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La République en Marche n’a plus la majorité absolue au parlement depuis la défection des députés de son aile gauche, qui ont créé un neuvième groupe parlementaire dans l’hémicycle. Yves Sintomer, politologue, revient au micro de Sputnik sur les enjeux symboliques et démocratiques que met en lumière cette séquence politique.

Au moins temporairement, La République en Marche ne règne plus sans partage sur l’Assemblée nationale. La création d’un neuvième groupe parlementaire, baptisé «Écologie, Démocratie, Solidarité» (EDS), fait passer le groupe LREM et apparentés en dessous de la barre de 289 députés: pointant à 288 parlementaires, il perd la majorité absolue dans l’hémicycle.

Le nouveau groupe, essentiellement composé de l’aile gauche du parti présidentiel, est en désaccord avec les politiques de l’exécutif, qui penchent plutôt à droite. Matthieu Orphelin, proche de Nicolas Hulot et coprésident de «Écologie, Démocratie, Solidarité», avec l’ex-LREM Paula Forteza, évoquent en conférence de presse un «groupe indépendant, pas un groupe d’opposition, mais un groupe positif». Cédric Villani, candidat LREM dissident à la mairie de Paris et Delphine Batho, ex-ministre PS à l’écologie figurent également au tableau de chasse d’EDS.

​Le parti présidentiel pourrait toutefois récupérer cette majorité absolue dès la fin mai. Olivier Gaillard, élu ex-LREM, devrait quitter l’Assemblée nationale pour devenir maire d’ici la fin du mois, et sa suppléante pourrait rentrer dans les rangs de LREM, ce qui lui rendrait sa domination sans partage.

Le Modem se frotte les mains

Il n’en demeure pas moins que cette énième défection est lourde de sens pour le rouleau compresseur LREM, qui dominait à plate couture toutes les autres formations depuis le début du quinquennat. C’est ce qu’explique au micro de Sputnik Yves Sintomer, membre de l’Institut universitaire de France et professeur de sciences politiques à l’Université Paris VIII, spécialiste de la démocratie participative:

«Il y a un effet de symbolique. La création de ce groupe, qui fait perdre la majorité absolue qu’avait au départ LREM, est un signe de plus des problèmes de légitimité qu’affronte le gouvernement. Mais cela ne change pas la situation structurelle du parlement, au contraire, ça la démontre.»

Il est vrai que du fait de la proximité du parti présidentiel avec le Modem, le gouvernement pourra toujours légiférer sans grande compromission vis-à-vis de l’opposition. Et ce, du fait d’un parlementarisme de façade.

«L’exécutif continuera d’avoir une majorité en s’appuyant un peu plus sur le Modem, qui aura juste un peu plus de poids, mais cela ne donnera pas plus de poids aux propositions des oppositions. On n’aura pas un véritable pouvoir parlementaire, mais plutôt une majorité légèrement plus équilibrée. Nous sommes dans un système où, structurellement, le poids du parlement est extrêmement réduit», explique Yves Sintomer. Pour lui, «on a un parlement qui est un parlement croupion, et qui, en dehors des périodes de cohabitation, n’a pas de véritable poids.»

Les grands gagnants semblent donc être les élus du Modem. Alliés indéfectibles de Macron depuis 2017, ceux-ci deviennent désormais indispensables à la majorité, qui devra donc composer avec ce groupe. Pas de grands changements à venir donc du côté de l’hémicycle, d’autant que «Écologie, Démocratie, Solidarité» ne s’inscrit pas dans une opposition marquée, car comme l’explique Matthieu Orphelin, ce nouveau groupe «sera un groupe de propositions, de coalition, d’innovation politique.»

LREM toujours moins crédible

Cet épisode devrait tout de même coûter politiquement à La République en Marche. Pour le politologue, la principale victime de ces défections est la crédibilité de l’exécutif:

«Il est vrai qu’en quelques années, le Président et son gouvernement ont perdu une large part de leur crédibilité en faisait une politique souvent d’affichage et pas d’action efficace. On l’a vu notamment dans la réponse à la crise sanitaire du coronavirus.
Mais aussi parce qu’il y a un choix stratégique qui a été fait, à savoir déporter sur la droite le macronisme, avec des calculs assez compliqués qui établissaient que le principal danger viendrait de la droite et pas de la gauche. Donc, il me semble que ce sont des raisons conjoncturelles qui font que ce terrain centriste n’a pas pu tenir sur la durée de façon aussi dynamique qu’il a pu le faire au moment de l’élection de Macron.»

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