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Propagation du coronavirus en France (341)
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Les Français ont été nombreux à braver les mesures prises par le gouvernement afin d’endiguer la propagation du virus. Une nonchalance qui a choqué une partie des responsables politiques, qui pourraient annoncer un nouveau tour de vis. Si les Français semblent indisciplinés, que dire de la communication gouvernementale ces dernières semaines?

Insouciance ou fatalisme? Sur fond de crise du coronavirus, les images des parcs et des marchés bondés ont fait le tour des plateaux télé dimanche 15 mars au soir. Dans le même temps, l’abstention aux Municipales battait tous les records dans le pays, dépassant pour la première fois depuis le début de la Ve République le seuil des 50%. Une incohérence dans le comportement des Français que n’a pas manqué de souligner la porte-parole du gouvernement, Sibeth Ndiaye, lors de la soirée dédiée aux résultats électoraux, visiblement choquée par le comportement de certains de ses concitoyens.

«Au square en bas de chez moi, on a des dizaines d’enfants qui jouent sur les mêmes toboggans, qui touchent les mêmes ballons, avec les parents serrés comme des saucisses sur les bancs du square!» s’est-elle indignée ce lundi matin.

«C’est un acte d’inconséquence ou d’insouciance. L’insouciance, aujourd’hui, elle peut tuer», soulignait déjà, dimanche soir, Olivier Véran, ministre de la Santé, qui soulignait que le gouvernement avait appelé les Français à limiter au maximum leurs sorties. Conséquence directe, la mairie de Paris annonçait ce lundi 16 mars la fermeture imminente des parcs et jardins dans la capitale.

Français, éternels «Gaulois réfractaires»?

Des comportements également épinglés ce matin par une partie de la presse, comme Libération, qui y consacre sa Une et une partie de son édition quotidienne, titrant sur «l’État d’inconscience» de ces Français qui n’ont pas su résister à l’appel du soleil et du grand air, alors que la veille au soir, le Premier ministre Édouard Philippe annonçait le passage au «stade 3» (sur 3) de l’épidémie et la fermeture des bars, restaurants et salles de spectacle.

Les Français, peuple d’«indisciplinés»? L’image semble leur coller à la peau, ces derniers étant d’ailleurs surpris du respect des règles de quarantaine par leurs voisins italiens. Pour autant, la communication gouvernementale, qui s’était employée à rassurer les Français au moment où l’arrivée de l’épidémie en France se précisait, est-elle étrangère à ce phénomène?

Si aujourd’hui, Brigitte Macron se dit «choquée» du comportement des Parisiens, elle et son mari étaient de sortie au théâtre il y a dix jours afin d’inciter ces mêmes Français à ne pas changer leurs habitudes malgré l’épidémie qui avait alors déjà touché au moins 600 personnes, les autorités sanitaires ne dépistant que les cas les plus graves. Par ailleurs, demander aux Français de rester chez eux tout en les appelants à aller voter au cours d’un même discours était-il également le choix le plus judicieux?

Brigitte Macron sur les quais de Seine, «choquée» d’y voir autant de monde

D’autant plus que l’officialisation du stade 3 par Édouard Philippe, s’accompagnant de la fermeture de lieux recevant du public, effectué la veille du scrutin, n’a pas été sans conséquence sur l’esprit des Français. «Ne pas aller voter a presque été un acte de responsabilité», analysait pour Libération Stewart Chau, chargé d’études politiques et économiques de l’institut de sondages ViaVoice.

«Ne pas aller voter est un acte civique» au regard des circonstances exceptionnelles, un message qui avait été adressé le matin même des élections par Rémi Salomon, président de la commission médicale d’établissement de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP). Le Président de la République n’avait-il pas lui-même dit qu’il fallait écouter les scientifiques, «ceux qui savent», s’en remettant pourtant à leur expertise pour maintenir le scrutin?

