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Des membres de la police scientifique venus de toute la France se sont retrouvés ce 15 janvier à Paris afin de crier leur colère. Ils demandent une modification de leur statut et la prise en compte de la dangerosité de leur travail. Notre correspondant était sur place.

C’est une scène de crime géante qui a pris place à Paris ce 15 janvier. Pas de tuerie, mais des centaines de policiers scientifiques venus de tout le pays à l’origine de l’événement. Depuis plusieurs semaines, ils multiplient les actions afin de protester sur la différence de statut entre les techniciens de la police scientifique et ceux des autres corps, dits «actifs», de la police nationale.

Ils ont choisi comme cadre la Pyramide du Louvre pour crier leur colère face à une administration qu’ils jugent sourde à leurs revendications.

​Plusieurs hommes politiques étaient sur place, comme le député (ex-LREM) Joachim Son-Forget ou Nicolas Dupont-Aignan, leader de Debout la France.

«Statutairement, nous n’avons aucune reconnaissance de la pénibilité de notre fonction. Nous sommes arrivés à une situation intenable. Nous ne profitons pas du mouvement contre la réforme des retraites, comme j’ai pu l’entendre dans la presse ou dans certains commentaires. Notre combat est bien plus vieux que cela. Il est certes ravivé par le débat sur les retraites, car nous allons devoir partir encore plus tard, alors que partir à 62 ans, quand vous êtes sur le terrain à relever des indices, ce n’est ni responsable pour la santé des collègues ni pour la pertinence de l’enquête», a expliqué à notre correspondant un manifestant officiant à la police scientifique de Versailles.

«Une mobilisation aussi longue, c’est inédit, il y a un vrai malaise», lançait récemment Soazig Henrio, du SNIPAT, syndicat de la police technique et scientifique (PTS) à nos confrères de La Voix du Nord.

«Dès qu’il y a un cambriolage ou un crime, il y a un PTS présent. Sur le terrain, on est parfois seuls pour les prélèvements ou la prise de photos et certains nous reconnaissent. Une fois, on a failli se faire taser», expliquait l’une de ses collègues, toujours à La Voix du Nord.

Le manque de sécurité est l’un des points provoquant la colère des PTS, comme l’a expliqué à notre correspondant Xavier Depecker, secrétaire national responsable des personnels scientifiques de la police nationale au SNIPAT. Il réclame notamment un groupe de travail sur la sécurité:

«Quand on se déplace sur le terrain, nous sommes identifiés comme faisant partie de la police technique et scientifique. La population nous prend pour des policiers. Il peut arriver que l’on soit intimidés, que l’on nous tire dessus. Je rappelle que mes collègues n’ont aucun moyen de défense ni formation au self-défense. Et on les met tous seuls, en travailleurs isolés.»

Un statut semblable à celui des policiers armés permettrait de mieux «sécuriser» la profession, selon les manifestants. En attendant, ils ont jeté leurs gilets de protections au sol pour crier leur colère.

«L’administration fait dans le non-sens. En 2010, on nous a équipés de gilets pare-balles. Quand on vous donne un tel équipement, c’est qu’il existe des risques de blessures par tir d’arme à feu ou par arme blanche. Elle reconnaît donc la dangerosité du métier, mais ne la compense pas. À l’heure actuelle, nous avons les mêmes compensations que quelqu’un qui travaille à la Bibliothèque nationale de France ou un agent comptable à Bercy», explique à Sputnik Xavier Depecker.

La réforme des retraites joue un rôle prépondérant dans la colère des PTS. Les syndicats demandant à ce que leurs conditions de travail, qu’ils jugent «dangereuses et pénibles», ouvrent aux mêmes droits que leurs collègues policiers, notamment en termes de départ à la retraite.

​Dans un communiqué dont Le Messager s’est fait l’écho, Vincent, technicien principal de police technique et scientifique d’Annemasse, déclarait: «Nous représentons 2% de la masse salariale de la police nationale, pourtant nous résolvons un tiers des affaires. À Annemasse, 147 identifications d’individus ont été réalisées en 2019 sur différents types de faits, ce qui représente une identification tous les 2,5 jours. Nous intervenons sur tout type d’infraction, du cambriolage à l’enquête décès, 24 h/24 et 7 jours/7. Nous sommes donc loin d’être sédentaires.»

«Nous avons des contraintes horaires très fortes. Sur certains commissariats, nous ne sommes que deux ou trois. Une semaine sur deux, nos collègues sont en dehors de leur famille. Il y a à la fois une usure mentale, physique, mais aussi un impact fort sur la vie de famille», souligne Xavier Depecker auprès de Sputnik France. Il dénonce «des pressions de la part de la hiérarchie» sur ses collègues qui font grève.

La hiérarchie justement est peu réactive, à en croire Xavier Depecker:

«Nous avons été reçus par Monsieur Castaner en janvier 2019. Il devait nous recevoir à nouveau quelques mois plus tard ce qu’il n’a pas fait. Quelques groupes de travail ont certes été mis en place, mais cela reste très insuffisant et ne répond pas à nos revendications.»

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Christophe Castaner, manifestation, grève, France
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