France
URL courte
Par
15866
S'abonner

Environ 70 jeunes migrants originaires d’Afrique de l’Ouest se sont installés dans un campement situé square Jules Ferry, dans le XIe arrondissement de Paris. Nombre d’entre eux ont été reconnus comme majeurs par les autorités, alors qu’ils assurent être mineurs. Le correspondant de Sputnik s’est rendu sur place.

«Je suis arrivé il y a sept mois à Paris, après être passé par la Libye et avoir traversé la Méditerranée en zodiac pendant trois jours, jusqu’à Lampedusa.»

Interrogé par l’AFP, André, jeune migrant originaire de Côte d’Ivoire, vient de trouver un nouveau lieu de vie. Ce sont ses bienfaiteurs, une centaine de volontaires d’associations d’aide aux migrants comme Utopia56, le Comité pour la santé des exilés (COMEDE) ou Médecins sans frontières (MSF), qui ont pris l’initiative d’investir le square Jules Ferry, dans le XIe arrondissement de Paris. Dans la soirée du 29 mai, ils ont monté environ 70 tentes individuelles de couleur rouge, alignées sur deux rangées se faisant face. Covid-19 oblige, ces dernières sont équipées d’un kit d’hygiène avec du gel et des masques. Devant le camp, une affiche annonce la couleur: «Ceci n’est pas une colonie de vacances.»

© Sputnik . Ksenia Kozletina
Un camp d'accueil pour jeunes migrants a été installé dans un parc dans le centre de Paris

Le but de l’opération?

«Notre volonté était de rendre visible tous ces jeunes que l’on héberge ou que l’on nourrit et soigne depuis des mois. Nous n’avons absolument rien obtenu des conseils départementaux concernant leur prise en charge. Nous avons donc décidé d’arrêter les hébergements et de les rendre visibles par une présence dans ce lieu, mais tout en continuant à les accompagner sur les sujets juridiques, les soins et la vie sociale», explique au micro de Sputnik Corinne Torre, chef de mission à MSF.

C’est la qualité de mineur de ces migrants qui pose problème. André affirme avoir 17 ans. Ce n’était pas l’avis des autorités françaises, qui l’ont reconnu comme majeur. Le jeune homme a fait un recours de cette décision auprès d’un juge pour enfants. En attendant, il a perdu l’accès à tous les droits réservés aux mineurs non accompagnés, notamment la prise en charge par l’Aide sociale à l’enfance.

«Nous réclamons une application de la Convention internationale des droits de l’enfant. Cette dernière dit que tant qu’un mineur est en recours, il y a présomption de minorité jusqu’à la décision du juge. Ils devraient donc dépendre des conseils départementaux et de l’Aide sociale à l’enfance», précise Corinne Torre.

Selon notre correspond, l’ambiance est bonne sur place et les jeunes migrants peuvent s’adonner à des partis de football. En cas de bobo, pas d’inquiétude: une tente médical est disponible. Une autre est dédiée aux consultations en santé mentale. «C’est bien organisé. Cela rassure notamment les habitants», lance Corinne Torre.

Des recours qui prennent entre six mois et plus d’un an

Les associations demandent à ce que ces migrants soient reconnus comme mineurs en attendant les résultats de leurs recours en justice. «On n’acceptera pas une simple mise à l’abri, on veut une prise en charge durable pour nos jeunes et mettre la pression sur les départements», prévient Florent Boyer, coordinateur à Paris d’Utopia56. Comme il le souligne, le lieu et la date de l’action sont symboliques: «C’est pour ça qu’on a choisi aussi le centre de Paris et le lendemain des municipales.»

D’après les associations, un recours peut durer entre six mois et un an et demi. Florent Boyer assure que «rien n’est adapté pour héberger et accueillir dignement ces jeunes en attendant leur jugement final». Tout juste réélue maire de Paris, Anne Hidalgo se retrouve donc face à un épineux dossier à gérer.