S’il est louable de vouloir éviter la panique de la population, notons que lors de l’arrivée de l’épidémie en Italie, la France n’avait pas pris de mesure particulière afin d’éviter l’arrivée du virus sur le sol national et certains épidémiologistes n’avaient pas hésité à tourner les craintes de certains Français en dérision lors des émissions avaient été organisées sur le service public afin de «rassurer» la population. «On a eu peur d’avoir peur» résumait à notre micro Gilbert Collard, eurodéputé Identité et Démocratie, début mars.

«On a eu peur d’avoir peur»

Lorsque l’épidémie frappa, certains grands rassemblements transfrontaliers –notamment sportifs– furent maintenus et dans les premiers jours, l’accent fut particulièrement mis sur le profil –âgé et souffrant de comorbidités– des malades qui décédaient au cours de leur hospitalisation due au Covid-19. Tout ceci n’a-t-il pas contribué à développer une forme de détachement d’une partie de la population à l’égard d’un virus trop longtemps dépeint comme une «grippette»?

Tout ceci n’excuse en rien la diffusion samedi soir sur les réseaux sociaux de messages particulièrement nonchalants face au danger de la pandémie.

​​Reste à savoir si cela s’adresse au même public qui se précipite sur les gels hydroalcooliques tout en ayant une hygiène laissant à désirer, ou qui déserte les restaurants asiatiques et délaisse les pâtes de marque italienne dans les supermarchés, tout en dévalisant les rayons de papier hygiénique.

«Il faut que tout le monde s’y mette […] personne ne croit qu’il peut être infecté, même s’il a l’information, comme aucun fumeur ne pense qu’il peut avoir un cancer du poumon», expliquait Astrid Vabret, professeure de médecine et cheffe de service virologie au CHU de Caen, sur le plateau de C dans l’air, le 24 février.

Dans la même émission, Marc Lazar, spécialiste de l’Italie, enseignant à Sciences Po Paris, rappelait que «la Vénétie, la Lombardie ont des traditions civiques très importantes» et soulignait les «énormes ressources» dont disposent ces régions de l’Italie, notamment en matière d’infrastructures hospitalières et d’expérience de la Protection civile dans la gestion de crises (notamment des tremblements de terre). Aujourd’hui, ces mêmes régions, dont les services de santé sont réputés être les meilleurs de leur pays, sont sous l’eau, contraints de trier les patients en fonction de leurs chances de survie. Une situation d’engorgement à laquelle commencent à faire face les services d’urgence des régions françaises touchées en premier par la propagation du Covid-19. Une dégradation rapide qui n’est sûrement pas étrangère au revirement tardif de l’exécutif français vis-à-vis de la situation sanitaire.

Des messages contradictoires, même d’hôpitaux?

Vendredi 13, Édouard Philippe déclarait qu’il était selon lui «sans danger» d’aller voter, mettant en avant les mesures prises dans les bureaux de vote afin d’assurer la sécurité des électeurs. Des mesures telles que du gel hydroalcoolique à l’entrée et des masques. Des masques et du gel désinfectant dont manquent par ailleurs de nombreux médecins, pharmaciens et membres du personnel hospitalier.

Des hôpitaux où, en dépit de l’afflux de malades du coronavirus, certains praticiens soulignent l’importance de maintenir la prise en charge des autres pathologies. À titre d’exemple, Sputnik a recueilli le témoignage d’une personne âgée (75 ans), souffrant d’hypertension et de diabète. Son diabétologue, opérant dans un centre hospitalier de «première ligne» dans la lutte contre le Covid-19 –l’a appelé à deux reprises pour l’inciter à «honorer» son rendez-vous, sous peine de voir celui-ci reporté à plus de six mois et de ne plus pouvoir bénéficier de son traitement. Un praticien qui n’est apparemment pas au courant que les malades chroniques peuvent voir leur traitement renouvelé, même si leur ordonnance est périmée, le temps des mesures de confinement.

Freiner la propagation d’une épidémie est régulièrement comparé à l’arrêt d’un paquebot, les mesures prises ne portant pas immédiatement leurs fruits (effet retard). Reste à savoir si cette image n’est pas également valable pour nos concitoyens, qui aujourd’hui encore semblent sous l’influence des messages politico-médiatiques destinés à les rassurer.

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Emmanuel Macron, France, Covid-19
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