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Depuis ce 2 avril, les grandes banques françaises ont consenti, à la demande de la BCE, à suspendre les versements de dividendes à leurs actionnaires. Pour quelles raisons ont-elles accepté cette mesure et quels risques encourent-elles? Sputnik a posé la question à Dominique Garabiol, ancien banquier et spécialiste de la finance.

«En général, quand quelqu’un vous demande de ne pas faire quelque chose et qu’il a le pouvoir de vous empêcher de le faire, vous acceptez sa demande directement», explique au micro de Sputnik l’expert en finance Dominique Garabiol, professeur associé à Paris VIII et ancien directeur de banque.  

Natixis, Crédit Agricole, Société Générale, BNP Paribas… Les unes après les autres, les grandes banques françaises et européennes annoncent qu’elles suspendent le versement des dividendes à leurs actionnaires. Sur demande de Bercy d’abord, mais de la Banque centrale européenne (BCE) surtout, elles ont toutes joué le jeu pour faire face aux conséquences économiques de l’épidémie.

Certaines leçons ont apparemment été retenues de la crise financière de 2008. Car s’il n’y avait pas l’épée de Damoclès de la BCE au-dessus de la tête des banques, l’histoire aurait pu être tout autre. La chronologie des événements est intéressante de ce point de vue. Le 18 mars, le Haut Conseil de stabilité financière, l’instance chargée de limiter les risques du système financier en France demande aux banques françaises et aux grands groupes

«Une attitude responsable concernant la distribution de dividendes et le versement de rémunérations variables.»

Une demande à laquelle très peu de grandes banques françaises ont donné suite. C’est seulement lorsque la BCE a tapé du poing sur la table que celles-ci ont cédé, les unes après les autres. Pourquoi cette crainte de la BCE et non de Bercy? Car

«Depuis la crise de 2.008 et la réforme de la supervision des banques, la BCE a le pouvoir d’empêcher les banques de distribuer des dividendes. Elle n’a pas exercé ce pouvoir, mais l’a demandé», explique Dominique Garabiol, expert en finance.

La BCE n’a pourtant pas eu à forcer la main des banques, qui sont toutes rentrées dans le rang à la première injonction.

Un risque pour les banques sur les marchés financiers

Mais pourquoi certaines banques, comme la BNP, ont-elles attendu aussi tard? Quel est le risque pour celles-ci de ne pas verser de dividendes?

«S’il n’y a plus de dividendes, les cours de bourses seront pénalisés, c’est ce qui explique la chute de l’indice boursier en général. Les banques sont plus réactives aux nouvelles de conjoncture que la moyenne des entreprises. Si les banques sont sous-valorisées, et particulièrement en bourse, ça rend difficile d’une part l’augmentation du capital si besoin était et d’autre part, ça les rend très vulnérables à des opérations boursières», indique Dominique Garabiol. 

Il y a donc un risque pour les banques à ne pas verser ses dividendes. D’autant que, si elles ne versent pas l’argent promis dans un premier temps à leurs actionnaires, il sera aussi difficile d’aller emprunter à nouveau sur les marchés financiers. Mais elles ont pesé le pour et le contre et savent qu’elles ont aussi à gagner à accéder aux demandes de Francfort.

En effet, en cas de crise financière aggravée et de caisses vides, ce sera, comme en 2008, vers l’État que se tourneront ces banques pour être sauvées de la faillite. Comme l’explique Dominique Garabiol, c’est «l’État qui soutient les entreprises et l’économie. On ne veut pas que les banques, qui dépendent en grande majorité des autorités publiques, de l’État et aussi de la BCE, enrichissent leurs actionnaires alors que c’est la collectivité qui soutient l’économie».

Besoin de liquidités en cas de crise économique

Surtout que compte tenu du manque de visibilité sur la fin de la crise du Covid-19, il est difficile de prévoir quand l’activité économique reprendra pour de bon. Il faut donc se préparer au pire et anticiper un futur incertain.

«Si ça se passe vraiment mal et qu’il y a une dépression, naturellement, les banques devront faire face à des entreprises qui ne pourront pas les rembourser, et il y aura donc des pertes dans les banques. Garder ces fonds contribue à solidifier leurs bases financières, ce qui leur permettra d’absorber ces pertes éventuelles dans les mois ou années à venir.»

Elles pourront ainsi, selon un communiqué officiel de la BCE, «accroître la capacité des banques à absorber les pertes et à soutenir les prêts aux ménages, aux petites entreprises et aux entreprises pendant la pandémie de coronavirus». Les banques participent ainsi, à leur échelle, à l’effort national de lutte pour la préservation d’un écosystème économique sain, malgré les difficultés conjoncturelles.

Participation à l’effort national

Certaines banques n’ont d’ailleurs pas totalement tiré un trait sur le versement de ces dividendes. C’est le cas par exemple de la BNP, qui explique dans un communiqué officiel que «le conseil d’administration pourra, après le 1er octobre et sous réserve du contexte, réunir une assemblée générale afin de procéder à une distribution de réserve pour ses actionnaires, se substituant au dividende». Une manière de tenter de contourner l’injonction de la BCE, en somme?

«Certaines banques ont simplement différé le paiement de leurs dividendes à l’année prochaine, en payant un acompte sur les dividendes à l’automne. Il y a une façon de faire qui concilie tous les intérêts, mais la ligne de la BCE fait que tout le monde rentre dans l’ordre», analyse Dominique Garabiol.    

Si la crise du Covid-19 venait à s’éterniser, c’est donc sur la durée que l’on pourra réellement mesurer l’effort consenti par les grandes banques françaises et leurs actionnaires.

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Tags:
Banque centrale européenne (BCE), banques
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