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Les avocats se révoltent, notamment contre la prolongation automatique des détentions provisoires, mise en place lors du confinement. En manifestant Place Vendôme, le collectif «Black robe brigade» tire la sonnette d’alarme face à l’état d’urgence sanitaire, qui met à mal le droit et la protection des justiciables. Reportage de Sputnik.

Les avocats avaient décidé de manifester pour réclamer plus de moyens pour la justice bien avant le confinement. Le rendez-vous a été tenu et d’autres revendications –notamment contre les mesures exceptionnelles dues au Covid-19– sont venues s’ajouter à leur liste.

D’un côté, Estellia Araez, avocate au barreau de Bordeaux, présidente du Syndicat des avocats de France, et 291 autres avocats de France ont signé une tribune dans Libération. De l’autre, le collectif «Black robe brigade», association fondée dans le cadre du mouvement de grève contre la réforme des retraites, s’est réuni place Vendôme ce 12 mai, malgré l’interdiction de rassemblements de plus de dix personnes. Son slogan? «nous comptons nos morts pendant que sont confinées nos libertés».

La première Journée nationale pour la justice n’est qu’un prétexte pour réaffirmer que le «gouvernement a démontré qu’il ne respectait pas les avocats et n’écoutait pas tous les professionnels qui portent pourtant quotidiennement cette institution à bout de bras».

Une manifestation au nom des «Français oubliés»

Les avocats du groupe sont venus manifester pour «la reprise d’une justice digne de ce nom». L’un des reproches que formulent les avocats est que dans son discours du 7 mai dernier, le Premier ministre «n’a absolument pas évoqué ce service public fondamental dans l’état de droit.»

«Nous sommes les oubliés, clame au micro de Sputnik Julia, avocate. Derrière ces avocats, magistrats, greffiers et huissiers oubliés, se trouvent les Français oubliés.»

L’avocate assure qu’«il n’y a pas de plan de reprise de la justice» et considère que «le seul plan qui existe pour madame Belloubet est la fin du plan de continuité de la justice». Ainsi, les tribunaux s’organisent-ils chacun de leur côté pour que ce service public «oublié pendant 55 jours» reprenne son cours normal. Julia rappelle que «pendant le confinement, on a réussi à maintenir une certaine activité, tout en accusant 60-70% de baisse d’activité».

«Certains avocats n’avaient pas du tout d’activité. C’était très dur, puisqu’étant en profession libérale, nous n’avons droit à rien, aucune aide», rappelle l’avocate.

Le collectif d’avocats attire l’attention du grand public sur un certain nombre d’ordonnances mises en place au nom de l’état d’urgence sanitaire, notamment, la prolongation automatique des détentions provisoires.

Les ordonnances controversées de l’état d’urgence sanitaire

Normalement, lorsque la détention provisoire dure au-delà de ce qui est légalement prévu, le prévenu est régulièrement présenté devant le juge, qui décide soit de le maintenir en prison en attendant le procès, soit de le remettre en liberté.

«Pour la première fois depuis 1793, le gouvernement et madame Belloubet ont décidé que ces renouvellements se passeraient automatiquement, sans audience, sans juge, sans avocat, sans pouvoir présenter le dossier. C’est une ignominie», martèle l’avocate.

Et, sans se perdre dans les détails, «ce sont des réponses à long terme» qu’espèrent les avocats: «on espère du financement pour la justice, puisqu’il y a des greffiers qui n’ont ni papier ni agrafes dans leurs bureaux. C’est un scandale pour un service public qui est financé par le contribuable», s’insurge l’avocate.

«On attend des moyens, on attend la fin de ces mesures liberticides et un engagement clair de la part du gouvernement, qui doit revenir sur toutes les exceptions qui ont été prises dans le cas de l’état d’urgence [sanitaire, ndlr]. Nous souhaitons le retour à la normale du droit», conclut Julia.

Par ailleurs, le collectif se focalise sur «d’autres mesures qui vont porter atteinte au secret médical, à la vie privée»: les drones, les caméras de reconnaissance faciale dans le métro, l’application StopCovid. «Il ne faut pas que ça intervienne dans notre état de droit», s’inquiète l’avocate.

Contre les mesures portant atteinte aux droits des justiciables

Au micro de Sputnik, les avocats sont unanimes: «les deux mois à confiner l’intégralité de la population pour des raisons sanitaires permettent aujourd’hui aux gens de retourner travailler

«En revanche, on constate que toutes les libertés sont restées confinées, notamment, la liberté de manifestation, où les gens ne sont pas autorisés de se rassembler à plus de dix personnes, notamment pour exprimer leur désaccord avec la politique du gouvernement», souligne Alexis, l’un des avocats présents place Vendôme.

Pour le juriste, «nombre des mesures» prises dans le cadre de la Loi d’état d’urgence sanitaire «ont porté une grave atteinte aux droits de tout justiciable». Il cite également le système de prolongation automatique de détention provisoire et juge «inacceptable que pour les raisons d’urgence, les droits fondamentaux soient bafoués».

«On considère qu’il y a un véritable glissement de la part du gouvernement vis-à-vis des libertés fondamentales de chacun. C’est inacceptable», conclut le jeune avocat.

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manifestation, place Vendôme, Paris, avocat, Syndicat des Avocats de France (SAF)
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