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Aux urgences de l’hôpital Robert-Debré (Paris), un homme alcoolisé et son frère ont porté plusieurs coups violents et blessé des agents de sécurité, ainsi que des soignants. La cause? Un temps d’attente trop long lors de la prise en charge de son enfant. Un infirmier revient pour Sputnik sur cet incident et pointe du doigt le manque de personnel.

Les personnels hospitaliers en ont ras le bol. Un nouveau fait-divers les pousse à souligner une explosion des violences en milieu hospitalier, là où l’on devrait au contraire soigner. Un paradoxe total:

«On voit qu’un hôpital pédiatrique peut être attaqué par la violence. On est surpris parce que l’on a déjà vu des violences verbales, physiques, mais pas avec une intensité pareille.»

Laurent Rubinstein, infirmier à l’hôpital Robert-Debré (Paris XIXe) et membre du collectif inter-urgences, reste abasourdi par la scène qui s’est déroulée au service des urgences de son établissement.

Samedi 5 septembre, vers 22h30 un homme «clairement alcoolisé» s’est présenté à l’accueil des urgences «en vociférant que son enfant était dans un état grave, ce qui n’était pas le cas», a indiqué à l’AFP Anne-Françoise Thiollier, infirmière et élue SUD à Robert-Debré.

«Au cours de tentatives visant à calmer et maîtriser le père, rejoint alors par son frère, ils ont blessé une infirmière, une aide-soignante, une cadre de santé, ainsi que deux agents de sécurité présents sur place», a indiqué la direction de l’AP-HP dans un communiqué.

«La supérette est mieux équipée en vidéosurveillance»

À la suite de cet incident, l’«un des agents de sécurité s’est vu prescrire 10 jours d’interruption temporaire de travail (ITT) et trois soignantes ont également été légèrement blessées», a précisé Anne-Françoise Thiollier. Pour «marquer le coup», les soignants de l’équipe de nuit ont fait valoir, durant quelques heures, leur droit de retrait à leur prise de service, le soir du dimanche 6 septembre, a expliqué Yann Guittier, secrétaire général de la CGT à Robert-Debré.

Une agression qui a laissé des traces. Le Comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT) s’est réuni mardi 8 septembre, mais les mesures prises à la suite de cette rencontre sont loin de répondre aux doléances, comme l’écrit le secrétaire général de la CGT à Robert-Debré. «C’est la douche froide, les actions sont en dessous de toute attente. Quel épisode tragique devra nous traverser pour qu’enfin, des moyens soient alloués?» Et de poursuivre, «la supérette qui vend des barres chocolatées est bien mieux équipée en matériel de vidéosurveillance qu’un hôpital pédiatrique parisien, c’est la risée!»

Laurent Rubinstein précise d’ailleurs que ce droit de retrait n’a pas été poursuivi, car «ils ont trouvé une solution à l’amélioration de la sécurité» en ajoutant «une personne».

«Ce qui me semble insuffisant», poursuit-il. «Il faut retravailler l’infrastructure des urgences […] parce que là, tout le monde peut entrer et il y a beaucoup d’accès partout. On peut retrouver des SDF dans l’hôpital. Il y a eu beaucoup de situations où c’était très compliqué à gérer», déplore l’infirmier.

Le membre du collectif inter-urgences dénonce une situation qui perdure. «Il y a un manque de moyens, l’État connaît ce manque, le directeur de l’assistance publique des hôpitaux de Paris connaît ces insécurités, mais on se demande ce qu’ils font et quand est-ce qu’ils vont agir», lâche Laurent Rubinstein.

Un manque criant de moyens

Pour tenter de remédier à la crise que traverse l’hôpital public, après six semaines de négociations lors du «Ségur de la Santé», Olivier Véran, a présenté en juillet dernier 33 mesures afin de répondre aux revendications des personnels soignants, en grève pour bon nombre d’entre eux depuis plus d’un an. Or, selon Laurent Rubinstein, certains problèmes n’ont pas été résolus. À titre d’exemple, il explique qu’à l’hôpital Robert-Debré, «en hématologie pédiatrique, il manque 17 infirmières». Un déficit «énorme» selon lui, et dont les conséquences sont lourdes: «Ce manque de personnel crée une fragilité émotionnelle chez mes collègues qui sont sur le terrain et qui ont des difficultés à prendre en soin les enfants.»

«Plus on avance dans le temps, plus les conditions de travail se détériorent. On a une augmentation de la violence, parce que certaines personnes veulent tout, tout de suite, alors que ce n’est pas possible. Il y a un manque de personnel et des temps d’attente qui sont beaucoup plus longs», conclut Laurent Rubinstein.

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Tags:
France, violences, hôpital, agression
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