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La France Insoumise est accusée par les différentes droites de récupérer politiquement la situation explosive aux États-Unis et de l’importer en France. Réalité? Fiction? Au micro de Sputnik France, Michel Larive, député LFI, revient sur l’actualité brûlante des violences policières et du racisme, aux États-Unis, comme en France. Entretien.

«On ne peut tout simplement pas, sous prétexte de maintenir l’ordre, tuer des gens», explique au micro de Sputnik Michel Larive, député de La France insoumise (LFI) de la 2e circonscription de l’Ariège.

Depuis la mort de George Floyd, un homme noir asphyxié par un policier blanc, et les émeutes qui s’en sont suivi, le débat sur le «racisme institutionnel» et des violences policières s’est exporté un peu partout en Occident. La France n’a pas été épargnée, au contraire.

«Le problème aux États-Unis, mais en France aussi, c’est l’évolution de la doctrine de maintien de l’ordre. Et celle-ci est de plus en plus violente. Dans ma jeunesse, lorsqu’il y avait un tir de gaz lacrymogène, c’est qu’il y avait un gros problème de maintien de l’ordre. C’était un stade que la police n’utilisait pas dès le départ, ce qui est le cas aujourd’hui», s’inquiète Michel Larive.

La manifestation devant le tribunal de grande instance de Paris du 2 juin, où près de 20.000 personnes se sont réunies pour réclamer «justice pour Adama», un jeune homme noir mort lors d’une interpellation dans des circonstances qui restent floues pour ses proches, prouve d’ailleurs l’écho qu’ont eu ces revendications. D’autant que les doléances des manifestants à Paris sont largement allées au-delà du simple cas d’Adama Traoré et ont repris les revendications des manifestants outre-Atlantique contre le racisme et les violences policières.

D’autres rassemblements sont prévus pour protester contre ces problématiques qui, pour de nombreux activistes, sont similaires en France. Rokhaya Diallo, l’un des porte-voix du mouvement décolonial en France, fait d’ailleurs la tournée des médias en ce moment pour aborder ces questions.

«À la France insoumise, personne n’a jamais fait l’apologie d’une quelconque violence»

Certaines figures politiques ont une démarche similaire: c’est notamment le cas de La France insoumise. Éric Coquerel, député LFI, s’est rendu à la manifestation du 2 juin, Jean-Luc Mélenchon, s’est réjoui de ces soulèvements populaires en France, aux États-Unis et ailleurs:

«Vous qui ne savez pas qu’il existe des synchronies discrètes, mais avérées entre l’Argentine ou le Chili et la France, entre les Caraïbes et l’Île-de-France, entre Dakar et Paris, voyez! voyez! L’ère du peuple joue de la grosse caisse à Washington et la révolution citoyenne est dans les rues de New York», se réjouit le Président du groupe insoumis dans une note de blog.

Si bien, que certains accusent la gauche de l’antiracisme de vouloir importer les violences ethniques qui ont frappent actuellement les États-Unis en France. C’est par exemple le cas d’Éric Zemmour, selon qui les antiracistes indigénistes veulent «importer la guerre raciale» en France.

​Une ineptie totale, selon Michel Larive qui, las, explique une énième fois que la France insoumise ne souhaite en aucun cas importer la violence. Et ce, qu’il s’agisse de celle qui vient des États-Unis ou d’ailleurs:

«Ce que fait remarquer Mélenchon, c’est qu’à un moment donné, le peuple ne subit plus. À la France insoumise, personne n’a jamais fait l’apologie d’une quelconque violence. Jean-Luc Mélenchon est simplement en train de dire “regardez ce qu’il se passe: il y a un peuple qui dit stop à la violence et qu’il se soulève, regardez.”
Nous l’avons dit et répété à la France insoumise: “la violence ne peut pas nous profiter!” À chaque fois qu’il y a eu de la violence dans les révolutions, c’est le peuple d’en bas qui a souffert. Nous avons le nombre, mais pas les armes, donc quand la violence s’installe, nous sommes certains de perdre.»

