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Propagation du coronavirus en France (338)
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Un troisième membre du gouvernement a été testé positif au Covid-19. Un nouveau dépistage qui, comme les précédents, soulève la polémique dans un pays qui a adopté une stratégie de dépistage restrictive par rapport à d’autres pays touchés. Bien que tout ne soit pas si simple qu’il y paraît, ces tests coûtent cher à l’exécutif en termes d’image.

Nouveau test d’un ministre, nouvelle polémique. Le dépistage positif au Coronavirus SARS-Cov-V2, d’Emmanuelle Wargon n’est médiatiquement pas passé inaperçu. Dimanche 22 mars, la secrétaire d’État à la transition écologique a annoncé sur Twitter avoir contracté le coronavirus. 

​En bonne communicante, l’ex-directrice des affaires publiques et de la communication de Danone réitérait l’invitation faite à la population de rester chez elle, tout en tenant à se montrer rassurante, l’énarque précisant alors n’avoir pour l’heure «que des symptômes bénins».

Une affirmation qui a mis le feu aux poudres dans un pays où se faire dépister est devenu un luxe, tant pour des malades présentant des troubles respiratoires que pour des membres du personnel médical lui-même. Un constat d’autant plus choquant pour beaucoup qu’un premier médecin-urgentiste vient de mourir en France du coronavirus, sur fond de pénurie de matériel de protection… et de tests.

Comme le précise le ministère de la Santé sur sa page dédiée au Covid-19, seuls les personnes ou les personnels de santé «présentant des signes de gravité et des symptômes évocateurs», les personnes fragiles ou à risque et les personnes hospitalisées «présentant des symptômes évocateurs» sont habilités à se faire prescrire un dépistage. Le ministère qui, depuis le début de la crise, réitère régulièrement cette doctrine de dépistage restrictive par la voix de son ministre Olivier Véran ainsi que par celle du directeur général de la Santé, Jérôme Salomon. En conséquence, la France plafonne à 4.000 tests par jour, mais le ministre de la santé estimait le 21 mars, entre 30.000 et 90.000 le nombre de personnes infectées en France.

Une situation qui va à l’encontre des directives de l’OMS pour lutter contre la propagation de la pandémie. En Asie, la prévention via les tests et les masques, qui aujourd’hui font tous deux défauts en France, s’est avérée une combinaison jusque-là payante. «Nous avons un message simple pour tous les pays. Testez, testez, testez! Testez chaque cas suspect», a martelé le directeur général de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) le 16 mars depuis le siège de l’organisation, à Genève. Une situation d’autant plus étonnante que si les conseils de l’OMS sont dans le cas présent écartés, ceux-ci furent mis en avant par le gouvernement pour justifier le maintien de l’ouverture des frontières au moment où l’épidémie frappait l’Italie.

«Testez, testez, testez! Testez chaque cas suspect»

Deux semaines plus tôt, les premiers dépistages entrepris au sein du gouvernement n’étaient pas non plus passés inaperçus. Alors qu’un premier ministre, Franck Riester à la tête de la Culture, était dépisté positif le 9 mars, assurant avoir malgré ses inquiétudes attendu de développer les premiers symptômes avant de demander le test. Nicolle Belloubet, Garde des Sceaux, créait de son côté un tollé en réclamant le matin même dans la foulée un test, qui s’est avéré négatif, après avoir ressenti «un peu de fièvre», comme elle l’expliquait elle-même.

Belloubet négative, «sans doute un soulagement pour le gouvernement», tranchait d’emblée un média du service public. Voulant se montrer rassurant, le cabinet de Franck Riester soulignait que si le ministre était placé en confinement chez lui, il était «en forme», souffrant «des symptômes classiques d'une grippe». Même son de cloche lorsque le 14 mars, ce fut au tour d’une autre membre du gouvernement, Brune Poirson, secrétaire d’État auprès de la ministre de la Transition écologique et solidaire, d’être diagnostiquée positive au Covid-19. L’État de santé de la femme politique franco-américaine était décrit comme «ne présentant pas de signe inquiétant.»

