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Le procès du journaliste engagé Taha Bouhafs, qui l’oppose à un fonctionnaire de police, devait se tenir ce 25 février et a finalement été renvoyé au mois de juillet. En cause: une enquête IGPN et la restitution du téléphone incriminant le fonctionnaire. Un renvoi salué par l’avocat, pour qui ce procès est «un moment démocratique important».

Deux groupes de soutien se faisaient face ce 25 février au matin devant le tribunal de Créteil, l’un pour les forces de l’ordre, l’autre pour Taha Bouhafs, un reporter militant de Là-bas si j’y suis. Le procès pour «outrage et rébellion» de M. Bouhafs a finalement été renvoyé au 3 juillet sur la décision de la présidente du tribunal, étant donné qu’une enquête de l’IGPN est en cours pour les violences que dit avoir subi le reporter lors de son interpellation en juin 2019.

«La présidente du tribunal s’est aperçue que Taha Bouaf avait saisi l’IGPN pour les violences dont il avait été victime, mais également pour les fausses déclarations des fonctionnaires de police, qui étaient en nombre dans la salle», déclare Me Arié Alimi, avocat de Taha Bouhafs, à Sputnik.

Les faits remontent au 11 juin 2019. Alors que le reporter couvre la manifestation de travailleurs sans-papiers devant le site de Chronopost à Alfortville, il est interpellé par plusieurs fonctionnaires de police pour «outrage et rébellion», ce que conteste l’accusé. Ce dernier accuse à son tour un policier de lui avoir déboîté l’épaule, puis porte plainte pour «violences par personne dépositaire de l’autorité publique.» Ce même jour, le téléphone de Taha Bouhafs –qui est également son outil de travail–, a été saisi et placé sous scellés, sa restitution a été demandée plusieurs fois, en vain.

«Le procureur a dû avouer à demi-mot qu’il y a eu une grosse difficulté pour la restitution, malgré la décision du tribunal qui avait ordonné la restitution. Le téléphone va d’abord servir à l’IGPN afin de permettre l’exploitation des vidéos de la scène et déterminer si le fonctionnaire de police a menti ou a dit la vérité», ajoute Me Alimi à Sputnik.

Le téléphone qui avait filmé la scène en juin 2019 a finalement été restitué ce 25 février, bien que le tribunal de Créteil ait ordonné sa restitution dans une décision de novembre 2019: la présidente a plaidé «un problème de gestion du greffe». Sur Twitter, le reporter assure que la vidéo de son interpellation y est encore, la qualifiant «d’édifiante.» Il assure au reporter de Sputnik que le téléphone contient bien la preuve de la violence de l’interpellation.

«C’est un moment démocratique important, parce que c’est un moment où l’état de droit peut vaciller –le pouvoir ne souhaite pas d’image, ne souhaite pas que les journalistes puissent travailler correctement. Et si la justice est instrumentalisée par l’exécutif et par les policiers pour empêcher les journalistes de travailler, alors évidemment, ils pourront faire ce qu’ils voudront dans l’ombre et on ne pourra plus véritablement parler d’état de droit», plaide Me Alimi.

Éric Coquerel, venu montrer son soutien à Taha Bouhafs, souligne également l’importance de ce procès:

«Au nom de la liberté de la presse, ça me semble important d’être ici», lance le député LFI à Sputnik.

Si le journalisme militant de Taha Bouhafs semble déranger certains, Éric Coquerel ne voit pas la différence avec «les éditorialistes des chaînes mainstream, qui militent tout autant du côté du système sans être qualifié de militant pour autant».

Le député admet le terme de répression sur les journalistes indépendants, au vu de tous les témoignages qui sont remontés ces derniers mois. Cependant, il avoue en vouloir plus au gouvernement qu’à certains policiers responsables de violences. 

«Il y a des messages envoyés par le gouvernement qui sont catastrophiques, donc c’est eux qui portent la principale responsabilité.»

Depuis son interpellation, qui avait suscité l’indignation dans une bonne partie de la presse, le reporter est pris pour cible par des syndicats de police et reçoit de nombreuses menaces suite à la divulgation du nom du policier qu’il accuse de l’avoir «tabassé».

«Aujourd’hui, je me retrouve poursuivi, alors que c’est moi qui suis victime», regrette Taha Bouhafs au micro de Sputnik.

L’adresse postale de ses parents a également fuité sur les réseaux. Mais le reporter n’exprime aucun regret: «on divulgue le nom de l’agresseur dans d’autres affaires de violences, je ne vois pas pourquoi on me le reproche ici.» Pour leur part, les gardiens de la paix se disent choqués par la révélation, qui mettrait leur vie en péril. En effet, particulièrement depuis le début des mouvements sociaux, certains policiers sont pris à partie et se voient menacés jusqu’à leur domicile.

S’il se dit serein sur l’issue de son prochain procès, notamment grâce à la restitution de son téléphone qui va lui permettre de préparer sa défense, le reporter s’en remet maintenant à la justice et à ceux qui le soutiennent. «Rendez-vous le 3 juillet», annonce son avocat aux journalistes présents.

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journalisme, manifestation, justice, société, France
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