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Il y a 25 ans à Alger, quatre terroristes islamistes algériens prenaient en otages les passagers du vol AF8969. Le drame prendra fin après 54 heures et un assaut prodigieux du GIGN, le 26 décembre à Marseille.

L’assaut de l’Airbus 300 sur le tarmac de Marignane, le 26 décembre 1995, a-t-il été le plus grand fait d’armes français depuis un demi-siècle? Peut-être. 16 minutes d’assaut, neuf blessés dans les rangs des gendarmes d’élite, mais une libération menée avec une efficacité stupéfiante: l’assaut fit la Une des médias du monde entier.

En 1994, la guerre civile déchire depuis trois ans l’Algérie, entre le pouvoir militaire et les islamistes. Alors que la France s’apprêtait à réveillonner, quatre terroristes du Groupe islamique armé (GIA) embarquent à Alger à bord du vol AF8969 à destination de Paris. Dans l’avion, ils se font passer pour des policiers, puis brandissent leurs armes et prennent les passagers en otages à 11h30 le 24 décembre.

Assis dans une bombe de kérosène

Les négociations avec le pouvoir algérien dureront 40 heures, mais ne donneront rien. Les terroristes exigent la libération de deux prisonniers islamistes, la venue de deux journalistes, un français et un autre algérien, mais aussi de décoller vers Paris. Une heure plus tard, le Groupe d’intervention de la Gendarmerie nationale est déjà en alerte. Le Premier ministre Édouard Balladur propose au pouvoir algérien l’intervention du GIGN, mais Alger refuse. La tension monte. À 14h00, les terroristes exécutent un premier otage, un commissaire algérien présent à bord, puis un deuxième, un conseiller commercial de l’ambassade du Vietnam. Un véritable «scénario catastrophe», comme l’a décrit dans Le Figaro en 2004 le commandant Denis Favier, qui a dirigé l’assaut:

«Un avion est comme un tube à travers lequel il est difficile de distinguer les passagers des preneurs d'otages. C'est un univers clos, bourré de kérosène. D'emblée, on envisage le scénario catastrophe, quelque chose qui aurait préfiguré celui du 11 septembre 2001.»

Le GIGN est d’abord envoyé à Majorque, et l’unité y restera 17 heures. Le gouvernement français accepte le décollage de l’avion vers la France en échange de la libération d’otages, ce qui permettait de surcroit de mieux maîtriser la situation. 65 otages sont alors libérés, mais Alger bloque le décollage. Il faudra l’exécution d’un troisième otage, Yannick Beugnet, cuisinier à l’ambassade de France, pour que l’avion décolle finalement, le 26 décembre à 2 heures du matin.

La crainte d’un attentat kamikaze à Paris est dans tous les esprits. Prétextant un manque de carburant, les pilotes, conseillés discrètement par la cellule de crise de l’Élysée, font escale à Marseille. Le GIGN atterrit 20 minutes avant les intégristes, et il est décidé que l’avion ne devra pas redécoller, quel qu’en soit le prix. Les terroristes affirment vouloir organiser une conférence de presse à Paris. Les gendarmes proposent alors de dégager l’avant de l’avion pour permettre la montée de journalistes, et les preneurs d’otages tombent dans le piège.

Top action!

Autour, une dizaine de tireurs d’élite cernent la carlingue. 30 hommes de la force d’intervention sont prêts, après avoir répété l’assaut dans un Airbus identique. Mais la conférence de presse tarde trop au goût des terroristes. À bout de nerfs, ils font déplacer l’avion vers la tour de contrôle, et tirent une rafale sur celle-ci.

À 17h12, c’est le top action. Trois passerelles d’assaut s’élancent vers l’Airbus, deux vers l’arrière avec 22 hommes et une à l’avant avec huit autres. La porte avant est bloquée: à la télévision, on voit le gendarme en tête de colonne manquer de chuter au sol. Mais les hommes aux combinaisons bleu nuit parviennent à s’engouffrer dans l’Airbus.

Sur les huit hommes qui pénètrent par l’avant, les quatre premiers sont touchés. Dans le petit espace du cockpit sont retranchés les quatre terroristes, avec trois otages. Ils tirent à travers les cloisons, et les opérationnels ripostent à coups de .357 magnum, de pistolets-mitrailleurs HK MP5, et de grenades paralysantes. Ils sont à quelques mètres les uns des autres.

«J'étais dans l'équipe chargée de neutraliser le cockpit, racontait Favier au Figaro en 2004. Un feu nourri nous accueille d'emblée. Trois secondes après le début de l'assaut, un de mes hommes est déjà touché.»

Les gendarmes Éric Arlecchini et Thierry Prungnaud s’approchent. Au seuil du cockpit, Prungnaud neutralise un premier terroriste, et blesse leur chef. Mais une rafale de Kalachnikov le touche à l’avant-bras et lui fait rater un troisième homme. Il est ensuite de nouveau touché au bras, et son gilet pare-balles déchiqueté. Une autre, d’Uzi cette fois, lui martèle la poitrine et brise la visière de son casque. Une balle lui traverse la joue, il est projeté en arrière. Le déluge de feu se poursuit dans l’espace clos. Une grenade jaillit des mains d’un terroriste, elle tombe à quelques centimètres du gendarme déjà blessé. Encore conscient, il parvient à se retourner in extremis sur le dos pour se protéger. En tout, neuf militaires seront blessés dans l’assaut.

À l’arrière, c’est aussi le chaos, mais les choses peuvent avancer. Cinq minutes après le début de l’assaut, les 161 passagers et l’équipage sont évacués par les toboggans, au milieu de la fumée, des cris et des tirs. Une trentaine seront blessés dans cette fusillade d’une extrême violence, mais aucun ne décédera. Un vrai miracle… aussi dû au souci constant du GIGN à préserver les vies.

Dans le cockpit, le copilote se jette au sol par un hublot. Le commandement de bord et l’officier mécanicien, toujours coincés, se terrent pendant que le dernier terroriste livre une résistance de fanatique. Il sera finalement abattu à 17h29, d’une balle en plein cœur. La dernière, sur le millier de balles tirées dans cette bataille de 16 minutes, qui fit la réputation du Groupe à travers le monde.

 

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Alger, Air France, GIGN
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