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Alors que l’Armée de terre lance sa campagne annuelle de recrutement, espérant enrôler quelques 16.000 jeunes Français, Édouard Philippe a regretté ce lundi 14 septembre un «manque de mélange» social à l’échelle de la nation. De quoi remettre sur la table l’idée d’un service militaire.

L’Armée de terre a lancé ce samedi 12 septembre sa campagne annuelle de recrutement, afin d’attirer environ 16.000 jeunes. L’objectif annoncé: compenser les départs à la retraite et les démissions sur l’année 2020, avec ce slogan: «Osez l’Armée de terre». «On a 165.000 jeunes qui, d’une manière ou d’une autre, viennent au contact de l’Armée de terre et environ 36.000 franchissent le pas de la porte du centre de recrutement», explique Florence Parly, la ministre des Armées. 80 clips vidéo déclinés sur les réseaux sociaux sont prévus pour toucher ces jeunes dont la Grande muette dit avoir grand besoin.

Un besoin d’autant plus pressant que, d’après les derniers chiffres communiqués par le ministère, 30% des nouvelles recrues quittent l’Armée de terre dans les six premiers mois de leur engagement. Un retour au service militaire obligatoire serait-il alors un moyen plus efficace de faire connaître la réalité du métier de militaire et ainsi d’attirer de nouvelles recrues? Interrogé à ce sujet ce lundi 14 septembre sur Europe 1, Édouard Philippe a reconnu que le service militaire, suspendu en 1997 par Jacques Chirac avec la professionnalisation des armées, avait «une valeur et un intérêt» pour les jeunes adultes. Mais l’ancien Premier ministre ne prône pas nécessairement un retour au service militaire obligatoire:

«C’était une très bonne idée pour l’armée, parce qu’elle avait besoin d’être plus opérationnelle encore qu’elle n’était […] Il manque probablement une période de mélange, de creuset, d’engagement et de participation à quelque chose qui vous dépasse et qui est important pour la collectivité, plus qu’elle n’existe aujourd’hui […] sans qu’il faille refaire le service militaire.»

Des déclarations étonnantes, car c’est sous le gouvernement du même Édouard Philippe qu’a été lancé le Service national universel (SNU). Intronisé précisément le 16 juin 2019, il vise, d’après le site officiel du gouvernement, à «impliquer davantage la jeunesse dans la vie de la Nation, promouvoir la notion d’engagement et favoriser un sentiment d’unité nationale autour de valeurs communes». Édouard Philippe fait-il ici le constat d’échec de ce programme?

Quand Édouard Philippe tacle le SNU… qu’il a lancé

Promesse de campagne d’Emmanuel Macron en 2017, le Service national universel a connu depuis le projet initial quelques ajustements, notamment concernant la nature obligatoire du SNU, envisagée dans un premier temps. En l’absence de base légale et constitutionnelle permettant mobiliser des jeunes entre 15 et 16 ans sur plusieurs semaines, le service fonctionne uniquement sur la base du volontariat. Le SNU avait attiré 2.000 jeunes à l’été 2019 et espérait accueillir entre 20.000 et 30.000 volontaires en 2020, mais la crise sanitaire a contraint le gouvernement à annuler le «séjour de cohésion», première phase de la session annuelle.

Souvent critiqué en raison de son coût –Gabriel Attal, ancien secrétaire d’État à la Jeunesse, chargé de chapeauter le programme, avait estimé que le budget du SNU serait compris entre 1 et 1,5 milliard d’euros par an, soit 1,5% du budget annuel dédié à la jeunesse–, le programme a de surcroît été qualifié d’opération de «soumission de la jeunesse», voire d’«endoctrinement des jeunes» dans des tribunes publiées dans Le Monde ou Mediapart. C’est peu dire que le SNU ne convainc pas franchement.