Une attitude volontariste, qui se veut positive, qui peut se comprendre au regard de personnes censées piloter le pays, repris dans les médias. Si aujourd’hui encore, malgré l’émergence d’interrogations quant à la politique de test adopté par la France de manière générale, on souligne surtout le courage de ces politiques qui «gèrent la crise à distance» tout en luttant contre la fatigue et la fièvre.

En contact avec un porteur confirmé

Parmi ces cas, tous ne sont pas des ministres d’un gouvernement qui justifient la parcimonie de tests. On retrouve ainsi dans l’article de nos confrères du Parisien Christian Estrosi, maire de Nice qui, trois jours avant d’être dépisté positif au Coronavirus, s’était fait remarquer lors d’une visite dans un Ehpad.

«Les symptômes ne m’empêchent pas d’être en forme pour continuer à gérer la crise», aurait-il déclaré dans la foulée de son dépistage le 16 mars, bien qu’il témoigne être passé par «des premiers jours un peu rudes» avant sa remise sur pied, bénéficiant d’ailleurs du fameux traitement à la Chloroquine du professeur Raoult. C’est d’ailleurs auprès de l’édile de Nice que le préfet des Alpes-Maritimes, Bernard Gonzales, aurait contracté le virus. Lui aussi, «va bien et continue de travailler depuis son bureau du Palais sarde» dans sa résidence dans le Vieux Nice, assurait son directeur de cabinet à 20 Minutes.

En effet, l’une des raisons récurrentes que ces responsables politiques avancent pour justifier un test est le fait d’avoir été en contact avec des cas avérés ou probables. Or, la campagne des municipales a été un terrain propice aux contaminations d’élus et plus largement de membres de la classe politique, comme en témoigne les cas recensés dans l’État-major de la droite marseillaise.

Dans les premières semaines de l’épidémie en France, le Palais Bourbon a été frappé de plein fouet, à commencer par le député Les Républicains du Haut-Rhin, Jean-Luc Reitzer, 68 ans, qui a été hospitalisé le 5 mars dans un état grave. Hospitalisée également, le lendemain, Élisabeth Toutut-Picard, députée de Haute-Garonne LREM, qui rentrait de Paris.

Dans la foulée, plusieurs cas sont dépistés à l’Assemblée parmi les élus, leurs collaborateurs et le personnel, pouvant avoir côtoyé l’élu. 18 cas de coronavirus ont ainsi été détectés dans la chambre basse du parlement. Affectés, les élus affichent un ton rassurant sur leur état de santé: «je suis en pleine forme», écrivait ainsi le 12 mars, depuis sa chambre d’isolement au CHU de Clermont-Ferrand, le député communiste André Chassaigne, âgé de 69 ans. Pourtant tout ne va pas pour le mieux pour les élus confrontés au Covid-19, à l’exemple de Bénédicte Pételle, députée LREM des Hauts-de-Seine, qui vit un drame familial depuis que ses parents ont contracté la maladie.

Le contact avec un malade semble être l’explication du dépistage d’Emmanuelle Wargon. Mariée à un médecin-urgentiste, c’est en «accompagnant son mari qui allait se faire tester à l’hôpital», qu’«il a été jugé utile de la tester également», précise au Huffington Post une source contactée dans son entourage de la secrétaire d’État. En somme, afin que le médecin puisse continuer à travailler sans contaminer des patients, il fallait s’assurer que son entourage direct soit également sain nous explique-t-on. Rappelons également que Frank Riester, premier membre du gouvernement à avoir été testé positif, était également plongé en pleine campagne des municipales.

En somme, la situation est loin d’être aussi simple qu’il n’y paraît pour beaucoup d’élus testés. Sans doute jouent-ils sur l’ambiguïté de la consigne gouvernementale de ne dépister que les personnes «présentant des signes de gravité et des symptômes évocateurs», se classant eux-mêmes dans les «symptômes évocateurs».

Reste cependant à savoir comment ces annonces de tests de la part de membres d’un gouvernement exigeant des Français l’exemplarité seront perçues par ceux qui, toujours plus nombreux, se voient aujourd’hui refuser d’être dépistés alors même qu’ils présentent de la fièvre et des troubles respiratoires depuis des jours où même après avoir été en contact avec des malades avérés.

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Emmanuelle Wargon, Nicole Belloubet, Franck Riester, France, Covid-19
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