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Incendie à la cathédrale de Nantes (23)
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48 heures après l’incendie dans la cathédrale Saint-Pierre-et-Saint-Paul à Nantes, les débats sur ses causes vont bon train. La version d’un incident électrique dans trois points simultanés n’est pas à exclure, explique un spécialiste des réseaux électriques interviewé par Sputnik.

Accident, malveillance, attentat? Comme après l’incendie de Notre-Dame-De-Paris, le public se perd en conjectures sur les causes réelles du feu qui a ravagé la cathédrale Saint-Pierre-et-Saint-Paul à Nantes le 18 juillet dernier. Trois départs de feu simultanés signent aux yeux de certains commentateurs l’origine volontaire du sinistre.

Pourtant, les premières photos de l’intérieur sinistré de la cathédrale Saint-Pierre-et-Saint-Paul à Nantes montrent une armoire électrique calcinée. Inflammation accidentelle ou volontaire, elle pourrait être à l’origine du feu qui a détruit le grand orgue du XVIIe siècle. Mais qu’en est-il de deux autres foyers espacés de plusieurs dizaines de mètres?

Ce qui est certain, c’est que les trois points de départ de feu étaient reliés au même réseau électrique, dont l’enquête déterminera l’état.

Un départ accidentel de feu dans les trois points distants serait possible

On sait également que les courts-circuits dans les réseaux électriques se produisent le plus souvent à cause de la destruction de l’isolation, pour des raisons multiples: usure mécanique ou vieillissement naturel, exposition à des environnements agressifs et à l’humidité ou erreur humaine. Un court-circuit s’accompagne d’une augmentation significative de la chaleur générée, proportionnelle au carré de la valeur du courant.

«L’impact du chauffage thermique sur le câblage réduit considérablement la résistance mécanique et diélectrique de l’isolant. Et un vieillissement thermique de l’isolation se produit à la suite d’une surcharge régulière des réseaux électriques», précise à Sputnik Vladimir M., ancien chef de service de réseaux de distribution électrique dans la région de Moscou.

L’expert rappelle que l’impact de l’humidité et des milieux agressifs sur l’isolation s’accompagne, en règle générale, de l’apparition de courants de fuite de surface. Le chauffage thermique provoque l’évaporation du liquide et la formation de dépôts de sel, un phénomène d’autant plus probable dans le climat océanique nantais. Ainsi, tout le système commence à fonctionner en régime de surcharge.

«Les courants de fuite disparaissent après évaporation de l’humidité, mais le processus est répété. La concentration accrue de sel mène à la croissance de la conductivité et le courant de fuite ne disparaît plus, même après évaporation. Cette situation peut conduire à la propagation d’une décharge d’arc de surface et à l’inflammation de l’isolant», détaille l’interlocuteur de Sputnik.

La différence de fond entre le court-circuit et le mode surcharge est que dans le premier cas, l’incident survient en raison de la destruction de l’isolation et dans le second, il en est la cause. Et dans certains cas, «la surcharge du réseau électrique peut présenter un plus grand risque d’incendie qu’un court-circuit», rappelle l’expert.

Enfin, pour résumer simplement cette hypothèse, un court-circuit accidentel dans un point (une armoire électrique) pourrait servir d’«allumage» à deux autres points distants reliés par le câblage, à travers un arc électrique entre le conducteur et l’isolant.

La réalité épineuse des finances paroissiales

«L’État prendra à sa charge les travaux de restauration», assure Bruno Le Maire, ministre de l’Économie, des Finances et de la Relance. Est-il possible de faire autrement? Hélas, hormis le cas exceptionnel d’un élan de mécénat privé autour de Notre-Dame-de-Paris, les diocèses sont obligés de compter sur l’État, propriétaire des murs, dans les travaux de restauration.

​Le diocèse de Nantes, divisé en 12 zones pastorales, regroupe 70 paroisses, dont huit se trouvent dans le centre-ville. Et malgré la générosité des paroissiens de la région, qui a permis de ressembler en 2017 près de 5,5 millions d’euros, cette somme ne couvre que les salaires, les déplacements et les charges structurelles.

De fait, les diocèses ont trois sources de revenus principales: le denier de l’Église, un don (défiscalisé) des fidèles, relancé chaque année (30 à 40% de ressources), les quêtes et le casuel, lors de la messe ainsi que lors des cérémonies (baptêmes, mariages, enterrements… encore 30%) et les dons et les legs de particuliers (hors du denier du culte, qui représentent 10 à 12% des ressources totales). Et même si l’Église catholique est exemptée de la taxe foncière, son patrimoine immobilier unique et fragile, souvent classé monument historique, ne survivrait pas sans participation de l’État.

Pour mémoire, le chef-lieu de la Loire-Atlantique a également deux basiliques, qui nécessiteraient toutes les deux l’attention financière de l’État. La basilique Saint-Donatien-et-Saint-Rogatien est toujours en travaux après avoir perdu une partie de sa charpente dans un spectaculaire incendie accidentel en 2015. Et en janvier dernier, la titulaire du grand orgue de la basilique Saint-Nicolas à Nantes manifestait son inquiétude sur l’état de l’instrument, nécessitant 270.000 euros de restauration.

Dossier:
Incendie à la cathédrale de Nantes (23)

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