d’urbanisme. Ces jeunes, il faut leur faire rendre gorge quand ils se comportent comme ça!»

    Sputnik France: Vous écartez donc la perspective d’une dynamique nationale?

    Robert Ménard: «Ce n’est pas mon sentiment. En tout cas à Béziers, la ville que je connais, je ne parle pas des autres que je ne connais pas. Ici, il n’y a pas de climat d’émeute. Il y a un certain nombre de jeunes qui se sentent impunis, qui peuvent régner en maîtres la nuit.»

    «Nous avons multiplié par trois les effectifs de la police municipale.»

    Sputnik France: Quelles cartes le maire que vous êtes a-t-il en main pour combattre la délinquance dans sa commune?

    Robert Ménard: «Nous avons multiplié par trois les effectifs de la police municipale. Cette police, avant que j’arrive, s’arrêtait de travailler à 23 h 00 tous les soirs, elle reprenait à 7 h du matin et ne travaillait pas le week-end. Maintenant, elle travaille 7 jours sur 7, 24 h sur 24. Elle est armée, et ça, c’est important.

    Je l’ai fait, mais à condition qu’on ne me mette pas de bâtons dans les roues. Quand j’ai demandé que l’on interdise aux mineurs de moins de 13 ans d’être seuls dans la rue, je me suis pris une campagne de presse contre moi, et deuxièmement le préfet a cassé cet arrêté municipal. Cet arrêté a toute sa valeur. Il faut arrêter de se culpabiliser, de se dire qu’il ne faut pas les traumatiser ces pauvres chéris! Bien sûr que je veux leur faire peur! J’avais demandé à bénéficier de la police de sécurité du quotidien. Monsieur Castaner me l’a refusé il y a un an. J’espère qu’il s’en mord les doigts.»

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