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Propagation du coronavirus en France (341)
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À partir de ce 16 mars les établissements scolaires sont fermés pour endiguer la propagation du Covid-19. Des millions d’élèves se retrouvent privés de cours. Si des plateformes existent pour assurer le suivi pédagogique, elles sont saturées. Quelles sont les solutions? Des enseignantes témoignent, sur fond de contradictions du gouvernement.

Après des mois d’atermoiements, le gouvernement a finalement pris des mesures strictes pour lutter contre la propagation du Covid-19. Jeudi 12 mars, Emmanuel Macron a annoncé la fermeture des établissements scolaires. À partir de ce 16 mars, 12 millions d’élèves se voient dans l’incapacité d’étudier au sein de leurs écoles. Des solutions sont mises en place par l’Éducation nationale, comme les plateformes en ligne du CNED ou «Ma classe à la maison». Mais au vu des demandes, elles sont souvent saturées et il revient aux enseignants de trouver des alternatives.

Alexandra, institutrice de CM2 dans une école toulousaine, assure à Sputnik France que si l’Éducation nationale a partagé certaines informations ce week-end, elles sont souvent contradictoires. L’institutrice avoue que «c’est la panique chez les enseignants.» De fait, elle a dû se montrer imaginative pour rester en contact avec ses élèves. Elle raconte:

«Je passe mes nuits à essayer de trouver des solutions et à garder un lien avec mes élèves. Certains ne se sont toujours pas manifestés, malgré mes mails et mes messages. Chacun fait ce qu’il peut avec ses moyens. En plus de l’application de l’école avec les plannings et les exercices, ainsi que les corrections, je suis en train de tester la plateforme Discord pour pouvoir communiquer à n’importe quel moment avec eux.»
La cour d'une école désertée
© Sputnik .
La cour d'une école désertée

Alexandra assure vouloir décharger au plus les parents. Grâce à Discord –une plateforme de messagerie pour les jeux en ligne–, elle pourra communiquer en direct avec ses élèves via des groupes de chat vocaux «en classe complète, pour les dictées par exemple, et en petit groupe pour ceux qui se retrouvent en difficulté, et ça, c’est un avantage.»

«C’est la panique chez les enseignants»

L’enseignante prévoit des journées de travail de 3h par jour en autonomie, puisque certains élèves partagent l’ordinateur avec les parents qui en ont eux-mêmes besoin pour télétravailler. Elle a toutefois mis en place des travaux de groupe, où chaque élève devra se connecter à une heure précise, le matin de préférence.

En plus de la charge de travail qui s’est accumulée, Alexandra est elle-même mère de trois enfants et avoue que ça va être «folklorique». Si elle a deux adolescents qui peuvent se gérer seuls, son troisième vient d’entrer en primaire. Bien que le gouvernement ait mis en place la plateforme «Ma classe à la maison» et s’appuie sur celle du CNED, l’enseignante affirme qu’elle n’a pu se connecter sur la plateforme, qui est saturée.

Les incohérences de l’Éducation nationale

Depuis jeudi 12, les écoles ont reçu certaines informations concernant le déroulement des prochaines semaines, sur fond de contradictions.

«Ils se contredisent constamment. La plupart des choses que l’on apprend, c’est via la télé. Mais ce qui est certain, c’est que l’on doit accueillir les enfants des personnels soignants dans les établissements d’origine, mais en même temps, on ne doit pas dépasser 10 élèves par classe, puis finalement on doit privilégier le télétravail. Donc on ne sait pas trop.»

Alexandra espère avoir plus d’informations ce lundi 16, après le rendez-vous avec la directrice de son établissement et les représentants de l’académie de la région. La seule chose qui est certaine, c’est l’obligation d’accueillir les enfants des personnels soignants «sur présentation de la carte» et sur la base du volontariat des enseignants. Bien que des détails manquent, l’institutrice l’assure:

«Pour les enfants des soignants, on ne sait pas encore trop comment ça va se passer. Imaginons un parent travaille à 7h du matin, est ce qu’il faut que quelqu’un assure la permanence à partir de ce moment-là? On ne sait pas. Mais ce qui est sûr, c’est qu’il y aura toujours des volontaires. S’il faut y aller, on ira, on ne va pas laisser des enfants se débrouiller tout seuls.»
La cour d'une école désertée Elèves, parents et enseignants sont en terre inconnue ce lundi. Ils commencent à organiser des cours à la maison pour éviter la propagation du coronavirus
© Sputnik .
La cour d'une école désertée

Du côté de Bénédicte, enseignante de français en formation dans un collège et lycée catholique privée, le manque d’informations est tout aussi contraignant. Bien que son établissement utilise également une plateforme– EcoleDirecte– pour les emplois du temps, la notation et même la communication interne et externe, elle affirme que depuis vendredi l’accès à la plateforme est compliqué et s’inquiète du suivi pédagogique avec ses élèves.

«Moi, je m’interroge sur le côté pédagogique, le suivi, la notation et la discipline, qui va forcément manquer. Comment forcer un élève à travailler et comment aider ceux qui se retrouvent en plus grande difficulté? On se retrouve démunis.»

L’enseignante, qui s’occupe de classes de 5e et de seconde, réfléchit à des initiatives pour garder un lien avec ses élèves, notamment la création de vidéos publiées sur des plateformes comme YouTube ou Dailymotion, pour garder une éducation plus vivante, mais admet que cela ne suffira pas pour certains élèves.

Une nouvelle allocution du Président de la République est prévue ce lundi 16 à 20 h. Des rumeurs de confinement total pour deux régions ont circulé, mais ont pour l’heure été démenties par Sibeth Ndiaye, porte-parole du gouvernement. Une chose est certaine, qu’il y ait confinement ou non, l’année scolaire de millions d’élèves se verra atrophiée.

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France, enseignement, Covid-19
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