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Pour aider les territoires ultramarins, déjà en proie aux difficultés sociales et économiques, Annick Girardin, ministre des Outre-Mer, et Rémy Rioux, directeur de l’Agence française de développement (AFD), ont lancé un plan de soutien d’un montant d’un milliard d’euros. Suffisant pour résoudre tous les problèmes?

L’appel des territoires ultramarins a-t-il été enfin entendu? Dans une lettre ouverte publiée le 18 mai dans le JDD, Patrick Karam, ancien délégué interministériel à l’égalité des chances des Français d’outre-mer sous Sarkozy, ainsi que 52 personnalités et 133 associations, ont interpellé Emmanuel Macron. Les signataires de cette lettre ont notamment alerté sur les «conséquences de la crise sanitaire qui pourraient être dramatiques pour nos territoires d’outre-mer, qui sont sous la menace d’une crise économique, sociale, morale et politique sans précédent».

En effet, l’épidémie de Covid-19 a touché la quasi-totalité des territoires d’outre-mer, déjà fragilisés en temps normal. En témoignent les chiffres de la pauvreté à Mayotte: «plus de 80% de la population vit sous le seuil de pauvreté et 30% des habitations n’ont pas accès à l’eau courante», a rappelé le Conseil scientifique. Si en métropole, le manque de moyens des hôpitaux publics est régulièrement fustigé, pour les DOM-TOM, le constat est encore plus alarmant.

Pour réduire cette fracture sociale, Annick Girardin, ministre des Outre-Mer, et Rémy Rioux, directeur de l’Agence française de développement (AFD), ont lancé le 25 mai l’initiative «Outre-mer en commun», dotée d’un montant d’un milliard d’euros. Ce plan est dédié au «soutien des collectivités locales et des entreprises ultramarines, elle est une réponse à la crise sanitaire, mais aussi à son impact économique et s’inscrit dans une optique de relance trajectoire outre-mer 5.0 des territoires».

Interrogé par Sputnik, Valentin Narbonnais, membre du Conseil représentatif des Français d’outre-mer (CREFOM), estime que «tout ce qui peut réduire les tensions économiques, sociales, sanitaires dans nos territoires va forcément dans le bon sens». Cependant, il appelle à la vigilance.

«On est en période électorale et préélectorale, car il y aura en 2021 des scrutins très importants. Il va falloir être particulièrement attentif sur la façon dont ce fonds va être réparti entre les 11 territoires d’outre-mer. En veillant, bien évidemment, à l’équité par rapport au nombre d’habitants et au nombre d’entreprises qui sont sur le territoire», détaille Valentin Narbonnais.

Dans leur lettre ouverte, les signataires expliquaient que cette crise sanitaire «a joué le rôle d’un révélateur des carences structurelles et de la paupérisation dramatique de nos territoires d’outre-mer, dénoncées année après année dans différents rapports et encore récemment par le Conseil économique, social, environnemental en janvier 2020». «Elle doit être une opportunité pour revoir les relations entre les territoires d’outre-mer et la République», poursuivent-ils. Ce nouveau plan est-il toutefois suffisant pour résoudre ces problèmes structurels?

«Absolument pas. Pour réduire les inégalités qui se creusent chaque jour, de façon encore plus prononcée dans nos territoires, il y a une la loi sur l’égalité réelle outre-mer, votée à l’unanimité en 2017 par le Parlement, et dont on tarde à voir paraître les décrets d’application de certaines dispositions phares. Le rattrapage avec l’Hexagone tarde donc à se faire», déplore le membre du CREFOM.

Selon lui, il faut avant tout «une volonté politique forte» et que des «liens de confiance» soient renoués entre l’État et les territoires ultramarins. En juillet 2019, lors de la signature avec 31 collectivités d’outre-mer, des «contrats de convergence et de transformation» (2,1 milliards d’euros d’aide de l’État pour la période 2019 –2022), Emmanuel Macron déclarait que le jour où «on aura réussi en proximité avec l’ensemble des Ultramarins à bâtir des solutions qui changent le quotidien, à ce moment-là, nous serons à nouveau crus. Aujourd’hui, je le dis pour nous tous, nous ne sommes plus crus». En effet, bon nombre de voix expliquent que les DOM-TOM sont laissés pour compte par la métropole.

«Depuis 2017, on assiste à des coups de rabots. Les outre-mer sont les parents pauvres de la République. Ce sont les territoires qui sont les plus délaissés, les territoires le plus en souffrance, tous les indicateurs sociaux et économiques le montrent.»

Et d’ajouter,

«Alors qu’ils attendent un accompagnement fort de la puissance publique, elle a tendance à se désengager de façon décomplexée», dénonce Valentin Narbonnais.

Comme le rappelle le membre du CREFOM, «à l’époque, François Fillon parlait de développement endogène, sous le quinquennat Sarkozy, pour justifier ce désengagement […]. C’est très bien de se développer à partir de nos ressources, de nos capacités, mais sans accompagnement de la puissance publique, ça n’a aucun sens. C’est une sorte de décentralisation, mais sans les moyens.»

«Pour améliorer la situation, il faudra aussi parler des évolutions statutaires afin de nous permettre d’adapter les normes législatives aux spécificités de nos territoires. Tels que sont régis actuellement nos territoires par l’article 73 de la Constitution de 1958, on est bridés», conclut Valentin Narbonnais.

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