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Immigrés «colonisateurs» et «islamisation de la rue»: pour ces propos, le polémiste Éric Zemmour est ce mercredi 1er juillet devant la 17e chambre du tribunal correctionnel de Paris. Les associations antiracistes, parties civiles, souhaitent que la justice «prononce une peine exemplaire» pour «provocation à la haine». Sputnik s’est rendu sur place.

Une nouvelle fois, Éric Zemmour ne s’est pas présenté au Tribunal correctionnel de Paris. Ce mercredi 1er juillet, le polémiste doit être jugé pour «injure publique à caractère racial» et pour «provocation publique à la haine raciale» pour des propos portant sur l’immigration et l’islam, tenus lors de la «convention de la droite», évènement organisé par des proches de l’ex-députée (FN) Marion Maréchal-Le Pen.

Une diatribe contre les immigrés «colonisateurs» et «l’islamisation de la rue», diffusée en septembre dernier en direct par LCI. Il déclarait notamment que «les caïds et leurs bandes s’allient à l’imam pour faire régner l’ordre dans la rue et dans les consciences, selon la vieille alliance du sabre et du goupillon, en l’occurrence, la kalach et la djellaba».

«Discours nauséabonds»

Réagissant au micro de Sputnik, Maître Olivier Pardo, avocat d’Éric Zemmour, explique que «cette fois, c’est le parquet qui nous cite, de nombreuses associations sont venues, mais ils nous citent avec une légèreté incroyable. C’est-à-dire que toutes les règles qui font la défense de la liberté d’expression, la liberté de la presse, sont dans ce dossier bafouées».

​En témoigne cet exemple: «Éric Zemmour dit “l’immigration était naguère…” et il continue sa phrase. Qu’est-ce que ça devient dans la retranscription de la citation? “L’immigration c’était la guerre”, vous voyez l’inconscient?», fustige-t-il.

«Est-ce que l’on doit aseptiser le débat? Est-ce qu’on doit le rendre complètement politiquement correct? C’est ça la vérité de ce qui est en jeu aujourd’hui», souligne Me Olivier Pardo à Sputnik.

Pour Jawad Bachare, directeur du collectif contre l’islamophobie en France (CCIF), «ce n’est pas le procès de la liberté d’expression», mais «un rappel à la loi», car «la parole islamophobe génère des actes islamophobes». Le discours controversé avait choqué une partie de la classe politique. Le Premier ministre Édouard Philippe avait par exemple dénoncé des «discours nauséabonds» entendus lors de la «convention de la droite,» dont certains d’Éric Zemmour.

Judiciarisation du débat d’idées?

Si les propos tenus par l’essayiste ont pu heurter ses critiques, Me Pardo soutient que «le débat d’idée ne doit pas être un débat judiciarisé».

Mais sur le terrain du droit, l’avocat soutient que «ce que l’on reproche à Éric Zemmour ne tient pas». L’un des enjeux du procès, pour l’avocat, est de démontrer que l’essayiste s’exprimait dans un «cadre privé» malgré la retransmission de son discours en direct sur la chaine LCI. «Il n’est pas responsable de la présence de journalistes dans la salle et ignorait qu’il était filmé», a détaillé Me Pardo à 20 Minutes. Une nuance cruciale, puisque «l’injure comme la provocation, tenue dans un cercle privé, relève de la contravention», note 20 Minutes.

«Nous considérons que c’est une provocation à la haine, nous appelons la justice à clarifier cette situation, mais nous rappelons une chose: Éric Zemmour, ce n’est pas nouveau. C’est une nouvelle communication islamophobe qui vise aujourd’hui à stigmatiser la population», dénonce Jawad Bachare.

«Cette parole islamophobe est ouverte, assumée, décomplexée», assène le président du CCIF.

​Interrogé par Sputnik, Dominique Sopo, président de SOS Racisme, estime lui aussi qu’Éric Zemmour est «dans la répétition de ce type de propos haineux». Et d’ajouter: «c’est une personne qui monte en violence […] Donc, on espère que la Cour prendra en considération cette réalité pour prononcer une peine exemplaire.»

Les controverses, un argument publicitaire?

Me Patrick Klugman, avocat de SOS Racisme, partie civile dans le procès, regrette que la «répression judiciaire des propos haineux» est la «seule délinquance d’habitude où la comparution ici peut servir même d’argument promotionnel ou autopromotionnel ou publicitaire».

«Si on est un délinquant, la loi doit s’appliquer de manière à ce que les faits délictueux cessent. C’est cela que nous attendons: un jugement qui permette à ce que ces propos ne soient plus rentables et répétés, à ce que ne se constituent pas des fonds de commerce haineux qui délitent la République et le vivre ensemble», argue Me Klugman.

​Récemment, Eric Zemmour a définitivement été condamné à 3.000 euros d’amende pour provocation à la haine religieuse à la suite de propos antimusulmans tenus en 2016 dans l’émission de France 5, C à vous.

Zemmour condamné auparavant

À la suite de cette condamnation, il a saisi la Cour européenne des droits de l’Homme (CEDH) dans cette affaire, accusant la France de violer sa liberté d’expression. Par ailleurs, en 2011, il a également été condamné pour provocation à la haine en déclarant sur Canal + que «la plupart des trafiquants sont noirs et arabes».

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