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La proportion des malades de plus de 75 ans admis en réanimation a fortement chuté au pic de la pandémie. C’est ce que révèle Le Monde après avoir consulté des chiffres obtenus par la commission d’enquête parlementaire sur la gestion du Covid-19. L’abandon des plus âgés au plus fort de la crise: une réalité, un tabou, qui en France dérange encore.

Les plus de 75 ans ont bien eu un accès limité aux services de réanimation lors de la crise du Covid-19 en France. Tel est le constat du Monde qui a pu consulter des données «encore provisoires» de la direction générale de l’offre de soins (DGOS), obtenues par la Commission d’enquête parlementaire sur la gestion de la crise du Covid-19.

Ainsi, le nombre de plus de 75 ans chute en quelques semaines de 25% à 14% dans toute la France et s’effondre même jusqu’à 6% en Île-de-France la semaine du 30 mars au 5 avril, avec un âge médian passant de 66 à 60 ans dans la région capitale, contre 63 dans le reste du pays.

Aurélien Rousseau, directeur de l’ARS d’Île-de-France, joint par le quotidien, plaide le biais de lecture en défendant que la diminution de la part des personnes âgées dans les services de réanimation aurait en réalité été provoquée par la déprogrammation des opérations de chirurgie non urgentes, dans lesquelles les personnes âgées sont surreprésentées. Autre facteur avancé par le haut fonctionnaire pour justifier un tel rajeunissement de l’âge médian des patients en réanimation pendant l’épidémie, le très jeune âge de certains malades.

Le Monde souligne au passage que ce même directeur de l’ARS francilienne, lors de son audition devant la commission d’enquête le 23 juillet, avait présenté «des chiffres un peu différents», affirmant même aux députés que «la médiane –61 ans– n’avait pas bougé».

La direction régionale de la Santé nie tout tri des malades

Déjà le 22 avril, le Canard enchaîné dénichait une circulaire en date du 19 mars qui conseillait de «limiter fortement» l’admission en réanimation des «personnes les plus fragiles». Le palmipède s’interrogeait alors sur les conséquences de la pandémie qu’aurait un tel document, dressant un parallèle avec deux semaines de baisse drastique des patients âgés parmi ceux admis en réanimation. Et ce alors même que ces derniers concentraient le plus de décès ainsi qu’une «explosion» des contaminations.

L’information ne trouva quasiment aucun écho dans la presse française. Ce sera finalement suite à un démenti maladroit du ministère de la Santé au Figaro, prétendant qu’«il n’y a pas de circulaire concernant la prise en charge des résidents d’EHPAD publiée à cette date» que l’hebdomadaire satirique renchérira sur ce document… signé de l’ARS d’Île-de-France.

Toujours disponibles en ligne, on retrouve notamment dans ces «recommandations régionales» concernant la «décision d’admission des patients en unités de réanimation et unités de soins critiques dans un contexte d’épidémie à Covid-19», une «échelle de fragilité clinique» –illustrée de silhouettes de personnes voûtées équipées de canne ou de déambulateur– permettant aux soignants de mieux évaluer l’état physique et mental des patients parvenant aux portes de leurs services de réanimation.

Comme le souligne le document, il ne vise qu’à apporter «un soutien conceptuel» aux équipes soignantes «sursollicitées» à «des choix difficiles et des priorisations dans l’urgence concernant l’accès à la réanimation» et qui «ne sont pas nécessairement habituées à la démarche réflexive des limitations des traitements». Et ce dans le «contexte d’exception» d’une crise sanitaire où «les ressources humaines, thérapeutiques et matérielles pourraient être ou devenir immédiatement limitées».

Dès le 18 mars, Le Monde évoquait un «arbre décisionnel» remis la veille à la Direction générale de la Santé à destination des médecins afin de les aider «à établir un pronostic et à prioriser les malades». Un document commandé au début mars «à différentes sociétés savantes» par le ministère de la Santé.

Trier faute de place, «ce serait vraiment catastrophique»… et c’est arrivé!

Dès le 17 mars, le Parisien relevait que dans la région Grand Est –durement frappée par la pandémie– ainsi qu’à Paris, le tri des patients avait débuté, les services de réanimation étant saturés. Une infirmière de l’hôpital de Mulhouse relatait notamment le cas d’un patient de 70 ans, présentant des comorbidités, qui n’avait pas été intubé «parce que nous n’avions pas assez de place». Un témoignage qui provoqua une série d’articles sur cette terrible thématique qu’est le tri des malades, cette «médecine de guerre», comme l’ont désigné certains. Triste aveu de faiblesse dans un pays dit développé. La veille encore les autorités sanitaires, Jérôme Salomon en tête, rejetaient une telle éventualité.

«Ce serait vraiment catastrophique qu’on en arrive à trier des personnes, nos proches, nos familles en disant qu’on ne peut pas prendre cette personne en réanimation parce qu’il n’y a plus de place», déclarait le directeur général de la Santé le 16 mars sur France Inter, lançant «un appel à la mobilisation générale de l’ensemble des Français».

Pour lui, la saturation des hôpitaux dans les zones où le virus proliférait était due à la non-application «massive» des mesures barrières «par l’ensemble de la population». L’épidémie venait alors de tuer 36 personnes en 24h, portant le bilan à 127 victimes, et les services de réanimation comptaient 400 cas Covid-19. Une situation qui n’est pas si éloignée de celle du 3 août, où après une remontée des entrées, on comptait 386 malades hospitalisés en réanimation. L’après-midi même de cette interview du DGS, Emmanuel Macron annonçait un confinement strict, pour au moins 15 jours, de la population française.

Les EHPAD transformés en mouroirs

«L’hôpital a été quasi inaccessible pour les personnes âgées», témoignait le 7 juillet devant les députés, Astrid Petit, membre de la direction fédérale de la CGT de la santé et de l’action sociale. «Au moins la moitié des personnes qui sont mortes en France sont des personnes, certes âgées, mais on se pose la question de pourquoi on ne leur a pas donné la possibilité d’accéder à l’hôpital comme n’importe quel patient», développait la responsable syndicale.

Durant le confinement, la parution le 29 mars au Journal officiel d’un décret autorisant jusqu’à la mi-avril le recours au Rivotril à domicile ainsi que dans les EHPAD, provoqua un certain émoi. Une polémique qualifiée de «bidon» par certains titres de presse. Là encore, des «arbres décisionnels» ont été communiqués aux personnels soignants afin que ce puissant anxiolytique, habituellement utilisé dans le traitement de l’épilepsie, permette –en cas de suspicion de contamination au Covid-19– une prise en charge palliative des personnes âgées qui n’auraient eu aucune chance d’entrer en réanimation. En plus du manque de lits et de respirateurs, qui s’ajoutait à celui des moyens de protection et de dépistage, le recours au Rivotril trahissait les craintes d’une pénurie des produits employés dans les services de réanimation pour la sédation des malades intubés.

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Jérôme Salomon, France, Covid-19
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