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De plus en plus de voix s’élèvent à gauche et dans la majorité en faveur d’une régularisation massive des sans-papiers. Une mesure présentée comme temporaire et inspirée du Portugal, qui viserait à garantir à toutes les personnes illégalement présentes en France un accès aux soins ainsi que la possibilité de se confiner durant la pandémie.

La décision, fin mars, des autorités portugaises de régulariser temporairement les sans-papiers présents sur le territoire a fait des émules dans les rangs de la gauche française. Alors que le pays traverse une crise sans précédent, dans un contexte marqué notamment par les polémiques quant au manque de moyens pour soigner tous les cas graves du coronavirus, plusieurs députés de gauche ont jeudi 2 avril «solennellement» appelé le gouvernement à prendre les «mêmes mesures» que Lisbonne, en régularisant provisoirement la situation des clandestins en France afin qu’ils ne soient pas oubliés dans cette crise sanitaire.

Une initiative portugaise présentée comme une «décision de salubrité publique qui protège tous les habitants du Portugal» par les députés, qui enjoignent l’exécutif français à reproduire «sans délai» au vu de l’urgence de la «catastrophe sanitaire». «La prise en compte de ce problème […] n’a que trop duré» estiment-ils, soulignant avoir «alerté plusieurs fois» sur la situation «dramatique» des sans-papiers et des sans-abris.

​D’abord au nombre de sept en début de semaine, ils étaient quinze quarante-huit heures plus tard. Tous issus de la gauche (socialistes, communistes, radicaux, progressistes) ainsi que de La République en marche (LREM). Des marcheurs venus des rangs du Parti socialiste (PS). Rappelons en effet qu’à l’issue des élections législatives, 109 des 308 députés LREM venaient de la gauche, contre 38 de la droite (Emmanuel Macron venant lui-même du Parti socialiste). C’est d’ailleurs l’un d’eux, François-Michel Lambert –ancien député PS réélu sous l’étiquette LREM et aujourd’hui dans le groupe Libertés et Territoires (LT)–, qui est à l’origine de cet appel auquel ont répondu positivement Olivier Faure, premier secrétaire du PS, ou encore la députée de Seine-Saint-Denis, Marie-Georges Buffet, ex-secrétaire nationale du Parti communiste français (PCF) passée par le gouvernement de Lionel Jospin.

«Jusqu’à la fin de l'état d'urgence»

Mardi 31 mars, dans une interview accordée à France Bleu, François-Michel Lambert estimait que tant que les clandestins circuleraient sans accès à l’hôpital, le confinement «ne pourrait être levé». Il est donc «urgent de les intégrer dans les systèmes de santé et de prévention», autrement «on ne maîtrisera pas la propagation du virus». Une mesure de «bon sens» qui, selon le député, concernerait 100.000 et 200.000 personnes. Interrogé sur le fait que certains Français pourraient ne pas comprendre cette disposition –notons en effet que les hôpitaux refusent à présent des malades en détresse respiratoire faute de place–, l’élu écologiste estime que «leur régulation ne se ferait pas au détriment de la population française». Il évoque au passage la décision de la préfecture de Seine-et-Marne de mobiliser les réfugiés (qui n’ont pas le même statut que les sans-papiers), sur la base du volontariat, dans les champs afin de pallier la pénurie de main-d’œuvre. François-Michel Lambert insiste même sur le fait qu’il ne faut pas céder à cette «même idéologie selon laquelle c'est la faute de l'autre».

Si jeudi, l’appel des députés évoquait, indirectement, la dimension «provisoire» de la mesure de régulation en se référant à la décision prise au Portugal, mardi, seul le journaliste de France Bleu évoquait cet aspect. Interrogé sur ce qui se passerait après la crise, François-Michel Lambert répond:

«Nous devrons reconstruire la France dans quelques semaines ou quelques mois. Nous pourrons alors nous appuyer sur ces personnes. Elles seront un atout pour notre pays. Cette régularisation est donc dans l'intérêt de tout le monde.»

Pour l’heure, l’État français alloue 934,4 millions d’euros à la prise en charge des soins prodigués à près de 315.000 individus en situation irrégulière via l’Aide médicale aux étrangers (AME). Si le montant de cette AME ainsi que le nombre de bénéficiaires ont été régulièrement revus à la hausse –avec un pic en 2013, à l’occasion de la première loi de Finances du quinquennat de François Hollande qui a vu une progression de 23% du budget alloué et de 18,6% du nombre de bénéficiaires cette année-là– le budget n’a toutefois pas été augmenté cette année 2020.

Une disette qui n'est pas propre au régime de santé destiné aux étrangers, l’hôpital public a été prié de trouver 800 millions d’euros d’économies afin de compenser la hausse naturelle des dépenses de santé.  

Notons toutefois que 95% des dépenses d’AME sont concentrées dans l’AME dite «de droit commun», destinée aux étrangers en situation irrégulière justifiant de conditions de résidence et de revenus. Le reste étant partagé entre l’AME de «soins urgents», dont le montant de 40 millions d’euros en 2020 reste «inchangé depuis 2008», et l’AME «humanitaires» comprenant les évacuations sanitaires et les gardes à vue. Du côté de la majorité, la mesure a pour l’heure été rejetée.

​Quoi qu’il en soit, le sort des clandestins en France ne suscite pas seulement l’intérêt de la classe politique française. Le 2 avril, la marque américaine de glaces Ben & Jerry’s, qui soutient la campagne du candidat Bernie Sanders aux États-Unis (ou encore le respect du confinement devant Netflix), postait sur Twitter un message suggérant de «régulariser tout le monde» en France, en prenant là aussi le modèle du Portugal.

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immigration clandestine, France, Covid-19
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