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Édouard Philippe sur la sellette? La rumeur d’un changement de locataire à Matignon enfle et certains évoquent même un gouvernement d’union nationale. Si beaucoup y voient un futur coup de barre à gauche, le politologue Guillaume Bernard y voit plutôt une manière pour la majorité de se préserver des enquêtes parlementaires.

Quel avenir pour Édouard Philippe? Depuis la dernière intervention télévisée d’Emmanuel Macron le 13 avril, très largement suivie, certains médias s’interrogent les scénarios pour «le jour d’après» et tout particulièrement sur le sort qui sera réservé au chef du gouvernement à l’issue de la crise sanitaire.

Principale raison de leur intérêt, quelques mots du Président qui laisseraient présager «un virage écologique et social» pour la fin du quinquennat. Un virage à gauche, donc? Mais Emmanuel Macron a aussi lancé un ballon d’essai en direction d’un gouvernement d’union nationale: «Dans les prochaines semaines, avec toutes les composantes de notre Nation, je tâcherai de dessiner ce chemin qui rend cela possible».

«Peut-on changer de politique sans changer de casting?» s’interroge-t-on sur BFMTV. Camille Langlade, chef du service politique de cette chaîne, prédit un lendemain de crise «tourné vers plus de social, d’écologie, plus d’État» et se demande si Édouard Philippe, «l’homme de droite, de la rigueur budgétaire», sera le mieux placé pour incarner cette nouvelle politique ou s’il aura «encore envie» de faire partie du gouvernement après cet éventuel élargissement.

Si un remaniement ministériel apparaît «logique» au politologue Guillaume Bernard au sortir de la crise sanitaire, ce maître de conférences à l’Institut catholique d’études supérieures (ICES) y voit des raisons bien plus prosaïques. Selon lui, si Emmanuel Macron se décidait à élargir son «spectre politique», ce serait surtout dans l’optique de la gestion des suites de la crise du coronavirus.

«Plus il aura ratissé de personnalités, dans le maximum de partis politiques, moins il aura le risque d’avoir une enquête parlementaire», réagit-il au micro de Sputnik.

Une commission d’enquête parlementaire serait en effet «justifiée» aux yeux du politologue, non pas à cause de la pénurie de masques au déclenchement de la crise, mais de «l’incapacité qu’a eue la France d’en produire rapidement.» Il faut dire que ce n’est que depuis un arrêté publié le 25 avril, près de deux mois après les premiers morts officiels de l’épidémie en France, que les pharmacies ont le droit de vendre des masques dits «grand public» ou «alternatifs» aux Français.

​Une situation ubuesque aux yeux de nombreux observateurs, contre laquelle s’étaient d’ailleurs dressés des syndicats de pharmaciens: deux d’entre eux avaient appelé le 15 avril à mettre en vente, sous conditions, des masques au public «afin de répondre à la demande de nos concitoyens» et «juguler au plus vite l’épidémie» de Covid-19. Autre point sur lequel l’exécutif pourrait être attaqué, aux yeux du politologue, les revirements récurrents des responsables politiques dans leurs discours, citant notamment comme exemple le cas de l’utilisation des masques.

«On peut se demander si c’est de l’amateurisme ou si c’est du mensonge d’État?» s’interroge Guillaume Bernard.

Des «couacs gouvernementaux», mais surtout des procédures judiciaires «qui pèsent de plus en plus sur l’action politique», sur lesquelles revenait Le Point dans son numéro du 23 avril. L’hebdomadaire relatait alors qu’une trentaine de plaintes avaient été déposées à l’encontre du gouvernement auprès de la Cour de Justice de la république (CJR), seule juridiction compétente pour juger des faits commis par des ministres en exercice. Auprès du magazine, des conseillers de la Place Beauvau affirmaient que ces procédures «ne peuvent pas nous troubler, sinon on ne prendrait plus aucune décision.»

Des propos qui tranchent avec ceux de Philippe de Villiers. «On prépare la défense judiciaire», affirmait le fondateur du Puy du Fou, le 23 avril au micro de Jean-Jacques Bourdin. L’ancien homme politique évoquait les propos que lui auraient tenus des ministres «importants» du gouvernement, qui justifiaient alors une «tétanie» du pouvoir. «Le gouvernement fait payer aux Français son incurie, son incompétence», assénait l’ancien député: «on compte les morts dans les hôpitaux, les Ehpad […] le tissu industrieux de la France est en train de se déchirer et nos gouvernants cherchent à se couvrir!»

À notre micro, un avocat à l’origine de plaintes contre plusieurs ministres, dont Olivier Véran, regrettait d’avoir dû en arriver là, soulignant l’absence de l’opposition parlementaire, dépeinte comme engluée dans les appels de la majorité à l’unité nationale et les «petits arrangements électoraux».

Édouard Philippe, fusible ou «personnalité de rechange»?

Une opposition parlementaire dont le contrôle de l’action gouvernementale est pourtant le rôle. Pour l’heure, seule une mission d’information parlementaire a bien été créée le 17 mars, présidée par l’actuel président de l’Assemblée nationale, Richard Ferrand. Un des «piliers du parti majoritaire» qui avait été nommé au perchoir après avoir été débarqué du gouvernement, alors que l’étau judiciaire se resserrait contre lui dans le cadre de l’affaire dite des mutuelles de Bretagne.

«En fait, l’opposition ne s’est constituée en commission qu’à la faveur des plaintes successives déposées et quand ils ont vu qu’ils auraient à répondre devant l’opinion de leur inaction», développait le 16 avril auprès de Sputnik l’avocat Fabrice Di Vizio.

Si calculs politiques il y a bien, pour Guillaume Bernard, ceux-ci tiennent d’abord au fait que la situation chaotique actuelle en France «n’est pas exclusivement due au quinquennat Macron et au gouvernement Philippe», mais est «forcément le résultat de décennies» de gouvernance. En somme, aux yeux du politologue, l’opposition parlementaire actuelle n’est pas la mieux placée pour juger des carences du gouvernement, d’autant que peu seraient candidats à la gestion de l’après-crise sanitaire. Guillaume Bernard tient à rappeler que, tant économiquement que socialement, cela «va tanguer fortement» après le déconfinement.

Une importante crise à venir qui pousse le maître de conférences à l’ICES à ne pas céder à la facilité de considérer Édouard Philippe comme un simple fusible d’Emmanuel Macron après sa gestion de la seule crise sanitaire. Chômage massif, menace d’une éventuelle ponction sur les comptes bancaires afin de renflouer les dettes de l’État, émeutes dans les banlieues, sont autant de facteurs mis en avant par Guillaume Bernard, qui peuvent fragiliser une candidature de l’actuel Président à sa propre succession en 2022. Pour lui, deux visions s’affrontent aujourd’hui au sein de la majorité: ceux qui veulent faire porter le chapeau au Premier ministre et ceux qui souhaitent le préserver en le mettant en retrait.

«Édouard Philippe fait partie des personnalités de rechange. Il y a beaucoup de gens qui ont soutenu Macron, qui ont fait Macron, pour la Présidentielle de 2017 et qui sont déjà aujourd’hui à la recherche d’un remplaçant, puisqu’ils se disent qu’il sera peut-être dans l’impossibilité de se présenter ou dans l’impossibilité d’accéder au second tour. Donc par conséquent, il y a déjà un certain nombre de personnes– des financiers, des personnalités intellectuelles– qui cherchent un remplaçant.»

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Edouard Philippe, France, Covid-19
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