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La mise en examen d’un agriculteur de la Marne pour tentative d'homicide volontaire après que ce dernier a tiré sur un voleur de carburant a mis en lumière la problématique des vols dont sont victimes les exploitants agricoles. À bout, certains craignent qu’ils ne se fassent justice eux-mêmes. On fait le point.

C’est un drame une fois de plus révélateur de la situation compliquée des agriculteurs français. Déjà soumis à de grandes difficultés financières, aux prises avec des normes draconiennes et une concurrence déloyale, ils sont également régulièrement victimes de vols sur leurs exploitations. Dans la nuit du 31 janvier au 1er février, un exploitant agricole d’Ambrières dans la Marne a fait feu en direction de plusieurs personnes «susceptibles d'appartenir à la communauté des gens du voyage» qui tentaient de voler du carburant sur son exploitation. Un jeune de 19 ans a été grièvement blessé.

​L’agriculteur prénommé Jean-Louis, âgé de 46 ans et sans antécédent judiciaire, a été alerté par un dispositif anti-intrusion. Il a appelé la gendarmerie et s’est rendu sur place, accompagné de son frère. Les deux hommes étaient équipés de fusils de chasse. D’après le procureur de la République de Reims Matthieu Bourrette, l’exploitant agricole a «tiré à deux reprises en l'air pour faire fuir les voleurs, et une fois en direction de l'un d'eux, l'atteignant notamment à l'intestin grêle et au colon». L’auteur du coup de feu a été mis en examen pour tentative d’homicide volontaire et placé en détention provisoire.

Lors de sa grade à vue, il a contesté «toute intention d'homicide» et a assuré avoir été «pris de panique». Une information judiciaire, confiée à la section de recherches de la gendarmerie de Reims, a également été ouverte pour vol afin d’identifier et retrouver les voleurs.

Cette affaire est symptomatique d’un phénomène qui, selon plusieurs proches du milieu agricole, prend de plus en plus d’ampleur: les vols sur les exploitations. Le maire d’Ambrières Denis Droin a fait part à nos confrères de RMC d’une situation devenue intenable: «Ça a commencé il y a plusieurs années. En quinze jours, il a peut-être subi quatre vols à quelques jours d'intervalle dont le dernier.»

«C'est malheureux mais on ne peut pas faire justice soi-même. Mais que feraient d'autres personnes dans son cas sous l'exaspération et le désespoir de se faire cambrioler en permanence», a-t-il ajouté.

Hervé Lapie, membre de la Fédération nationale des syndicats d'exploitants agricoles (FDSEA) de la Marne, a également confié toute son exaspération à RMC:

«Nous sommes confrontés à des siphonnages de carburant dans les tracteurs et les voitures. Il y a aussi des vols de véhicules et d'autres infractions constamment dans les exploitations agricoles. Ce n'est plus tenable et c'est la goutte d'eau qui fait déborder le vase. La FDSEA est très impliquée dans le soutien de la famille de Jean-Louis.»

Côté solution, la gendarmerie nationale a récemment créé une cellule spécifique afin de protéger les agriculteurs contre la hausse des vols et des agressions dont ils sont victimes. Nommée «Demeter», du nom de la déesse grecque de l’agriculture, elle a notamment pour but de sensibiliser les agriculteurs français et de leur donner des conseils. Du côté du Limousin, les gendarmes «proposent leur aide directe pour sécuriser les exploitations» comme le soulignent nos confrères de France 3.

«On ne laisse pas les clefs de démarrage sur les machines agricoles. On met l'anti-démarrage. Il faut aussi fermer les ouvrants et les sécuriser, enregistrer les numéros de série des machines en cas de vol», explique par exemple Didier Fressard, adjudant-chef, gendarmerie du Limousin.

Même chose dans les Côtes-d’Armor où gendarmerie et préfecture déploient des moyens afin de protéger les exploitations agricoles du département. Il s’agit de la déclinaison locale d’un partenariat signé le 13 décembre 2019 par le ministre de l’Intérieur, le directeur général de la gendarmerie nationale et les présidents de la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles (FNSEA) et des Jeunes agriculteurs (JA). Une convention départementale sera signée en ce sens le 10 février prochain.

Pour l’édile d’Ambrières, le temps presse. Il craint désormais qu’un drame comme celui qui a frappé sa ville arrive à nouveau, comme il l’a expliqué auprès de RMC:

«Au niveau de la commune, il y a eu de nombreux vols. En un mois, huit à dix maisons ont été visitées. Tout le monde est excédé et prêt à prendre la carabine. Ça fait peur.»

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Tags:
insécurité, agriculture, France
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