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Souvent militante, l’œuvre d’art urbaine provoque des réactions épidermiques. La fresque représentant les portraits de George Floyd et d’Adama Traoré à Stains fait parler d’elle depuis sa création. Si l’artiste «antisystème» Goin accuse la police de racisme, Stanislas Gaudon, du syndicat de police Alliance, s’inquiète de la vindicte populaire.

À Stains, en Seine–Saint-Denis, la fresque représentant les portraits de George Floyd et d’Adama Traoré n’a fini de faire polémique. Car après tout, comme l’explique Stanislas Gaudon, Secrétaire général du syndicat Alliance Police nationale, la «situation avec la fresque n’a pas évolué». Le préfet de Seine–Saint-Denis a mis en demeure le maire de Stains «d’effacer la phrase contre les violences policières», mais pour l’heure, la citation figure toujours sur l’œuvre. «Pour l’instant, c’est un bras de fer entre le représentant de l’État et un élu municipal», résume le policier au micro de Sputnik, pointant du doigt Azzédine Taïbi, le maire communiste de Stains.

À n’en pas douter, la mort de George Floyd a été un catalyseur pour les militants «antiflics». L’occasion de faire de nouveau parler de l’affaire Adama Traoré, bien sûr, mais aussi d’importer une lutte politique, selon Stanislas Gaudon:

«Ce qui est important, c’est de ne pas importer des problèmes d’outre-Atlantique, qui n’ont rien à voir avec ce qu’il se passe en France, ni de stigmatiser des policiers en essayant d’instaurer un mauvais dialogue, en collant l’étiquette du racisme systémique sur la Police nationale», souligne Stanislas Gaudon au micro de Sputnik.

Mais le street-artiste Goin ne l’entend pas de cette oreille. Réalisée sur un mur à Grenoble, dans le cadre du Street Art Festival, sa fresque représentant un policier américain coiffé d’une cagoule du KKK, n’est pas passée inaperçue des personnalités politiques. Intitulée «KKKops», elle joue sur le sigle KKK, du groupe suprémaciste blanc Ku Klux Klan, et le mot «cops» («flics»).

«Mon art est souvent au centre de controverses», raconte l’artiste à Sputnik. Dans le milieu du street-art, ces polémiques s’expriment souvent sur l’œuvre elle-même, par d’autres tags ou des dégradations. Est-ce le cas pour Goin?

«Presque à chaque fois! Je suis sûrement l’un des artistes [dont les œuvres sont taguées, ndlr] le plus rapidement du monde!»

La fresque de Stains a elle aussi été récemment dégradée, avec des graffitis «stop aux Traoré» ou «extorsion». Une action revendiquée par «Les Nationalistes», un obscur mouvement d’extrême droite.

«Recontextualisation artistique» ou dégradation?

Une «recontextualisation artistique», selon les termes du groupuscule, qui n’a d’ailleurs pas laissé Goin indifférent: «[le message, ndlr] dérange certaines personnes mal intentionnées. Et c’est très bien…», confie l’artiste.

Par contre, sa réaction à la demande du syndicat de la police Alliance de supprimer une partie du message concernant les forces de l’ordre est plus âpre: il accuse en effet le syndicat d’être «de mauvaise foi» et ne pas être «en mesure de se mettre au défi de réformer son institution raciste

«L’art doit poser des questions à nos sociétés»

Une attaque virulente d’un artiste urbain qui découle d’une vision politique pour le moins radicale:

«Je soutiens l’idée d’un démantèlement financier de la police, de la gendarmerie, de l’armée pour refinancer les services sociaux. C’est le seul moyen de s’attaquer aux problèmes à la racine», soutient Goin.

Le street art, souvent militant et provocateur, peut, selon Goin, créer des secousses sociétales:

«L’art est fait pour faire réfléchir, parler et débattre. Sinon, ce n’est pas de l’art, affirme Goin. L’art doit parler de son temps. L’art doit poser des questions à nos sociétés. L’art est une agence de presse en temps réel, une religion, un État, mais sans dieu ni maître…»

La fresque de Stains symboliserait-elle donc ce débat? Les interventions des personnes étrangères sur une œuvre pourraient être perçues soit comme une dégradation, soit comme un dialogue. «Cela fait partie du jeu», admet Goin, qui tacle toutefois au passage «les personnes réactionnaires [qui] sont vindicatives, mais pas créatives».

«On n’a jamais été contre les œuvres artistiques», souhaite rétablir Stanislas Gaudon. Mais du côté policier, on s’inquiète des amalgames et d’une culture de banlieue cultivant les amalgames:

«Les œuvres militantes qui dressent des parallèles qui ne peuvent pas être faits –comme avec Adama et Floyd– sont une grave erreur et ça ne participe pas à un dialogue. Les causes sont justes si elles sont défendues d’une manière juste et équitable […] et qu’on ne jette pas la vindicte populaire, notamment par les réseaux sociaux», conclut Stanislas Gaudon.

Débat peut-être. Mais débat tendu.

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Tags:
street art, police, Adama Traoré, Stains, fresques
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