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Quête de qualité ou démarche écologique? La culture de cannabis à domicile semble attirer de nombreux adeptes. Le gouvernement peut-il endiguer cette tendance? Sputnik fait le point avec Bénédicte Desforges, co-fondatrice du collectif Police contre la prohibition.

Certains Français semblent avoir la main verte. Dans l’Hexagone, l’auto-culture d’herbe de cannabis a le vent en poupe. Selon le baromètre santé 2017 de Santé publique cité par Le Figaro, près de 7% des usagers de cannabis, soit entre 150.000 et 200.000 personnes, auraient eu recours à cette pratique.

Signe de la démocratisation de l’auto-culture, le nombre de saisies de plants de cannabis est en forte progression: en 2010, 54.728 plants ont été confisqués, contre 158.592 en 2014. Et malgré un léger infléchissement entre 2014 et 2016, la tendance est repartie à la hausse.

Dans une interview à Europe 1, Victor Martin, chargé de projet réduction des risques pour l'association marseillaise Plus belle la nuit, explique que «beaucoup de remontées du terrain font état de nouveaux venus dans la production à domicile». «Pour certains, le confinement a été un élément déclencheur. Avec la pénurie s'est posé la question de l'autoproduction avec une logique de recherche de qualité, de savoir ce que le consommateur consomme. Finalement dans la même logique que de produire ses tomates sur son balcon», poursuit-il. Le confinement aurait-il amorcé une tendance de fond?

Près de 200.000 cultivateurs clandestins

Interrogée par Sputnik, Bénédicte Desforges milite pour une réforme des politiques publiques des drogues. Ex-lieutenant de police, elle a cofondé le collectif Police contre la prohibition à l’automne 2018 qui réunit anciens et actuels policiers et gendarmes. Pour elle, «il n’y a pas de boom de l’autoproduction suite au confinement. On n’a absolument pas le laps de temps nécessaire pour s’en rendre compte [selon la variété, le cycle de production peut prendre entre 2 et 7 mois, ndlr]».

«Ce n’est absolument pas un phénomène nouveau. […] En revanche, qu’il y ait un boom de la répression sur ces choses-là, que les gendarmes soient plus attentifs et qu’ils communiquent plus là-dessus, c’est possible. […] Cela permet de s’adresser à l’opinion publique et de mettre en garde les auto-producteurs.»

Avec Internet, s’approvisionner en graines, acheter une lampe UV, ou encore consulter des tutoriels afin de devenir le parfait cultivateur, devient un jeu d’enfant. Ainsi, le gouvernement peut-il endiguer ce phénomène?

Non, d’après Bénédicte Desforges: «Ils ne peuvent pas. De la même façon qu’ils ne peuvent pas empêcher les gens de faire usage de drogues. Ils auront beau fermer tous les robinets, les gens en trouveront d’autres. La drogue, ce n’est pas une histoire d’offre mais de demande.»

Impossible d’empêcher cette pratique

Comme le souligne la co-fondatrice du collectif Police contre la prohibition, «dans un coin de leur tête [au gouvernement, ndlr], il y a aussi des flics et des gendarmes qui l’ont bien compris, ils savent que ces gens ne font pas de mal.»

«Ceux qui autoproduisent ne font pas affaire avec le marché noir, ne font pas circuler de l’argent sale, ne troublent pas l’ordre public, n’alimentent pas le trafic. Généralement, c’est pour de la consommation personnelle, au pire, si la récolte a été bonne, ils vont donner un peu d’herbe à leurs potes.»

Néanmoins, certains trafiquants ont compris l’intérêt de produire localement et tentent de cultiver des plants en quantité industrielle.

​«La période du confinement a permis de constater que, face aux difficultés d’acheminement du cannabis de l’étranger par voie terrestre, nombre de trafiquants se réorientaient vers la culture indoor sur le territoire national», analyse pour Le Figaro le contrôleur général Samuel Vuelta-Simon, chef adjoint de l’Office anti-stupéfiant (Ofast).

Remettre en cause la politique du chiffre

Bénédicte Desforges rappelle la différence entre «ceux qui plantent des centaines de pieds de cannabis, là on parle de production de stupéfiants, ce qui est dans l’absolu un crime [punissable de 20 ans de réclusion et 7.500.000 euros d’amende (article 222-35 du code pénal), ndlr]» et les «jardiniers du dimanche».

«Logiquement, l’auto-culture c’est comme si vous fabriquiez de la méthamphétamine dans une cuisine. Sauf que dans la pratique, vous pensez bien que les juges ne jugent pas ça en tant que production de stupéfiants mais comme de la détention et usage.»

Selon l’ex-lieutenant de police, «tous ces gendarmes qui vous font une saisie de deux ou trois plants par ici, une dizaine de plants par-là, qui mettent les gens en garde à vue, qu’est-ce qu’ils font?».

«Ils relèvent une infraction dont le taux d’élucidation est de 100%: aussitôt constaté, aussitôt élucidé. C’est la recette de la politique du chiffre, avec en plus une communication qui peut être très visuelle.»

Pour Bénédicte Desforges, «l’auto-culture est donc un faux problème» face au véritable trafic et à l’essor du «Dark web» pour s’approvisionner en drogue.

56% de l’activité «proactive» des forces de l’ordre

La co-fondatrice finit par pointer la politique des différents gouvernements concernant les stupéfiants, mais également le regard des Français sur les usagers de cannabis. Et pour cause, «il faut savoir que l’activité proactive des forces de l’ordre, à 56%, c’est la répression de l’usage de "stup". Laquelle est à plus de 90% de la répression de fumeur de cannabis [chiffres basés sur une période d’un an, de septembre 2014 à août 2015, ndlr]. Cette répression coûte 1,13 milliards d’euros», détaille-t-elle.

«Quand on parle de sécurité et des gens qui ne se sentent pas en sécurité, si l’opinion publique savaient que les flics, lorsqu’ils ne sont pas occupés à garder une porte ou à prendre une plainte, ils cavalent après des fumeurs de cannabis, peut-être qu’ils regarderaient le problème sous un autre angle», conclut Bénédicte Desforges.

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Tags:
trafic de drogue, drogue, cannabis
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