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La France a adopté une doctrine de dépistage du coronavirus particulièrement sélective, notamment pour pallier son manque de moyens. Si les Français non testés présentant des symptômes du Covid-19 font preuve de compréhension, ils restent cependant dans une incertitude pesante, notamment celle d’avoir pu contaminer leurs proches. Témoignages.

L’Allemagne effectue à présent 500.000 tests de dépistages du coronavirus SARS-Cov-2 par semaine. Un choix justifié aux yeux du chef du département de virologie de l’hôpital de la Charité à Berlin, Christian Drosten, par le lien qu’il établit entre le faible nombre de décès dans le pays et sa politique de dépistage systématique.

Une stratégie qui s’inscrit à l’exact opposé de celle adoptée par Paris depuis le début de la crise. En effet, comme le détaille le ministère de la Santé sur la page dédiée au Covid-19, la priorité est donnée aux personnes présentant des symptômes graves de la maladie ou au personnel soignant appelé à être en contact avec des personnes à risque.

Si en France, le président du conseil scientifique sur lequel s’appuie le gouvernement annonce qu’il augmentera la cadence des tests réalisables à 40.000 par jour contre 9.000 aujourd’hui, cela ne se fera pas avant 10 jours. Les blocages administratifs qui, malgré l’urgence, empêchent des laboratoires publics de produire leurs tests, alors que le pays en manque cruellement, illustrent cet état de fait.

Un état de pénurie qui exaspère une partie de la population. En témoignent les nombreuses réactions sur les réseaux sociaux à l’annonce des dépistages effectués sur des membres du gouvernement. Pour autant, certains comprennent et acceptent que des personnes aient plus besoin qu’eux d’être dépistées, malgré des symptômes persistants. Ce fut le cas de Florian, consultant de 43 ans basé à Nice. Il a développé de la toux, un mal de gorge, de la fièvre: «on est essoufflé», précise-t-il, évoquant un sentiment d’«oppression» respiratoire. Début mars, il se rend à l’hôpital, où on lui diagnostique une sinusite. Nous étions alors dans les premiers jours de l’épidémie en France.

«L’idée, quand je suis allé à l’hôpital, était de garder les tests pour les personnes vraiment atteintes. Je n’ai pas insisté pour me faire tester, car vous vous dites qu’il n’y en a pas assez et il y a des gens qui en ont peut-être plus besoin que moi», développe Florian au micro de Sputnik.

«Le système médical n’était pas encore en branle, on était vraiment sur les débuts», ajoute-t-il. Quelques jours plus tard, une perte de sens gustatif et olfactif s’ajoutant à ses premiers symptômes qui perdurent, son médecin traitant prendra la décision de le placer sous chloroquine (Plaquenil) et azithromycine, pour respectivement six et cinq jours.

«Je n’ai pas insisté pour me faire tester»

Là encore, l’annonce du professeur Raoult quant à l’efficacité de la chloroquine sur le coronavirus en Chine restait particulièrement récente et avait reçu peu d’échos positifs dans les médias. «J’ai vraiment senti le jour et la nuit», décrit-il alors, bien que faute de test, impossible pour Florian d’affirmer qu’il a bien été atteint par le Covid-19. Il confie néanmoins à notre micro avoir «remercié 200 fois déjà» son médecin traitant pour cette prescription. Ses symptômes étaient en effet pour le moins angoissants:

«On sent qu’il y a quelque chose de curieux qui se déplace en soi. Ce ne sont pas les symptômes d’une grippe classique comme ce que vous avez pu connaître. […] ça tourne, c’est très violent par moments, très diffus, avec la perte d’odorat, de goût, on sent que le système est troublé. Ce sont des réactions qui ne sont pas normales.»

Se montrer compréhensif et respecter à la lettre les mesures de confinement n’empêche pas pour autant de vivre avec la crainte d’avoir contaminé des proches durant la période d’incubation, faute de savoir si l’on est porteur du coronavirus. Tout comme il est «difficile de mettre une date», relate Florian, qui suspecte l’un de ses voisins lors d’un vol Paris-Nice, toussant «énormément», d’être à l’origine de son éventuelle contamination au coronavirus.

Un doute également concernant sa responsabilité après que l’un de ses proches a déclaré la maladie: «c’est dur de savoir si c’est vous ou si c’est l’inverse». Incertitude d’autant plus difficile à vivre qu’en cas de contamination au Covid-19, le malade continuera à diffuser le virus jusqu’à sept jours après sa guérison. Même situation du côté de Julie, assistante maternelle, qui vit en quarantaine avec sa fille de six ans et «vraisemblablement porteuse» du SARS-Cov-2.

«On n’a pas le droit de sortir, ni l’une ni l’autre, même pas pour faire des courses, parce qu’il faut que je ne rentre en contact avec absolument personne.»

Comme Florian, Julie n’a pas pu être dépistée. Cette dernière a contacté son médecin après avoir ressenti une forte fièvre accompagnée d’une détresse respiratoire.

«C’est dur de savoir si c’est vous ou si c’est l’inverse»

«Avec les symptômes que je lui ai décrits, elle m’a interdit de venir la voir», nous relate-t-elle, ajoutant entre deux quintes de toux, visiblement essoufflée, «ne vous déplacez pas, il y a de grandes chances que vous soyez contaminée». Un diagnostic qui aurait été confirmé, toujours à distance, par deux autres praticiens qui continuent de la suivre quotidiennement afin de lui faire réaliser des exercices de respiration.

«Dès que je me mets en mouvement où que je parle, je m’essouffle, j’ai constamment l’impression de sortir d’un sprint», relate Julie à Sputnik, qui dit ne pouvoir respirer convenablement qu’en position assise.

Un point commun entre nos témoins, la crainte d’avoir contaminé des proches. Julie craint ainsi d’avoir exposé ses parents au coronavirus, ainsi que ceux des amies de sa fille dont elle a organisé l’anniversaire durant la période d’incubation (en général de 3 à 5 jours, celle-ci peut s’étendre à deux semaines): «nous n’étions alors pas encore dans un état de vigilance, on s’est tous fait la bise», déplore-t-elle.

Rappelons que si le coronavirus a commencé à frapper la France le 21 février, il faudra attendre une semaine plus tard, le 28, pour que le nouveau ministre de la Santé «recommande» de ne plus se serrer la main. Une mesure qui avait alors été jugée «excessive» par certains, au sein d’une population à laquelle on avait expliqué des semaines durant que ce cousin du SRAS n’était qu’une «gripette».

Face à cette situation, marquée par une certaine incertitude, Julie souligne avoir prévenu l’institutrice de sa fille pour que celle-ci prévienne les personnes et parents des enfants ayant été en contact avec elle.

Un sang-froid qui n’a pas été l’apanage de tous. D’autres, rongés par la crainte d’être contaminé, ont réagi de manière moins civique. Ce fut le cas de Ludivine*, qui a admis à l’un de nos collaborateurs, non sans gêne, s’être rendue à l’hôpital après une semaine de fièvre, bravant toutes les consignes données par les autorités sanitaires. Un établissement parisien où elle sera finalement testée positive au Covid-19. Ses parents, qui présentent aujourd’hui tous les symptômes de la maladie, n’ont pas encore été dépistés.

*Les prénoms ont été changés.

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France, Covid-19
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