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14 collectifs des «intermittents de l’emploi» se sont regroupés afin de présenter «un manifeste pour une réforme d’assurance chômage». Ces «oubliés des mesures d’urgence» sont la voix des 2,5 millions des précaires menacés de «mort sociale». Reportage.

Une étape importante a été franchie dans le combat du Collectif des Précaires de l’Hôtellerie-Restauration et Événementiel (CPHRE), annoncée lors d’une conférence de presse à Paris le matin du 30 juin. Treize autres collectifs et associations ont rejoint leur lutte pour empêcher la «mort sociale» de ces vacataires, sans ressources en vue pour plusieurs mois à venir. Des gens du spectacle, des artistes-auteurs indépendants, des guides ou d’autres freelancers de l’évènementiel, du tourisme et de la culture se sont réunis pour «exiger du ministère du Travail de répondre à leur demande».

​Il s’agit notamment d’un retrait de la réforme de l’assurance chômage en cours, d’une prolongation des indemnisations jusqu’au 31 août 2021 ou encore d’un moratoire de l’assurance chômage.

Pour gagner, «un relai dans tous les syndicats» serait nécessaire

Il y a un mois, environ deux cents personnes –masquées et respectant la distanciation sociale- sont venus manifester au Trocadéro, bravant l’interdiction de regroupement de plus de dix personnes. Puis, une autre action à Concorde.

Il y a une semaine, une cinquantaine de guides-conférenciers ont protesté devant le Musée d’Orsay, en formant un tableau vivant. L’urgence de sauvegarder leurs emplois précaires a redonné des forces au mouvement de protestation des «oubliés du plan d’urgence» post-Covid et a permis l’union d’associations de métiers très divers rattachés au secteur du tourisme, de l’évènementiel et de la culture.

«Quand on parle des intermittents de l’emploi, on a du mal à y attacher une image sociale. Aujourd’hui, on voit du nouveau: ces restaurateurs ou guides-conférenciers se mobilisent, on voit les personnes réelles revendiquer une sécurité économique, malgré l’intermittence de l’emploi», souligne Mathieu Grégoire, sociologue, au micro de Sputnik.

Le sociologue, co-auteur du rapport «Quelle évolution des droits à l’assurance chômage? 1979-2020», soutient l’évolution de la protestation des intermittents de l’emploi et voit «la base d’interlocuteurs de ces protestations s’élargir», avec des prises de parole d’élus de tout bord qui posent la question politique «en diminuant les droits des chômeurs, on va diminuer la précarité»?

«Un pari est fait d’une manière très théorique par le gouvernement: baissons les droits des précaires pour avoir moins de précaires. Mais on voit dans les témoignages que ça n’a pas de sens. C’est ironique venant du gouvernement de M.Macron, puisque sa campagne a été largement structurée autour de l’idée de la flexi-sécurité. Nous avons ici les travailleurs flexibles par excellence, capables d’aller d’un employeur à un autre. Mais au lieu de renforcer leur sécurité, on en retire. J’ai du mal à me l’expliquer dans la cohérence politique», développe Mathieu Grégoire.

D’après ce dernier, «la victoire des intermittents de spectacle dans une séquence 2014-16» est due à leur unité. L’union et la collaboration des syndicats organisés avec des collectifs «beaucoup moins structurés», devrait être un modèle à suivre par les intermittents de l’emploi, signataires du Manifeste pour une réforme d’assurance chômage. Pour réussir, le sociologue leur conseille d’avoir «un relai dans tous les syndicats» s’opposant à cette réforme.

Un soutien politique porté aux intermittents de l’emploi

Plusieurs personnalités politiques ont fait le déplacement pour soutenir la démarche des collectifs des précaires qui clament à l’unisson: «Luttons pour ne pas mourir!»

«En tant que membre du Groupe socialiste et républicain du Sénat, je m’intéresse aux questions d’emplois, de chômage et de retraites. Ce sujet m’intéresse et j’ai envie de le suivre, c’est un combat que j’ai envie d’aider à mener à travers mon travail de parlementaire», précise Monique Lubin, Sénatrice des Landes, au micro de Sputnik.

«Je les ai déjà soutenus ces dernières semaines, c’est un combat qui me tient à cœur. Avec cette nouvelle réforme de l’assurance chômage et un nouveau calcul des droits, 2,2 millions de personnes vont se retrouver en septembre avec moins que le RSA», s’insurge Mathilde Panot, députée de la 10e circonscription du Val-de-Marne (LFI).

«La présence [de ces métiers, ndlr] nous est indispensable. Or, ils sont dans l’incapacité totale de survivre. Leur dossier n’arrive pas à avancer, parce que nous sommes dans une société atomisée, on passe d’une chose à une autre trop vite, on ne prend pas de temps de se comprendre mutuellement», explique à Sputnik Jean Lassalle, député de la 4e circonscription des Pyrénées-Atlantiques.

«J’attends que le gouvernement reconnaisse que tous les membres de nos collectifs sont un pilier de la France. La France offre beaucoup de choses, nous –qui travaillons dans l’hôtellerie, dans l’événementiel, comme guides- aidons la retransmission de la culture et du savoir-faire de la France. Nous sommes indispensables. On attend qu’on nous considère et qu’on arrive à vivre pendant cette année», conclut Yolanda Arrondo, guide-conférencière, membre du Syndicat Professionnel des guides interprètes conférenciers (SPGIC).

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Tags:
réforme, chômage, emploi, précarité
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