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Les médecins généralistes, qui seront en première ligne face à l’épidémie de coronavirus, seront équipés de simples masques chirurgicaux. La faute à un non-renouvellement des stocks stratégiques, qui témoigne d’une impréparation de l’État face à un scénario prévisible, estime le docteur Marty, président de l’UFML, un syndicat de médecins.

«On ne nous a pas dotés de matériel convenable s’agissant des protections», déplore au micro de Sputnik le docteur Jérôme Marty, président du syndicat de l’Union française pour une médecine libre (UFML), ce jeudi 5 mars.

Alors que la France s’apprête à passer au stade 3 –sur une échelle de 3– de l’épidémie de coronavirus, les autorités tentent d’endiguer la pénurie de masques sanitaires, dont la demande a explosé ces derniers jours. Après la réquisition par décret présidentiel des stocks de masques annoncée le 3 mars (publié au Journal officiel le 4 mars), puis l’annonce le lendemain qu’il faudrait à présent une ordonnance médicale pour pouvoir s’en procurer en pharmacie, les masques restants réservés aux personnes contagieuses ou revenant de zone à risques et bien sûr au personnel soignant. Pour autant, les médecins généralistes, appelés à être en première ligne face au coronavirus, peinent toujours à s’en procurer.

Problème cependant aux yeux du docteur Marty, qui pointe du doigt certaines incohérences dans le discours «changeant» du gouvernement, les médecins libéraux vont être livrés en masques FFP1 (pour Filtering Facepiece Particules). Le FFP1, souvent désigné comme «masque chirurgical» dans le langage courant, «n’est pas un masque qui sert à se protéger d’un virus», comme le répétait l’ancienne ministre de la Santé, Agnès Buzyn, lorsqu’elle était encore en poste.

En effet, les FFP1 sont «des masques anti-rejets et non pas de protection respiratoire comme il faut» insiste le docteur Marty. En somme des masques anti-poussières, aujourd’hui employés comme masques anti-expectorations pour éviter aux malades de contaminer leur entourage.

Masque au rabais pour médecins libéraux ?

Il filtre moins bien les particules qu’un masque dit de «protection respiratoire» (FFP2 et FFP3), des masques à coque dotés d’un filtre à particules et aujourd’hui réservés au personnel soignant dans les hôpitaux appelés à traiter les cas les plus lourds (pneumologie et de réanimation).

«Tout cela est une gestion qui est faite au doigt mouillé et qui ne peut être convenable par rapport au sérieux qu’impose ce type de crise», regrette le docteur Marty.

Il rappelle que son syndicat avait contribué à faire passer le message d’Agnès Buzyn afin d’éviter la ruée sur les masques chirurgicaux.

En effet, ce revirement n’envoie selon lui pas un bon message à la population, évoquant les cas de vols de masques chirurgicaux (FFP1) dans les hôpitaux.

«Maintenant, on nous dit que finalement ces masques vont servir à protéger le tissu libéral du soin. Les gens en entendant ça se disent “on nous a menti, il nous en faut, puisque ça protège”. Dans le même temps, on dit aux médecins que ces masques seront sous prescription, et donc vous avez des vols de masques avec une population qui est affolée.»

Le Président de l’UFML réclame pour les généralistes les mêmes masques que pour le personnel hospitalier, ainsi que des «kits de protection» comme lors de la grippe H1N1, «c’est-à-dire des surblouses, des protections oculaires et des masques FFP2».

Des stocks de masques à l’abandon depuis 2011

Le médecin insiste sur le fait qu’aujourd’hui «les maîtres mots sont confiance et transparence, mais la transparence doit être pour tout: pour les moyens comme pour l’organisation».

«Vous ne pouvez faire un exercice de qualité que lorsque vous êtes serein et actuellement, on vous donne juste un petit masque chirurgical pour prendre en charge ces patients. […] Il faut impérativement qu’on fasse ça avec le plus grand confort et faire cela avec le plus grand confort c’est faire ça avec des moyens», estime le médecin.

Le Docteur Marty revient également sur le fait que les stocks stratégiques de masques n’ont pas été renouvelés depuis 2011.

«La profession n’était pas au courant», confie-t-il, jugeant que les autorités ont «été un peu trop attentistes», d’autant plus qu’une partie des stocks français a été envoyée en Chine pour aider les autorités de ce pays à contenir l’épidémie.

«On a lancé une production en pleine phase de développement de la pandémie, avec une demande qui est mondiale et vous avez donc forcément un retard à l’allumage sur la production. […] Alors même que l’on connaît le type d’évolution, on n’a pas prévu», regrette-t-il, évoquant un "gros échec"».

Même s’il insiste sur le fait que le stade d’épidémie n’est pour l’instant pas atteint, limitant les risques d’exposition des soignants, ce sous-équipement des médecins libéraux passe mal pour Jérôme Marty.

​En effet, selon l’une de ses sources –qu’il présente comme «relativement certaine»–, le ministère des Finances aurait été livré en masques de protections respiratoires FFP2 et FFP3, les mêmes que l’on refuse aux médecins libéraux au nom de la pénurie affectant les hôpitaux. Un fait «préoccupant» à ses yeux.

«Si c’est le cas, il va falloir que les ministères s’expliquent! Cela ne me gêne pas du tout qu’on donne des moyens de protection à l’Administration et heureusement qu’on le fait, parce qu’elle est à la base du fonctionnement du pays. Donc c’est normal qu’elle soit protégée. Mais par contre, qu’on leur donne des masques qui sont des masques de haute technicité, alors qu’aux personnels soignants, qui vont être au contact des malades, on ne donne que des masques FFP1, là il faut quand même qu’il y ait une explication!»

Les fonctionnaires de Bercy livrés en protections respiratoires avant les médecins? Contacté par la rédaction, le ministère nous a apporté les précisions suivantes:

«Les ministères économiques et financiers disposent habituellement d’un stock de masques, destiné par exemple aux douaniers qui effectuent des fouilles dans les aéroports et peuvent être confrontés à des substances toxiques, aux personnels des laboratoires, aux personnels de sécurité qui leur sont rattachés et interviennent au contact de personnes malades, aux médecins de prévention du ministère.»

D’autre part, le ministère de l’Économie et des Finances précise à Sputnik que ses stocks font l’objet de «commandes régulières» et qu’au niveau de l’administration centrale, il n’y a pas eu «de commande spéciale». Pourtant, Bercy précise disposer de «masques chirurgicaux livrés en décembre 2019 et de masques FFP2 livrés mi-février» et que ces stocks «sont tenus à disposition des réquisitions prévues au niveau gouvernemental.»

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ministère français de l'Économie et des Finances, France, Covid-19
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