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Le chef de l’État a annoncé le maintien des élections municipales, malgré la propagation du coronavirus. Si le premier tour pourrait bien se passer, qu’en sera-t-il du second, une semaine plus tard? En effet, l’évolution de la situation sanitaire en France suit la même courbe que celle de l’Italie, aujourd’hui dépassée par la crise.

Les élections municipales sont donc maintenues, malgré l’épidémie de coronavirus (Covid-19) qui s’accélère en France, a tranché jeudi 12 mars Emmanuel Macron. «Assurer la continuité de la vie démocratique et de nos institutions» est ainsi l’une des priorités du Président de la République, avec celle de préserver la santé des Français. Emmanuel Macron met en avant le fait d’avoir consulté «les scientifiques», selon lesquels «rien ne s’oppose» à ce que les électeurs de tout âge et de toute santé «se rendent aux urnes» dimanche prochain.

L’opposition, coupable toute désignée?

Hormis les membres du Conseil scientifique, le chef de l’État souligne aussi le fait que les différents partis politiques ont «exprimé la même volonté» d’aller aux urnes, le jour même à Matignon, lors d’une réunion avec le Premier ministre. Un point que soulignait également la presse ce vendredi matin. En effet, cet alignement d’Emmanuel Macron sur l’opposition pourrait en surprendre certains au premier abord, le Président étant décrit par son entourage comme quelqu’un qui «n’écoute personne».  Connu pour son peu de considération à l’égard des contre-pouvoirs, il aurait ainsi plié sous la pression politique.

Comme le relatent nos confrères des Échos ou de l’AFP, consultée dans la soirée de jeudi, la droite– à travers Gérard Larcher, président Les Républicains du Sénat, ainsi que Christian Jacob et François Baroin, président de l’Association des maires de France– se serait ainsi opposée au report de l’échéance électorale, s’insurgeant contre un «déni de démocratie». Également consultée 72 h avant la tenue du scrutin, la Cour constitutionnelle, présidée par le socialiste Laurent Fabius, aurait quant à elle fait comprendre au gouvernement qu’elle ne le suivrait pas forcément si l’article 16 de la Constitution –donnant les pleins pouvoirs au Président– était déclenché, relate une journaliste des Échos. Celle-ci résume ainsi qu’il était tout simplement «trop tard pour tout chambouler au dernier moment, ou alors le Président n’était pas suffisamment fort pour l’imposer».

Reporter les élections de dimanche, une question à laquelle le gouvernement s’est donc concrètement attelé jeudi 12 mars, lors d’une réunion annoncée dès lundi. La précédente s’était tenue dans un délai deux fois plus court, 48 h après la demande écrite d’Olivier Faure. Les enjeux d’un tel report sont pourtant évoqués depuis plus de deux semaines: à l’époque, c’était d’ailleurs la majorité qui estimait qu’une telle éventualité était inenvisageable, afin de ne pas ajouter à la crise sanitaire une crise politique, ses responsables évoquant alors l’«union nationale» contre le virus et martelant qu’«il fallait cesser d’instrumentaliser les peurs des Français». Une unité nationale que défendent aujourd’hui tous les partis, certains regrettant toutefois le temps écoulé entre les premiers cas et les mesures annoncées, comme l’eurodéputé Gilbert Collard qui, la semaine dernière à notre micro, dénonçait la lenteur du gouvernement à prendre la mesure du danger, regrettant le «temps perdu».

«Prendre la mesure du danger», c’est d’ailleurs ce à quoi appellent des journalistes de médias français et francophones en Italie, dans une tribune publiée sur le site de Libération le 12 mars à destination des autorités françaises, qu’ils appellent à «tirer les leçons de l’expérience italienne». Des journalistes qui ont pu «constater la progression fulgurante de la maladie» sur place. Ils relatent la situation de patients gravement atteints qui ne sont plus pris en charge dans les hôpitaux faute de places, ainsi que l’apparition de cas graves chez des patients de 40-45 ans jusque-là considérés comme relativement épargnés par le Covid-19.

Courbe inquiétante de la progression de l’épidémie

Comme souligné plus tôt cette semaine, les statistiques de progression du coronavirus en France sont particulièrement similaires à celles enregistrées en l’Italie ou en Corée du Sud, avec quelques jours de différence correspondant au décalage entre l’apparition des premiers cas en Italie et la propagation de la maladie au territoire français.

​Si on se réfère aux courbes qui circulent depuis sur les réseaux sociaux, et suivant cette même logique comparative, la France pourrait compter la semaine prochaine autant de malades que l’Italie aujourd’hui. Reste donc à savoir si le second tour pourra se dérouler dans les mêmes conditions que le premier tour, fixé au 15 mars.

«Nous avons la conviction que nous pouvons organiser dans de bonnes conditions le premier et le second tour», répondait Édouard Philippe, ce 13 mars, sur le plateau du journal télévisé de Jean-Pierre Pernaut.

Le Premier ministre souligne une décision prise «en écoutant les scientifiques». Reste à savoir s’il s’agit des mêmes scientifiques que le professeur Éric Caumes, chef du service d’infectiologie à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière. Si la presse met aujourd’hui en avant sa critique à l’égard du manque d’anticipation du gouvernement, celui-ci se gaussait pourtant, il y encore une dizaine de jours, des Français qui s’interrogeaient sur le maintien de leurs vacances dans le nord de l’Italie.

«Je ne suis pas sûr que j’annulerais mes vacances à Venise, en plus je pense qu’on pourra bénéficier de tarifs très préférentiels», déclarait-il alors, sarcastique à l’égard de ceux qui redoutaient une propagation rapide de l’épidémie, sur le plateau de France 2 le 3 mars dernier dans une émission du service public consacrée au coronavirus. Olivier Véran, ministre de la Santé, était également invité sur le plateau.

Une déclaration pour le moins étonnante venant d’un médecin qui, dès la fin février, à l’occasion de sa visite à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière, avait mis en garde Emmanuel Macron contre un «scénario à l’italienne», insistant sur les problématiques d’engorgement des services en cas d’épidémie à grande échelle.

Pour Édouard Philippe, aller voter, «c’est sans danger»

Taquin également, le journaliste de TF1, qui n’a pas hésité à interroger le Premier ministre sur ce qui apparaît être un paradoxe dans les mesures annoncées jeudi soir par Emmanuel Macron: appeler d’une part les gens à limiter leurs déplacements et fermer les écoles, mais d’autre part à maintenir les élections.

«Non, pas du tout! C’est même très important, parce que c’est un droit –qui a été souvent conquis–, parce que c’est aussi un devoir citoyen et parce que c’est sans danger», a répondu à la volée le chef du gouvernement.

Édouard Philippe a mis en avant la possibilité «pour ceux particulièrement fragiles ou particulièrement inquiets» de faire des procurations. Le Premier ministre, par la suite interrogé sur les risques d’abstention et donc de remise en cause de la légitimité du vote, a tenu à rendre hommage aux personnes âgées «attachées» à ce devoir démocratique. Selon un sondage IFOP commandé par Charles.co et publié le 9 mars par 20 Minutes, près de 28% des Français envisageraient de ne pas se déplacer pour voter aux prochaines municipales par crainte du virus. Ils seraient même, toujours selon cette étude, 16% –soit 6 à 8 millions d’électeurs potentiels– à être certains de ne pas se déplacer par peur de la contamination.

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Emmanuel Macron, Covid-19, élections municipales en France (2020)
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