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Alors qu’un policier a été mis en examen lundi 6 janvier à Bordeaux pour «violences volontaires avec armes» après un tir de LBD qui a blessé un pompier volontaire en janvier dernier, une enquête d’Europe 1 démontre la réticence des fonctionnaires à s’en servir.

Selon une enquête d’Europe 1 auprès de plusieurs membres des forces de l’ordre, ces derniers rechignent à se servir du LBD en raison du manque de confiance dans l’équipement, de la crainte de blesser quelqu’un grièvement et de la peur des poursuites en justice.

La radio indique que bien que personne n’ait refusé de s’en servir, une réticence est belle et bien palpable.

«C'est un peu au petit bonheur la chance, je ne suis pas totalement rassuré quand j'utilise cette arme», a confié Serge, un CRS habilité LBD, au micro du média.

Un autre a confirmé que depuis un peu plus d’un an, ce sentiment de peur lors de l’utilisation du LBD était de plus en plus présent chez ses collègues. Cette peur s’explique notamment par «le risque de se retrouver au pénal». 

Un autre policier, qui a refusé d’être habilité LBD, a déploré la pauvreté de la formation (quelques tirs seulement en milieu calme et sur cible immobile) qui n'est pas convaincante pour prendre la responsabilité d’une arme capable de faire de très gros dégâts.

Serge, dont le prénom a été modifié, a raconté à Europe 1 qu’il hésitait fortement en appuyant sur la gâchette.

Une différence d’impact de 14 centimètres

«Quand je suis pratiquement sûr, ou qu'il y a beaucoup de chances pour que mon tir atteigne ma cible, je tire. Mais il y en a un tiers que je ne peux pas faire, car je sais que ça n'ira pas au 'but', et qu'il y aura un problème», a-t-il ajouté.

Les témoignages de plusieurs autres CRS étayent cette enquête, d’après lesquels lors des tests, entre deux tirs identiques, il a été relevé 14 centimètres de différence à l’impact.

Plus encore, cette arme est réglée pour tirer à 30 mètres de la cible. Si, par exemple, en manifestation, vous êtes à 20 mètres, le point touché sera 15 centimètres plus haut que celui visé. Or il n’y a aucune indication de distance intégrée à l’arme en visant. 

Manque d’entraînement

Une autre raison de l’incertitude des policiers tient au manque d'entraînement. D'après les membres des forces de l'ordre interrogés, il y en a trop peu. D'autant que l'habilitation LBD s'obtient en une journée avec présentation de l’arme, puis trois tirs d’entraînement et cinq tirs devant l’examinateur. Il suffit alors d'avoir touché trois fois sa cible. 

Pourtant, il y a une grande différence entre passer un test d’habilitation et utiliser le LBD dans des conditions concrètes.

«Par beau temps, de jour, sans stress, sans tenue de maintien de l'ordre sur le dos, en tirant en plein dans le thorax, il [le projectile, ndlr] a atteint la tête», a signalé Serge, lequel n’est pas rassuré par cette habilitation valable trois ans.

Habilitation rallongée par économie de munitions

La durée de l’habilitation a été rallongée d’une année en novembre 2017 en raison du manque de formateurs et d’économie des munitions.

«C’est vrai pour le LBD, mais ça s’applique presque pour tout, la formation coûte chère et demande du temps», déplore un autre policier. 

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Tags:
témoignage, policier, LBD (lanceur de balles de défense)
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