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Dans un entretien donné au Point ce samedi 5 septembre, Robert Ménard a estimé que Marine Le Pen n’était pas aujourd’hui «en position de gagner» la Présidentielle de 2022. Gilbert Collard, eurodéputé RN, lui réplique au micro de Sputnik. Une réponse à double tranchant.

Alors que Marine Le Pen et le Rassemblement national (RN) effectuaient leur rentrée politique ce dimanche 6 septembre à Fréjus, dans le Var, Robert Ménard, maire de Béziers, a estimé dans un entretien publié dans Le Point que Marine Le Pen n’était pas aujourd’hui «en position de gagner» la Présidentielle de 2022:

«Je pense que, aujourd’hui, elle n’est pas en position de gagner. Ça l’exaspère quand je dis cela, mais cela n’a rien contre elle; je pense simplement que le courant de la droite qu’elle incarne n’est pas suffisant pour gagner. Le discours qu’elle tient sur les questions économiques n’est pas en phase avec ce dont notre pays a besoin.»

Le maire de Béziers, qui avait été réélu dès le 1er tour des élections municipales en mai 2020 avec le soutien du Rassemblement national –dont il ne fait pourtant pas partie–, enfonce ensuite le clou et juge que Marine Le Pen se rapproche dangereusement de Jean-Luc Mélenchon dans ses prises de position:

«Je ne partage pas les analyses très gauchisantes du RN sur les questions économiques et sociales. […] J’ai beaucoup de mal à voir les différences entre les programmes du RN et de M. Mélenchon [sur ce terrain, ndlr]. Il n’y en a quasiment pas! Or, je pense que la France n’a pas besoin de ce discours un brin racoleur.»

LFI, RN, même combat?

Qu’en pense-t-on en interne? Marine Le Pen est-elle réellement alignée sur les positions du député de La France insoumise? L’eurodéputé RN Gilbert Collard, interrogé par Sputnik, lui répond directement:

«Je ne vois pas en quoi on peut voir des éléments de rapprochement entre le carnaval économique de Jean-Luc Mélenchon et le programme économique de Marine Le Pen, qui est construit à la fois sur l’idée de souveraineté –notamment par rapport à la mainmise de l’Union européenne– et sur le localisme, qui est à la mode en ce moment avec la crise sanitaire, mais que nous avons initié.»

La critique adressée par Robert Ménard à Marine Le Pen sur la «gauchisation» de sa pensée politique fait notamment référence à la question du régime des retraites. La présidente du RN défend ainsi la retraite à 60 ans avec 40 annuités, une mesure prisée également par l’extrême gauche et qui déplaît fortement au maire de Béziers:

«Marine Le Pen n’arrive pas à reconnaître qu’une personne qui n’est pas de son bord politique puisse, parfois, avoir raison. Sur la réforme de la SNCF, même si je serais allé plus loin que lui, Emmanuel Macron a fait de bonnes choses. Et sur les retraites aussi! Pardon, mais on ne peut pas continuer, comme le fait le Rassemblement national, à faire croire aux Français qu’un statu quo soit envisageable, vivable ou même souhaitable!»

L’enjeu est pourtant de taille pour Marine Le Pen, car une partie de l’électorat de LR pourrait potentiellement se reporter sur sa candidature en 2022. En appelant à une alliance de la droite avec Emmanuel Macron dans une interview donnée au Figaro le 31 août dernier, Christian Estrosi, maire LR de Nice, a en effet rappelé la porosité idéologique qu’il existait entre LR et LREM. Ce qui ne sera pas forcément du goût de l’aile dure des Républicains.

Pour qui vont voter les «déçus» de LR?

Marine Le Pen doit-elle pour autant amorcer un virage plus «libéral» sur le plan économique afin de séduire les déçus de LR? Réponse de Gilbert Collard:

«Le programme économique n’est pas encore totalement mis sur la table. Sur la retraite à 60 ans, personnellement je ne suis pas pour, encore plus dans le contexte actuel. […] Cela étant dit, il ne faut pas avoir peur d’être iconoclaste sur le plan économique.»

Pour le député européen néanmoins, la question du programme économique ne sera pas le tournant décisif de l’élection présidentielle. «Au fond, l’enjeu est ailleurs, il est dans un supplément d’âme, au sens laïc du terme», dit-il, avant de préciser: «ce pays est en pleine dépression, en proie à la violence et à l’égarement. Il nous faut des discours d’encadrement et de rétablissement.»

«Foutre en l’air les appareils politiques»?

Qu’est-ce qui permettrait alors à Marine Le Pen d’avoir une chance de l’emporter en 2022?

Pour Robert Ménard, cela ne fait aucun doute: la finaliste de l’élection présidentielle de 2022 doit quitter son parti:

«Je me souviens de discussions avec Marine Le Pen avant les élections de 2017. Je lui ai dit: “Tu dois quitter le FN, c’est le meilleur signe que tu puisses donner pour les gens qui ont envie de voter pour une femme solide, capable de nouer des alliances.” C’est une nécessité absolue! […] Les gens n’en peuvent plus des partis politiques! Du sien comme des autres.»

Le maire de Béziers n’espère pas une dissolution du RN, mais la construction «d’autre chose», avec une «droite de gouvernement plus raisonnable». Si Gilbert Collard tombe d’accord avec Robert Ménard sur la nécessité de voir Marine Le Pen quitter la présidence du parti, les objectifs diffèrent:

«Oui, Marine Le Pen doit quitter le Rassemblement national. Je pense qu’il faut foutre en l’air les appareils politiques», nous confie l’eurodéputé.

Mais pour ce dernier, c’est moins pour construire une union des droites que pour faire gagner en stature Marine Le Pen, qui devra s’émanciper des lourdeurs partisanes. Un distinguo subtil, mais qui résume les dilemmes récurrents du RN.

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Tags:
Les Républicains (LR), Présidentielle France 2022, Marine Le Pen, Robert Ménard, Gilbert Collard, Rassemblement national (RN)
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