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Si, malgré le flou du gouvernement, les Français devraient recouvrer leur liberté de mouvement à partir du 11 mai prochain, les cafés, bars et restaurants resteront fermés. Pour ce secteur souvent artisanal et possiblement en voie d’effondrement, le gouvernement estime qu’il est urgent d’attendre.

C’est l’équation difficile du confinement et de la mise à l’arrêt d’un pays entier. Comment éviter des faillites massives et, par conséquent, un chômage tout aussi massif?

Alors que le confinement, qui aurait pu être supportable sur deux semaines, dure, le gouvernement français, à l’instar d’autres pays, s’engage de plus en plus dans la voie d’une économie administrée.

Avec plus d’un million de salariés, la restauration –souvent des structures familiales ou des très petites entreprises (TPE)– inquiète particulièrement. Aussi Emmanuel Macron s’est-il invité au chevet de ce secteur particulièrement menacé alors que le déconfinement du 11 mai prochain ne le concernera pas. Outre des représentants anonymes de la profession, l’exécutif a cru bon d’inviter au palais de l’Élysée cinq chefs réputés: Philippe Etchebest, Alain Ducasse, Guy Savoy, Hélène Darroze et Michel Sarran. Mais malgré cette touche de glamour, les petits artisans du secteur et les propriétaires d’hôtels non adossés à un grand groupe n’auront obtenu qu’une vague échéance: «rendez-vous est pris fin mai», selon l’AFP, pour une «décision». Difficile de faire plus flou, le ministre de l’Économie Bruno Le Maire a même évoqué très officiellement une clause de «revoyure». Qu’il s’est d’ailleurs empressé de justifier.

«Rien ne serait pire que de faire une réouverture dans la précipitation qui nous obligerait ensuite à fermer à nouveau, ce serait une immense déception pour les restaurateurs, une immense déception pour les Français aussi», a-t-il plaidé.

Traduire: face au risque de «déception» des Français, il est urgent d’attendre? Au-delà du discours paternaliste, c’est pourtant tout un secteur qui menace de s’effondrer. Alors, pour temporiser, un guide de bonnes pratiques présenté par les restaurateurs sera étudié.

Six semaines après la fermeture soudaine de ces établissements, à la veille du premier tour des municipales, sont toujours à l’étude des dispositions pratiques telles que l’espacement entre les tables d'un mètre, des réservations limitées à huit personnes ou l'obligation faite aux personnels de salle de se laver les mains toutes les 30 minutes.

Le secteur de la restauration suspendu au bon vouloir de l’État

Cette pandémie marquera-t-elle un tournant en matière de politique économique? Face aux conséquences de leur propre décision de confiner, les pouvoirs publics ont en effet mis en œuvre des dispositifs inédits par leur ampleur. Et à mesure que la crise dure, il est de plus en plus clair qu’il s’agit d’une forme de dirigisme. Emmanuel Macron n’en a pas fait mystère d’ailleurs, lors d’une interview accordée au journal The Financial Times, emblème de l’économie de marché et de la libre entreprise.

«Nous avons nationalisé les salaires et les pertes et profits d’à peu près toutes nos entreprises», avait-il alors expliqué sans fard. Et le Président d’enfoncer le clou: «Le chômage partiel, c’est la nationalisation des salaires et le Fonds [de soutien aux entreprises], ça s’appelle une nationalisation du compte d’exploitation des commerçants et entrepreneurs.»

De fait, selon les chiffres de la Dares –le service d’études et de statistiques du ministère du Travail–, quelque 10,2 millions de salariés sont désormais sous le régime de l’activité partielle, subventionnée par l’État.

Ce chiffre, impressionnant en soi, représente une fraction tout aussi impressionnante des 25 millions de salariés que compte la France, soit 40%. Ainsi, en 2020, rapporté cette fois à la population active, qui est de près de 29 millions de personne, c’est un tiers des Français en âge de travailler, chômeurs compris, dont la rémunération dépend de l’État dans ces circonstances exceptionnelles.

Cet événement pour le moins notable devrait laisser des traces dans les esprits. D’autant que la France ne sortira vraisemblablement pas de la crise économique avec la levée du confinement. Avec les 20 milliards d’euros du plan de soutien du ministère de l’Économie, la création de 750 milliards de liquidités par la Banque centrale européenne, l’interventionnisme économique se fait massif. Les derniers fleurons hexagonaux, comme Air France, se voient promettre un soutien illimité…  En 2020, l’économie dite de marché n’aura jamais autant ressemblé à l’ancien système soviétique.

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Tags:
Covid-19, commerce, crise économique, confinement
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