«Il faut que les départements d’Île-de-France et la mairie de Paris, qui sont en charge de ces questions, assument leurs responsabilités: ce n’est pas à nous, associations, de payer à leur place», peste Caroline Douay, coordinatrice de projet chez MSF. Elle assure que «ces mineurs sont oubliés de tous» et doivent «s’appuyer uniquement sur l’aide des associations pour être hébergés, nourris et soignés.»

En attendant, les jeunes migrants peinent à occuper leurs journées. André dit avoir choisi la France pour «devenir footballeur ou simplement informaticien». «Aujourd’hui, je suis bloqué alors que j’aimerais aller à l’école pour apprendre un métier», se désole-t-il auprès de l’AFP.

Même son de cloche du côté d’Ayoub, qui, lui aussi, dit avoir 17 ans. Ce dernier, originaire de Guinée-Bissau, est arrivé en France il y a 11 mois:

«Aujourd’hui, je ne vais pas à l’école, alors que j’ai quitté mon pays justement parce que je n’y allais pas.»

De fait, mis à part quelques cours de français dispensés par les associations, ses journées sont peu remplies. Boubacar est également guinéen et assure avoir 16 ans. D’après Le Monde, il est arrivé en France quelque peu avant le confinement. Lui aussi s’est vu refuser la reconnaissance de sa minorité par le Conseil départemental, en l’occurrence celui du Val-de-Marne.

Des jeunes migrants (image d'illustration)
© Sputnik . Ksenia Kozletina
Des jeunes migrants jouent au football dans un parc parisien transformé en camp d'accueil

Il attend sa convocation par la justice après son recours devant le juge pour enfants. En attendant, il est à la rue comme il l’a expliqué au quotidien Le Monde:

«Je dors parfois [place de la, ndlr] République, parfois [place de la, ndlr] Nation. Ça dépend. La journée, je marche dans les parcs, je regarde les gens qui jouent au ballon… Parfois, je vais à [la station de métro, ndlr] Couronnes parce qu’il y a une distribution de repas le midi. Le soir, il m’arrive de ne pas manger.»

Au mois d’avril, des avocats, ONG et autres associations avaient déjà alerté les autorités sur cette situation. Un signalement avait été envoyé au procureur de la République de Paris afin de lui faire part du cas de ces mineurs «livrés à eux-mêmes» et exposés à un «danger grave» faute d’hébergement, alors que la France était en plein confinement.

D’après MSF, «environ 300» mineurs comme Boubacar vivent dans des hôtels ou les rues de Paris et de banlieue.

Vont-ils pouvoir rester sur place en attendant d’avoir gain de cause? Corinne Torre est confiante: «Nous avons vu la police passer hier soir et aujourd’hui. Elle était plutôt très agréable. Nous n’avons pas eu de problème. Ils nous ont posé des questions sur qui nous étions et ce que l’on faisait. Je pense qu’ils sont rassurés par le dispositif mis en place. Nous avons également vu le maire du XIe arrondissement qui nous a demandé si nous avions des besoins, notamment en eau ou en douches ou en distributions alimentaires. Globalement, tout se passe plutôt bien et manière bienveillante.»

Dans tous les cas, elle a rappelé sa détermination:

«Nous ne bougerons pas d’ici tant que nous n’aurons pas l’assurance qu’il y aura une prise en charge approprié pour ces mineurs. Si l’on doit rester plusieurs semaines, nous resterons plusieurs semaines.»

Lire aussi:

Il traite ses copains de «fils de porcs» dans le 93, sa mère refuse de s'excuser auprès de l'enseignant et l'insulte
Le ministère de la Santé confirme plus de 45.000 contaminations en 24h
L’Élysée dénonce les propos «inacceptables» d'Erdogan contre Macron
Un Toulousain diffuse la photo du professeur décapité et finit derrière les barreaux
Tags:
immigration, Paris, France, Covid-19
Règles de conduiteDiscussion
Commenter via SputnikCommenter via Facebook