Le SNU, impuissant face au rejet de la République et de la culture française

Sur le site du gouvernement, le SNU est décrit comme «une aventure inclusive et universelle pour donner aux jeunes les clés de leur avenir commun». Un argument qui laisse perplexe le politologue Frédéric Saint Clair, interrogé par Sputnik. Ce dernier considère ainsi que «la fracture sociale n’est plus l’enjeu premier de cohésion nationale» et pointe du doigt ce qu’il appelle la «fracture culturelle et civilisationnelle»:

«La violence qui traverse la société française a le visage d’un rejet à la fois des principes républicains et de la culture et du mode de vie qui ont nourri toute l’histoire de notre pays. Le service national universel ne pourra pas résoudre cette fracture-là, car ces personnes haïssent profondément la France: leur projet est de fracturer la République et d’imposer une culture étrangère importée sur le sol français.»

Si l’ambition affichée du SNU est de «favoriser un sentiment d’unité nationale», voire pour les plus motivés de «créer le déclic d’un engagement durable», comme le confiait Gabriel Attal au Parisien le 20 octobre 2019, pourquoi ne pas revenir tout bonnement au service militaire obligatoire? Le réveil à 6h du matin, le lever de drapeau, les exercices physiques et la vie en communauté sous l’égide de l’armée ne seraient-ils pas des moyens plus efficaces de faire naître des vocations militaires? Pour Frédéric Saint Clair, l’armée n’a pas vocation à assumer ce rôle d’encadrement de la jeunesse:

«Si dix-huit années d’école de la République ne parviennent pas à ramener une partie des Français dans le giron de la République et de la culture française, ce n’est pas dix mois de service national qui vont le faire –et pas même un lever de drapeau!»

Autrement dit, le problème dans la société française –et plus particulièrement au sein de la jeunesse– ne viendrait pas d’un manque de mixité sociale, comme le suggère Édouard Philippe, mais d’une montée des séparatismes.

Le service militaire n’est pas «un projet éducatif»

Un concept repris et dénoncé ces derniers temps par Gérald Darmanin, le ministre de l’Intérieur. Or, pour Frédéric Saint Clair, qui a notamment été conseiller en communication politique du Premier ministre Dominique de Villepin, il n’est pas raisonnable de demander à l’armée d’assumer un rôle d’éducateur qui ne fait pas partie de ses attributions:

«De la même façon qu’il faut préserver aujourd’hui les policiers qui sont dans une situation absolument intenable face à cette société violente, il faut à tout prix préserver notre armée […] On doit surtout donner des moyens à l’armée française de former ceux qui veulent réellement devenir soldats, et non faire de la garderie avec des gamins sous-éduqués, qui ne savent pas parler français correctement et qui refusent les lois de la République», affirme-t-il au micro de Sputnik.

Il s’agirait donc de faire la part des choses entre ce qui dépend de l’Éducation nationale et ce qui dépend de l’armée, celle-ci n’ayant pas vocation, si l’on en croit Frédéric Saint Clair, à éduquer ou à rééduquer une partie de la jeunesse.

Un point de vue qui rejoint en partie celui de Michel Goya, ancien colonel des troupes de marine et docteur en histoire. Interrogé le 2 septembre dernier par Le Figaro sur l’idée, évoquée par Éric Dupond-Moretti, de mettre en place un service citoyen de six à douze mois qui serait encadré militairement et qui s’ouvrirait aux mineurs délinquants, l’ancien militaire a rappelé le sens initial du service militaire: «Le principe du service militaire, puis “national”, n’était pas de rendre service aux jeunes qui y était soumis, par les soi-disant bienfaits éducatifs ou le vivre ensemble, mais de rendre service à la nation, parfois en donnant sa vie. Si l’idée est effectivement de rendre service à la nation, alors oui cela peut se concevoir. Un service militaire n’a de sens que si on engage éventuellement les recrues au combat. Si ce n’est pas le cas, on est alors dans un grand projet éducatif.»

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Emmanuel Macron, ministère français de l'Education, Gabriel Attal, armée de terre, Eric Dupond-Moretti, service militaire, Edouard Philippe
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