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Fermées depuis le début du confinement, les salles de cinéma indépendantes se retrouvent dans une situation critique. Entre la baisse du chiffre d’affaires et le loyer à payer malgré l’inactivité, ces établissements espèrent rouvrir rapidement. Sputnik s’est entretenu avec Fabrice Roux, directeur de l’établissement parisien L’Archipel.

C’est une annonce qui fait renaître l’espoir. Le ministre de la Culture Franck Riester a annoncé mercredi 20 mai sur France 2: «Nous travaillons à une réouverture [des cinémas, ndlr] début juillet. […] La décision sera prise fin mai, début juin». Une bonne nouvelle pour les exploitants de salles qui ont toujours le rideau baissé malgré le déconfinement.

Pour ce faire, le ministre de la Culture a prévenu qu’«il faudra respecter des normes sanitaires, il faudra respecter des flux, peut-être, de spectateurs différents. Mais je crois qu’il y a une envie très forte de cinéma». Il a par ailleurs déclaré que le gouvernement «espère qu’après le 2 juin on pourra rouvrir progressivement les sites importants, ceux qui attirent de la population parfois de très loin.»

Les Français aiment le grand écran

«Toutes les salles ne sont pas logées à la même enseigne» rappelle au micro de Sputnik Fabrice Roux, administrateur dans l’association des Cinémas indépendants parisiens (CIP) et directeur de l’établissement L’archipel.

«Les indépendants pourraient ouvrir beaucoup plus tôt. Contrairement aux circuits qui ont des salles beaucoup plus grandes ou les multiplex qui posent d’autres problèmes, les établissements comme les nôtres, qui sont des mono-écrans ou des deux, voire trois écrans pour la plupart, mettre en place les mesures barrières, organiser une circulation pour que le public n’ait pas trop à se croiser, etc., c’est jouable.»

Surtout que la soif de cinéma reste très présente chez les Français, et plus particulièrement chez les cinéphiles. Une étude réalisée fin mars par Vertigo Research (sur un échantillon de 1.000 personnes représentatif de la population française âgée de 15 ans et plus) indiquait que 52,2% de la population voulaient y retourner dès que le confinement serait levé. Un pourcentage qui grimpait à 70% pour les habitués. En 2019, plus de 213 millions d’entrées ont été enregistrées, un record historique.

Mettre en place les mesures sanitaires

Malgré cette appétence pour «le 7e art», l’épidémie de coronavirus a laissé des traces. La peur d’être contaminé reste très présente dans les esprits. En témoigne ce sondage réalisé par l’IFOP pour Depanneo, publié par Le Parisien fin mars, qui révélait que 81% des Français craignent de voir mourir leurs proches du virus, et 62% pour leur propre vie. En outre, les chiffres montraient que 75% des Français ont peur de contaminer les membres de leur entourage sans le savoir. «Pour que les gens reviennent, il faut que l’État ait un message clair, rassurant et arrête de souffler le chaud et le froid. Je pense que l’état a déjà fait beaucoup de choses et a fait le job. Cependant, ils n’ont pas toujours bien communiqué» estime Fabrice Roux.

«C’est une des raisons pour lesquelles il y a une forme d’angoisse généralisée de la part du public et d’un peu tout le monde. On ne sait pas si on doit avoir peur ou non du virus. De notre côté, il faut que nous soyons en capacité de mettre en place rapidement l’ensemble des mesures qui sont proposées par les pouvoirs publics et les services sanitaires.»

Les cinémas indépendants prêts à rouvrir

Si «aucune décision n’a été prise» et qu’«aucune décision d’ouverture ne sera prise si cela met en danger la sécurité des visiteurs et si cela entraîne des flux trop importants de population», comme le précisait Franck Riester sur France 2, les exploitants indépendants sont dans les starting-blocks.

​«Je suis partisan de rouvrir le plus vite possible pour que les gens retrouvent la spontanéité, l’envie, le plaisir d’aller dans les salles. En attendant, on ne va pas pouvoir vivre comme on vit là pendant les 12 prochains mois. Il est possible que l’on mette une année complète pour retrouver une forme de normalité.»

En effet, «pour les établissements indépendants parisiens, nous avons un public âgé, nous avons surtout des cinéphiles. C’est un public de niche. C’est un public qui sera un peu plus prudent afin de ne pas trop s’exposer», analyse Fabrice Roux. Or, une hausse de la fréquentation est déterminante pour l’avenir de l’industrie.

L’État en soutien

Et pour cause, les gérants doivent continuer de s’acquitter du loyer de leur établissement malgré leur inactivité. Ils tentent de trouver des moyens pour compenser les pertes liées au chiffre d’affaires. Pourtant, le directeur de L’Archipel reste positif, car «nous avons la chance d’être dans un milieu qui est largement soutenu, qu’on le veuille ou non».

«Il faut saluer les pouvoirs publics qui, dans la crise, ont fait beaucoup d’effort. […] Les subventions sont arrivées plus tôt que prévu. Le conseil de Paris vient par exemple de voter un fond d’urgence supplémentaire pour les salles. Normalement, on devrait pouvoir s’en sortir, mais que dire des petits distributeurs», s’inquiète Fabrice Roux.

​Après plus de deux mois de fermeture, les distributeurs indépendants se retrouvent donc avec des actifs qu’ils ne peuvent plus valoriser.

Les distributeurs indépendants en péril

Si certains films, faute de diffusion sur grand écran, sont passés directement par la case VOD (Vidéo à la demande), pour les films indépendants, une reprise de l’activité est cruciale pour espérer survivre.

«Ces gens-là ne doivent pas disparaître, car ces petits distributeurs sont souvent des dénicheurs de grands réalisateurs. C’est le multiculturalisme, c’est l’exception culturelle qui est en jeu aujourd’hui. Il faut sauver toute cette profession», appelle de ses vœux Fabrice Roux.

Néanmoins, l’administrateur du CIP prévient qu’à «la réouverture, il va y avoir un certain nombre de gros films américains qui vont arriver et il va y avoir un certain nombre d’exploitants qui vont être tentés de dire: j’ai tellement perdu d’argent qu’il faut que je fasse les films les plus forts».

«Nous les indépendants, on est dans une logique de soutien aux films, aux personnes. Notre public est quasiment dans une démarche de militantisme. On est dans une logique de commerce équitable: un juste partage entre les distributeurs, les exploitants et les producteurs.»

Au-delà des impératifs financiers, «le cinéma, mais aussi le théâtre, le spectacle en général, c’est surtout un moment de partage. C’est une sorte de forum d’idée, c’est souvent à partir d’un film que l’on amorce une discussion qui va aboutir à un échange entre des personnes. Tout cela on en a été privé depuis deux mois et demi. Il est urgent que l’on retrouve ce forum-là», lance Fabrice Roux.

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