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Un jeune homme qui a accusé de viol son codétenu de l’époque, Adama Traoré, a été indemnisé par la Civi, laquelle a établi la «matérialité» des faits, a révélé Le Point. La victime avait porté plainte en mai 2016 mais il n’y a jamais eu d’enquête à cause de la mort de son agresseur deux mois plus tard.

La Commission d’indemnisation des victimes d’infractions (Civi) a indemnisé à hauteur de 15.000 euros un jeune homme qui a accusé de viol son codétenu Adama Traoré alors qu’ils étaient à la prison d’Osny (Val-d’Oise), a rapporté Le Point. La Civi a par ailleurs établi «la matérialité des infractions d’agression sexuelles dénoncées».

Les faits remontent à mai 2016, moment où l’agression sexuelle aurait été commise et où la plainte a été déposée par la mère de la victime. «Dès que je l'ai vu, il s'est mis à pleurer. Je lui ai demandé ce qui se passait, il m'a répondu par deux fois: il m'a violé. Je lui ai demandé qui? Il m'a dit mon ancien codétenu, Adama Traoré», a-t-elle témoigné, citée par le magazine.

Mais la mort d’Adama Traoré l’été suivant a conduit le procureur de la République de Pontoise à constater «l’extinction de l’action publique». En résumé, il n’y a pas eu d’enquête pour ces faits et la victime, âgée de 23 ans à l’époque, n’a pas obtenu reconnaissance auprès de la justice.

Un des frères d’Adama, Yacouba Traoré, a toutefois tenu à se venger pour cette plainte déposée, et a tabassé le jeune homme en février 2017 avec l’aide d’un de ses amis, rappelle Le Point. Il a été condamné à 18 mois de prison ferme pour ces faits.

Menaces de poursuites judiciaires

Par ailleurs, les journalistes Nicolas Pointcaré et Jean-Jacques Bourdin ont eu affaire à des menaces de poursuites judiciaires pour «diffamation» par le collectif La Vérité pour Adama après avoir publiquement évoqué cette plainte. Un policier qui a été filmé lors d’une manifestation en train de qualifier Adama Traoré de «violeur» doit quant à lui comparaître le 2 septembre prochain pour «diffamation» et «injure publique».

Il raconte les faits

La victime d’Adama Traoré ne s’est pas arrêtée là, puisqu’elle a saisi la Civi de Pontoise en décembre 2018 à la fois pour les faits d’agression sexuelle et les représailles qu’il a subies. Cet organe indemnise les victimes d’infractions pénales via un fonds de garantie lorsque le préjudice ne peut être indemnisé par l’auteur présumé des faits.

Le jeune homme a notamment raconté aux enquêteurs qu’il a été forcé «plusieurs fois par jour, de pratiquer des fellations à Adama Traoré, qui le menaçait à l’aide d’une fourchette», a détaillé Le Point. Une lettre qu’il avait remise à un surveillant pénitentiaire peu après les faits ainsi qu’un entretien avec un chef de détention ont également servi à la Civi pour vérifier ses dires. De plus, le 17 mai 2016, il aurait tenté de se suicider par pendaison après avoir été placé en isolement.

La décision rendue

Le 12 mars 2020, soit près de quatre ans après les faits, la Civi a conclu: «Il résulte de ces considérations de fait que la matérialité des infractions d'agressions sexuelles dénoncées doit être considérée comme établie. Le retentissement psychologique de ces faits commis sur une personne fragile et vulnérable au sein d'un établissement pénitentiaire justifie l'allocation d'une indemnité de 15.000 euros».

Cette décision place l’ancien détenu sous le statut de victime, sans empiéter sur la présomption d’innocence dont bénéficie l’agresseur décédé. «Nous avons la possibilité d'indemniser sans condamnation pénale, et heureusement. Cela nous permet par exemple d'indemniser une femme qui se ferait violer dans la rue, sans que l'auteur ne soit jamais identifié», a précisé au magazine le Fonds de garantie des victimes.

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indemnisation, victimes, prison, justice, plainte, viol, Adama Traoré
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