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Alors que La République en marche (LREM) avait symboliquement perdu la majorité absolue à l’Assemblée nationale en mai dernier, le groupe parlementaire a encore vu trois de ses députés quitter le parti pour rejoindre les rangs du MoDem –et d’autres pourraient suivre. Jusqu’où ira la saignée pour le parti présidentiel?

LREM semble connaître une rentrée politique difficile. Déjà fragilisé par la perte symbolique de la majorité absolue à l’Assemblée nationale en mai dernier, le parti présidentiel accuse une nouvelle vague de départs parmi ses élus.

Dans une interview donnée le 5 août dernier au Figaro, Patrick Mignola, le président du groupe Mouvement démocrate (MoDem) à l’Assemblée nationale, avait «tendu la main» à ceux «de la majorité et de l’opposition» qui le voulaient afin d’«élargir son groupe». Depuis, ce ne sont pas moins d’une dizaine de députés LREM qui ont quitté le parti pour rejoindre les rangs du MoDem. Ce à quoi il faut désormais ajouter trois nouveaux députés, Christophe Blanchet (Calvados), Perrine Goulet (Nièvre) et Blandine Brocard (Rhône), qui ont annoncé ce lundi 7 septembre qu’ils suivaient le mouvement.

Les raisons d’un tel départ sont avant tout politiques et idéologiques. «Je ne peux que constater que nous avons parfois fait preuve de manque d’explication dans nos réformes, que les territoires ne sont pas assez écoutés», a par exemple expliqué Perrine Goulet dans une vidéo postée sur Twitter. Dans une déclaration à l’AFP, la députée Blandine Brocard a quant à elle considéré que le groupe LREM n’avait pas réussi son «ouverture à toutes les idées d’où qu’elles viennent», et avait «facilement tendance à dériver vers une sorte de bien-pensance», affirmant ainsi se «retrouver davantage» dans le MoDem. 

«Un mouvement qui a atteint ses limites»

Comment expliquer ces départs en cascade des élus LREM vers d’autres groupes parlementaires? Interrogé par Sputnik, Jean-Louis Bourlanges, député MoDem des Hauts-de-Seine, y voit d’abord le signe d’un parti dans lequel il est difficile de faire entendre sa voix:

«C’est extrêmement difficile de faire fonctionner une machine aussi importante [que LREM, ndlr]. Je comprends les gens qui nous rejoignent: nous avons une sensibilité assez précise, sociale-libérale, et de plus nous avons un groupe à taille humaine, dans lequel l’échange est facile. […] Le MoDem est un milieu très apaisé et surtout plus homogène. […] Le MoDem est enraciné dans une certaine famille politique, tandis que LREM, c’est un peu l’arche de Noé.»

Les échos rapportés en interne par des «Marcheurs» dressent par ailleurs un état des lieux assez pessimiste pour le parti, pour ne pas dire alarmiste. Dans son édition du 6 septembre, Le Journal du dimanche cite ainsi sous couvert d’anonymat plusieurs cadres du parti estimant que «LREM est en train de mourir» et que le «mouvement a atteint ses limites».

L’un d’entre eux va même plus loin et pose ouvertement la question: «Qui sait si le Président voudra du parti en 2022?». En Marche! semble en manque d’incarnation, alors que Stanislas Guérini, son délégué général, est aussi contesté en interne, d’après les sources du JDD: «Il est complètement emprisonné dans une nouvelle direction qui n’a aucune légitimité.»

Si Jean-Louis Bourlanges ne veut pas «porter de jugement» sur un «grand partenaire», il admet tout de même des réserves sur la façon dont fonctionne LREM:

«Depuis le début, je suis réservé sur le principe d’un parti qui rassemble des gens issus de sensibilités très différentes et qui ne sont fédérées en réalité que par leur loyauté à l’égard du président de la République. C’est une fragilité pour un groupe parlementaire […] Quand on construit un parti en faisant abstraction de ses enracinements dans l’histoire politique française, on s’expose à être en état “d’apesanteur politique”.»

Ces dissensions au sein de LREM interviennent à un moment important pour le parti, qui doit élire son nouveau président à l’Assemblée, lors d’une élection interne ces 9 et 10 septembre. Le précédent président, le député Gilles Le Gendre, a en effet fini par démissionner suite à la divulgation par Marianne d’une «note» sur le remaniement, dans laquelle il donnait son casting personnel. Parmi les cinq candidats déclarés, on retrouve Christophe Castaner, Aurore Bergé ou encore François de Rugy, l’ancien ministre –démissionnaire lui aussi– de la Transition écologique et solidaire. La ligne décidée par le prochain président du groupe parlementaire risquerait-elle d’infléchir une nouvelle fois les orientations politiques du parti? Et donc de provoquer de nouveaux départs? Jean-Louis Bourlanges considère que le mouvement majoritaire a en tout cas besoin de sang neuf:

«Mme Bergé a fait une campagne très active pour la présidence du groupe, mais reste assez clivante. Si c’est M. Castaner qui l’emporte, comme cela est pressenti, ce sera le statu quo et cela ne se fera pas forcément dans l’enthousiasme. Il y a un réel besoin de second souffle pour le parti.»

Les résultats décevants de LREM aux dernières municipales ont montré les limites d’un parti uniquement tourné autour de la personnalité d’Emmanuel Macron, ce qui l’empêcherait de se doter d’une assise idéologique stable, et donc d’un enracinement local durable. Jean-Louis Bourlanges rappelle à notre micro que cela est inhérent à la nature du macronisme elle-même:

«Emmanuel Macron est un homme qui se construit et qui se modifie au fil des mois. Or, comme le parti se définit par rapport à lui, cela rend l’exercice un peu plus incertain. Quand le président de la République nous dit qu’il va falloir “se réinventer”, ceux qui étaient réunis au moment de la première invention se demandent ce que cela va donner!»

Pour autant, cette «transhumance politique» menace-t-elle réellement le poids politique de LREM à l’Assemblée? Les députés MoDem pourraient-ils voter contre leurs alliés de LREM, par exemple sur le projet de réforme des retraites, qui devrait prochainement revenir sur la table, à en croire Jean Castex? Si l’on en croit Jean-Louis Bourlanges, il n’y a pas de désaccord profond entre les deux mouvements:

«Je ne crois pas qu’il y ait une telle différence [entre LREM et le MoDem, ndlr]. Peut-être que le MoDem a une sensibilité sociale plus importante. Mais sur le fond, on ne peut pas dire que le MoDem soit plus à gauche, ou plus à droite, plus européen ou moins européen que LREM.»

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Gilles Le Gendre, François de Rugy, Christophe Castaner, MoDem, La République en Marche! (LREM), Emmanuel Macron
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