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Fermées depuis six mois, les discothèques se retrouvent dans une situation critique. Les propriétaires multiplient les appels au gouvernement afin de rouvrir leurs portes, sous peine de disparaître. Sputnik s’est entretenu avec le gérant d’un établissement de nuit du nord de la France, qui tire la sonnette d’alarme.

«Les boîtes de nuit sont en train de crever. […] On demande juste de pouvoir bosser.»

Morgan Dalle, propriétaire d’une discothèque, ne peut cacher son amertume au micro de Sputnik. Depuis la fermeture de son établissement pour cause d’épidémie de Covid-19, le patron de L’Antique Café, situé à Béthune (Hauts-de-France), a déjà perdu entre 250.000 et 300.000 euros de chiffre d’affaires.

Une situation similaire à celle de bon nombre de gérants à travers la France. Certains propriétaires envisageraient désormais une reconversion, affirme Morgan Dalle:

«La plupart de mes collègues cherchent un travail activement, parce qu’ils n’ont pas de salaire, pas de revenus. Malheureusement, l’économie étant en difficulté, ils ne trouvent rien. Ils sont en “standby”, n’avancent plus et ponctionnent leurs réserves personnelles pour alimenter le club, mais aussi pour pouvoir vivre tous les jours.»

Comme l’explique le gérant de L’Antique Café, alors que les propriétaires ne dégagent plus de chiffre d’affaires depuis six mois, les charges fixes, quant à elles, continuent à tomber. Sans parler de ceux qui ont contracté des emprunts pour monter leur affaire et n’arrivent plus à rembourser leurs échéances, faute de revenus.

Rouvrir pour survivre

Conscient de cette baisse d’activité, le gouvernement a annoncé en juillet dernier avoir débloqué une aide financière pour leur permettre de survivre. Ainsi, les loyers, les factures d’eau et certains frais seront-ils pris en charge jusqu’à 15.000 euros maximum pour les mois de juin, juillet et août. Pour l’instant, «ce sont des promesses […] On aura peut-être bientôt l’accès au formulaire pour obtenir ces aides, mais on nous dit ça depuis fin juillet», rétorque Morgan Dalle.

«Pour essayer de maintenir à flot la société, on piochera dans nos réserves personnelles, ce que l’on fait déjà depuis six mois. Lorsque celles-ci seront épuisées, on baissera le rideau, on dira au revoir à nos salariés et à une partie de notre patrimoine.»

Comment éviter une telle catastrophe, alors que la hausse des contaminations s’accélère? Pour le patron de L’Antique Café, la solution est simple: rouvrir ou au moins pouvoir redémarrer progressivement l’activité en configuration «bar».

«Ce qui pose problème apparemment, c’est la piste de danse. Olivier Véran l’a bien stipulé. Alors qu’on nous laisse ouvrir avec nos horaires de nuit! On est prêt à faire une croix sur nos pistes de danse pour pouvoir rouvrir et faire rentrer de l’argent.»

D’autant plus que la perspective d’une réouverture dans les prochaines semaines est difficilement imaginable. Et pour cause, sur France Inter, Jean Castex a indiqué envisager une prorogation du régime d’exception transitoire –qui a remplacé l’état d’urgence sanitaire en juillet dernier et qui devait prendre fin en octobre– jusqu’en avril 2021. Une annonce qui pourrait donc être synonyme de statu quo pendant une très longue période.

Le sentiment d’être abandonné par l’État

Un coup dur pour la profession, qui voit également plusieurs secteurs bénéficier de plan de relance, tels que l’industrie du tourisme ou le domaine de la culture. «On se sent abandonnés. Madame Bachelot nous dit que l’on ne fait pas partie de la culture, pourtant on passe de la musique, on verse de la SACEM et SPRE, donc on cotise pour nos auteurs, mais on ne fait pas partie de la culture», ironise Morgan Dalle.

En outre, au-delà d’une impression de manque de considération de la part de l’État, les fêtes se multiplient partout sur le territoire, notamment dans des bars en bord de mer dans le sud de la France, lors de «free parties», ou encore, durant des évènements populaires comme la fête de la musique.

«On essaie de relativiser. Si nous sommes fermés, c’est parce que l’on a décrété que l’on était dangereux pour la santé publique, que nos pistes de danse étaient dangereuses», grince Morgan Dalle, qui ne manque pas de souligner cette incohérence.

Comment réussir à accueillir du public dans des endroits clos où la promiscuité est de mise? Pour tenter de résoudre cette équation, les syndicats du secteur ont proposé plusieurs pistes au gouvernement.

200 patrons à Paris pour interpeller le gouvernement

Un protocole sanitaire qui a reçu une fin de non-recevoir. Celui-ci comportait des propositions comme la prise de température à l’entrée; l’utilisation de l’application Stop Covid pour tracer la clientèle en cas de contamination; ou encore l’aménagement des pistes de danse afin de proposer des carrés VIP qui auraient permis que les gens d’un même groupe (maximum 10 personnes) se retrouvent ensemble à leur table.

Désormais au pied du mur, Morgan Dalle participera à la manifestation du 12 septembre à Paris. Une mobilisation qui devrait réunir près de 200 patrons de boîte de nuit, ainsi que des chauffeurs VTC et des citoyens en difficulté, dont des Gilets jaunes. Suffisant pour espérer que le gouvernement fasse un geste en leur faveur?

«Si on n’avait pas d’espoir, cela fait longtemps que l’on aurait baissé le rideau. On a vraiment espoir de pouvoir rouvrir, c’est pour cela que l’on continue à alimenter nos discothèques sur nos deniers perso […] Après on verra, l’espoir fait vivre comme on dit», conclut Morgan Dalle.

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Tags:
France, gouvernement français, discothèque
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