Et pour Michel Larive, dans les deux pays, les parallèles sont nombreux, mais la violence a tout de même atteint un stade particulièrement inquiétant outre-Atlantique. Le député met notamment en cause le Président en exercice et une société déjà ultra-violente:

«Le pire dans tout ça, c’est la réaction de Donald Trump. Quand celui-ci a deux doigts de compassion et huit doigts de répression, ça ne va pas. Que cherche-t-il? La guerre civile? Quand il décide d’envoyer l’armée et stigmatise les gens dans la rue, c’est un énorme problème.» 

Mais les situations sont-elles si différentes? C’est plus compliqué. Emmanuel Macron n’avait pas utilisé l’armée directement lors de la crise des Gilets jaunes, mais il avait tout de même fait appel à celle-ci pour sécuriser certains sites. Et c’est cette militarisation du maintien de l’ordre que dénonce Michel Larive, aussi bien en France, qu’aux États-Unis.

«Il y a un problème de paradigme, qui est que normalement, les forces de l’ordre sont là pour protéger la manifestation et pas le contraire. Il y a aujourd’hui une déviance de la mission des forces de l’ordre, qui est aujourd’hui répressive, qui s’accompagne d’une violence inouïe.
On l’a vu avec les LBD en France: la somme des blessés qu’il y a eu au moment des Gilets jaunes est inimaginable. Il y a quelques années de ça, lorsqu’il y avait un blessé, c’était un énorme problème. Il y a une violence d’intervention qui a été normalisée. Et le problème, c’est qu’avant, elle engendrait des blessures, et aujourd’hui elle engendre la mort», indique le député membre de la Commission des affaires culturelles et de l’éducation.

En effet, le niveau des violences policières qu’a connu la France en 2018 et 2019 dépasse tout ce qu’a connu la France depuis le début des années 1960, à l’exception de Mai 68 pour le nombre de morts, mais pas de blessés.

Une violence policière politisée

Selon les chiffres officiels du gouvernement, ce ne sont pas moins de 12.107 interpellations, qui se sont soldées par 10.718 gardes à vue en six mois de contestation. 2.000 condamnations ont été prononcées, dont 40% de prison ferme. Sur la même période, il y avait déjà eu 13.905 tirs cumulés de lanceurs de balles de défenses, 11 morts (directement ou indirectement liés au mouvement) et 4.400 blessés. Et si cette violence atteint un tel niveau, c’est un choix politique, selon Michel Larive:

«Quand il y a des casses ou des violences, il y a une intervention policière pour stopper un délit. On a vu au début de la crise des Gilets jaunes que de nombreuses personnes étaient là pour casser et non pour défendre des idées. Et que s’est-il passé en face? La doctrine était de laisser-faire pour discréditer le mouvement.
Le paradigme républicain est mis de côté au profit de la politique politicienne. C’est-à-dire qu’au moment d’une manifestation, le gouvernement regarde quel est son intérêt: s’il a intérêt à ce qu’elle fonctionne, il va encadrer celle-ci et dans le cas contraire, il va laisser se mettre en place des éléments violents et ne va pas intervenir de façon à discréditer l’ensemble de la manifestation.»

Et de fait, en France, les autorités sont responsables des actions de leurs subordonnés. C’est pourquoi le député insoumis insiste sur le fait qu’il ne souhaite pas mettre en cause directement les forces de l’ordre, mais bien les personnes qui sont aux commandes.

«Je ne suis pas pour stigmatiser les forces de l’ordre. Je suis pour responsabiliser les responsables des forces de l’ordre. On ne peut tout simplement pas, sous prétexte de maintenir l’ordre, tuer des gens. En faisant ça, on va créer du désordre. Si plusieurs personnes meurent, ce qu’il va se passer c’est que les gens se diront qu’il n’y a plus d’issue pacifique et vont donc recourir à la violence.»

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Tags:
violences policières, La France insoumise (LFI)
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