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Pour calmer la gronde, Olivier Véran a esquissé les contours du «grand plan» sur la Santé promis par Emmanuel Macron. Au programme: hausse des salaires, programme d’investissement et révision du temps de travail. Des mesures que les personnels hospitaliers du public accueillent avec circonspection.

L’hôpital public a-t-il enfin été entendu? Dans un entretien accordé au JDD, dimanche 17 mai, le ministre de la Santé, Olivier Véran, a annoncé la création d’un «Ségur de la santé». Le 25 mai prochain, le ministre réunira les partenaires sociaux et les collectifs hospitaliers pour élaborer le «grand plan» sur la Santé promis par Emmanuel Macron, lors de sa visite à l’hôpital militaire de Mulhouse le 25 mars dernier.

Dans ce plan qui devrait voir le jour cet été, Olivier Véran s’est engagé à «sortir du dogme de la fermeture de lits». Arguant du fait que «médecin hospitalier, j'ai connu les brancards dans les couloirs, ce n'est plus acceptable». Comme évoqué précédemment par le chef de l’État, un programme d’investissements doit être mis en place. Par ailleurs, il a également indiqué une possible révision du temps de travail. Afin de désamorcer les critiques, il a prévenu qu’il ne s’agissait pas «d’obliger des gens à travailler davantage mais de créer un cadre beaucoup plus souple pour permettre à ceux qui le souhaitent de le faire, ou d’organiser leur temps de travail différemment. Sans pression». Ces différentes pistent peuvent-elles satisfaire le personnel hospitalier?

«Ségur de la santé» pour régler les problèmes

Pour Éric, infirmier en service de réanimation à l’hôpital Henri-Mondor de Créteil (94), interrogé par Sputnik lors d’un rassemblement de soignants aux abords de l’hôpital, «les promesses tant qu’elles ne sont pas tenues, écrites, je n’y crois pas». Selon lui, le gouvernement ne tient pas ses engagements car ce sont de «fieffés menteurs».

«La preuve en est, rien que la prime qui devait être donnée à tous les personnels soignants, le gouvernement fait marche arrière. Un coup ça va être telle catégorie professionnelle, dans telle région, tel hôpital. C’est n’importe quoi. Tous les personnels de France et de Navarre ont pris en charge des patients Covid-19, peu importe l’intensité, tout le monde mérite quelque chose.»

​L’exécutif a en effet prévu de différencier le montant des primes selon la zone géographique des établissements. «Tous les agents travaillant à l’hôpital dans la trentaine de départements les plus touchés par l’épidémie recevront une prime de 1500€, versée quel que soit le statut ou le métier considéré. Dans les autres départements, les agents ayant travaillé dans les services COVID+ des 108 hôpitaux de référence percevront également la prime de 1500€. Les agents des autres services percevront une prime de 500€», est-il indiqué sur le site du ministère.

Des personnels hospitaliers en colère

Une décision que ne comprend pas Éric puisque selon lui «l’argent il existe, ce n’est pas de l’argent magique mais il faut aller le chercher, il est dans les paradis fiscaux». Une référence à la sortie controversée d’Emmanuel Macron qui avait déclaré, deux ans auparavant, qu’il n’y avait «pas d’argent magique» pour l’hôpital. Olivier Véran a néanmoins confirmé à son tour les propos du chef de l’État en expliquant qu’il faudrait de «l’argent nouveau» mais non qu’il n’y avait «pas d’argent magique, il faudra donc faire des choix», a-t-il détaillé dans les colonnes du JDD.

Concernant les infirmières, le ministre de la Santé a précisé que «la nation [allait] devoir faire un effort important pour reconnaître leur rôle» en augmentant leur rémunération pour atteindre «rapidement» un «niveau de rémunération correspondant au moins à la moyenne européenne (44.000 euros par an)».

«Tout le monde découvre ce classement des pays de l’OCDE, comparé à l’Allemagne pays que tout le monde encense, l’infirmier allemand est payé 13% supplémentaires qu’un infirmier français [2.383 euros nets mensuel contre 2.070 euros nets, ndlr]. Avec l’Espagne c’est 28% [2.600 euros nets,ndlr]. Nous, on est derrière, avec le système de santé le meilleur du monde puisque c’est comme cela que l’on est présenté. C’est hallucinant», fustige Éric.

Et de poursuivre:

«Il va falloir sortir le carnet de chèques et arrêter de dilapider l’argent français et payer vraiment ceux qui le méritent, et tous les travailleurs français le méritent mais là, en l’occurrence, ça fait trop longtemps que nos salaires sont gelés et trop longtemps que le personnel hospitalier est dénigré comparé à d’autres fonctions», regrette l’infirmier.

De son côté, David, délégué Sud santé à l’hôpital Henri-Mondor et aide-soignant, espère que le dévouement des personnels sera reconnu. «On a donné depuis 2 mois. Les collègues ont donné sans limite. C’est-à-dire qu’ils n’ont eu que les repos minimums, toutes les vacances ont été supprimées, ils ont travaillé avec le risque d’attraper le Covid-19, ils ont vu des choses qu’ils ne voyaient pas habituellement. On sait prendre en charge des patients mais on a eu énormément de décès, ce qui fatigue moralement les collègues», se désole le représentant syndical.

«On arrive, on l’espère, à la fin de la crise Covid-19 et on attend des mesures concrètes du gouvernement. Cela fait plusieurs années que l’on manifeste régulièrement, nos revendications n’ont jamais changé, c’est-à-dire des augmentations de salaire, des embauches et des budgets hospitaliers à la hauteur des besoins de la population», conclut David.

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