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    En dépit d’un fort chômage, le Medef veut recruter plus facilement les étrangers

    © AFP 2019 LUDOVIC MARIN
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    Alors que le gouvernement présente son plan sur l’immigration, le président du Medef Geoffroy Roux de Bézieux a annoncé sa volonté de pouvoir embaucher plus facilement des travailleurs étrangers. Selon lui, «ce n'est pas parce qu'il y a 3 millions de chômeurs que les entreprises arrivent à recruter partout».

    C’est une annonce qui risque de donner du grain à moudre à ceux qui défendent la théorie d’une immigration d’économie voulue par le patronat. Alors que le gouvernement présente ce 6 novembre son plan sur l’immigration, le président du Medef Geoffroy Roux de Bézieux a annoncé sur RMC qu’il souhaitait que le recrutement d'étrangers «soit beaucoup plus transparent, objectif, professionnel et planifié» et ce en fonction des besoins de l’économie hexagonale.

    ​D’après lui, les procédures pour recruter en France un étranger sont trop compliquées. Il désire donc rendre «l'octroi de titres de travail plus facile, plus simple».

    «Quelle est la situation? À peu près 30.000 personnes l'année dernière ont eu un titre de travail étranger pour pouvoir travailler, sauf que les entrepreneurs aujourd'hui sont obligés de se débrouiller tout seul. Ils se déplacent à la préfecture, à la Direccte. On leur dit "oui", on leur dit "non" sans raison, sans planification», a notamment lancé le patron du Medef.

    Il fait ici référence à la Direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi, une entité qui regroupe plusieurs administrations régionales.

    Un vieux débat

    Le gouvernement d’Édouard Philippe veut que des quotas d'immigrés soient décidés pour certains emplois. Geoffroy Roux de Bézieux souligne que la volonté du Premier ministre d’impliquer les branches professionnelles est «une bonne idée». En revanche, il se dit «pas très à l'aise avec une des propositions du gouvernement sur le fait que ce soit le Parlement qui décide» des objectifs.

    Le patron du Medef assure que «l'immigration économique est un sujet assez rationnel»:

    «Ce n'est pas parce qu'il y a trois millions de chômeurs que les entreprises arrivent à recruter partout.»

    Geoffroy Roux de Bézieux pense qu’un «groupe d'experts, de gens qui connaissent le marché de l'emploi» serait plus à même de «faire fluctuer» d’éventuels objectifs chiffrés en fonction des besoins concrets du marché de l'emploi.

    C’est loin d’être la première fois que le patronat français voit en l’immigration une chance. En 2015, alors qu’une crise migratoire frappe de plein fouet l’Europe, Pierre Gattaz, prédécesseur de Geoffroy Roux de Bézieux, décide de prendre la plume pour signer une tribune dans le journal Le Monde: «Les migrants sont un atout pour la France». Selon lui, «l'accueil décent des migrants est un impératif moral, mais c'est également une occasion économique à saisir».

    Des décennies avant lui, à la fin des années 60, c’est Francis, le fondateur du groupe Bouygues, qui souhaite encourager l’immigration pour des raisons liées à l’économie.

    «Les étrangers sont des gens qui ont beaucoup de qualités. Et ils ont une qualité fondamentale pour moi employeur qui a toute ma sympathie: s’il vienne chez nous c’est pour travailler et à la base ce sont des gens très courageux», expliquait-il.

    À l’étranger également, le patronat raffole des immigrés. Fin 2018, Ingo Kramer, homologue allemand de Geoffroy Roux de Bézieux, se félicite de l’intégration réussie de nombreux réfugiés suite à l’accueil de plus d’un million d’entre eux:

    «Sur les plus d'un million qui sont arrivés depuis 2015, 400.000 d'entre eux suivent une formation par alternance ou ont décroché un emploi», se félicitait-il, se disant «surpris que cela aille si vite».

    Mais cette politique a ses détracteurs qui y voient un moyen pour le patronat d’avoir accès à une main d’œuvre peu coûteuse qui rentre en compétition avec les travailleurs nationaux. Et là encore, l’argumentaire ne date pas d’hier.

    ​Dans un discours prononcé le 17 février 1894 et intitulé «Pour un socialisme douanier», l’icône de la gauche Jean Jaurès dit ceci:

    «Ce que nous ne voulons pas, c’est que le capital international aille chercher la main d’œuvre sur les marchés où elle est le plus avilie, humiliée, dépréciée, pour la jeter sans contrôle et sans réglementation sur le marché français, et pour amener partout dans le monde les salaires au niveau des pays où ils sont le plus bas. C’est en ce sens, et en ce sens seulement, que nous voulons protéger la main d’œuvre française contre la main d’œuvre étrangère, non pas je le répète, par un exclusivisme chauvin, mais pour substituer l’internationale du bien-être à l’internationale de la misère.»

    Le 27 mars 1980, c’est l’emblématique patron du Parti communiste français Georges Marchais qui dans un discours devenu célèbre appelle à faire cesser l’immigration, y compris économique:

    «Il faut stopper l'immigration officielle et clandestine. Il est inadmissible de laisser entrer de nouveaux travailleurs immigrés en France, alors que notre pays compte près de deux millions de chômeurs, français et immigrés.»

    Des chômeurs, il y en a quelque trois millions en France, selon les chiffres officiels. Reste que d’après BFM TV, les offres «explosent» avec plus de 240.000 rien que pour le troisième trimestre.

    «Il y aurait selon Pôle Emploi entre 150.000 et 300.000 offres d’emplois non pourvues dans l'Hexagone. Et la moitié des entreprises assure avoir du mal à recruter. Le problème c'est que des entreprises qui ne recrutent pas, ce sont des contrats qu’on ne peut honorer et au final du chiffre d’affaires en moins et de la perte d'activité pour le pays», explique le site de la chaîne d’information en continu.

    Garagistes, métiers du bâtiment, aides à domicile, vétérinaires ou encore informaticiens, programmeurs et ingénieurs, les secteurs à la recherche de candidats sont nombreux.

    ​Le gouvernement souhaite donc mettre en place des «quotas» ou «objectifs chiffrés» de ces immigrés «professionnels» comme l’a expliqué la ministre du Travail Muriel Pénicaud.

    Franck Trouet, membre du Groupement national des indépendants de l'hôtellerie-restauration, espère que ces mesures créeront «un appel d'air» de plusieurs milliers de personnes pour «consolider l'emploi de certains Français» en évitant de devoir supprimer des services par manque de personnel.

    Marine Le Pen, présidente du Rassemblement national, s’est quant à elle interrogée sur France Info:

    «Est-ce qu'avec six millions de chômeurs, l'urgence ce n'est pas de trouver de l'emploi aux Français?»
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