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Polémique autour de la 5G en France (8)
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Après la demande de moratoire sur le déploiement de la 5G émise par des élus, le chef de l’État a ironisé, les qualifiant de défenseurs du «modèle Amish». Pourtant, une partie des Français souhaite obtenir des garanties. Le député LFI Michel Larive dresse pour Sputnik la liste des préoccupations concernant cette nouvelle technologie.

«Lorsque le gouvernement n’a pas de contre-argument à opposer, il fait dans la dérision et méprise.»

Michel Larive, député LFI, n’est guère étonné par la réaction d’Emmanuel Macron face à la demande de 70 élus de gauche et écologistes, dont Yannick Jadot, Jean-Luc Mélenchon et François Ruffin, de mettre en place un moratoire sur le déploiement de la 5G.

Lors d’une rencontre à l’Élysée, lundi 14 septembre, avec une centaine d’entrepreneurs de la French Tech, le chef de l’État a ainsi expliqué que «La France est le pays des Lumières, c’est le pays de l’innovation. […] On va tordre le cou à toutes les fausses idées. Oui, la France va prendre le tournant de la 5G, parce que c’est le tournant de l’innovation.»

​Et d’enfoncer le clou:

«J’entends beaucoup de voix qui s’élèvent pour nous expliquer qu’il faudrait relever la complexité des problèmes contemporains en revenant à la lampe à huile! Je ne crois pas que le modèle amish permette de régler les défis de l’écologie contemporaine», a ironisé Emmanuel Macron.

Des déclarations qui ont poussé les associations de défense de l’environnement ANV COP21 et les Amis de la terre [qui ont ironiquement rebaptisé leur compte Twitter les «Amish de la Terre», ndlr], à manifester leur mécontentement devant l’Élysée.

​Au micro de Sputnik, Michel Larive, signataire de la tribune demandant un moratoire publiée dans le JDD, estime que la petite phrase du Président de la République reflète «un mépris face aux inquiétudes des Français.»

«On a un gouvernement qui continue dans sa dérive “austoritaire” [contraction d’austérité et autoritaire, ndlr]. C’est le mépris du peuple, car une très grande majorité des Français pensent comme nous, à savoir qu’il faut effectivement prendre des précautions avec le déploiement de cette technologie.»

En effet, un sondage OpinionWay réalisé les 26 et 27 août dernier pour le cabinet d’avocats MySmartCab, spécialisé dans les actions collectives, révèle que 65% des sondés ont répondu positivement à la question: «diriez-vous qu’un moratoire sur le déploiement de la 5G est nécessaire (je suis pour la suspension du déploiement)

Un moratoire plébiscité par les Français

82% d’entre eux ont aussi exprimé le souhait que toutes les études sanitaires nécessaires soient réalisées avant cette mise en œuvre.

​Des résultats notamment en phase avec les conclusions de la Convention pour le climat. Dans leur rapport, à la quasi-unanimité, les citoyens qui ont pris part à cette initiative ont demandé «un moratoire sur la mise en place de la 5G en attendant les résultats de l’évaluation sur la santé et le climat.»

Conscient, peut-être, des craintes qui traversent une partie de la population, le gouvernement a demandé, en juillet dernier, à quatre inspections de lui présenter un rapport sur l’impact sanitaire de la 5G.

Ainsi, l’inspection générale des finances (IGF), l’inspection générale des affaires sociales (IGAS), le conseil général de l’environnement et du développement durable (CGEDD) et le Conseil général de l’économie (CGE) ont-ils rendu le 15 septembre leurs conclusions. Selon ces entités, «à ce jour, les agences sanitaires qui se sont prononcées, tout en appelant à poursuivre les recherches, considèrent les effets sanitaires de la 5G, comme des autres radiofréquences déjà utilisées, non avérés en deçà des valeurs limites d’exposition», note le rapport que s’est procuré Le Figaro.

Le gouvernement tente de (se) rassurer?

Des conclusions qu’a tenu à rappeler Cédric O, secrétaire d’État chargé de la Transition numérique et des Communications électroniques: «jamais il n’a été avéré que les ondes de radiofréquences aient un quelconque effet ou un quelconque impact sanitaire en dessous des seuils limites d’exposition. […] Les Français en moyenne sont exposés à des valeurs qui sont 100 fois inférieures.»

​Dans un souci de transparence, ils précisent néanmoins que «l’avis est partagé au sein des agences sanitaires sur le fait qu’aucun mécanisme explicatif n’a été mis en évidence de manière probante sur le plan expérimental comme susceptible d’induire un cancer». Et de poursuivre: «pour d’autres auteurs, il existe au contraire un nombre élevé de travaux expérimentaux qui démontrent l’existence d’effets biologiques potentiellement délétères survenant au-dessous des seuils d’exposition réglementaires.»

Comme l’explique Michel Larive, également membre du groupe de travail de l’Assemblée parlementaire franco-allemande sur l’innovation de rupture et l’intelligence artificielle, la 5G pourrait avoir des conséquences environnementales. Technologie de haute fréquence, elle exigerait une multiplication du nombre d’antennes: «cela veut dire que l’on va changer le matériel de réception», ce qui impliquerait de fait, «l’extraction de métaux rares». «Au niveau environnemental, c’est catastrophique», s’insurge le député LFI.

Il déplore par ailleurs une consommation énergétique qui devrait «grimper en flèche». Il en veut pour preuve la décision début août de la filiale de China Unicom, de mettre en veille certaine de ses stations de base ZTE 5G la nuit afin de réduire les coûts d’électricité dans la ville de Luoyang. Un argument pourtant battu en brèche.

Crainte sur l’impact sanitaire et environnemental

L’autre point de crispation est celui de la surveillance généralisée. Pour Michel Larive, la capacité de la 5G à pouvoir «s’interconnecter avec une multitude d’applications» pourrait «entraîner des risques» en matière de données personnelles des utilisateurs. Ainsi serait-elle en définitive une «technologie intrusive».

«Tant que l’on n’a pas de texte ou de règlement encadrant le déploiement de cette technologie, on a un problème de libertés individuelles», affirme le député.

Alors que la 4G, voire la 3G, n’est toujours pas disponible sur l’ensemble du territoire français, l’attribution des fréquences de cette nouvelle technologie mobile doit pourtant débuter le 29 septembre, pour une mise en œuvre à la fin de l’année.

Problème de souveraineté face à la Chine

Cet empressement inquiète le député, car «c’est aussi une question de souveraineté. Aujourd’hui, nous n’avons pas de solution technologique française, ni même européenne, disponible», regrette Michel Larive.

Sur cette problématique, l’exécutif a trouvé une parade. Selon des informations obtenues par Reuters, le gouvernement aurait l’intention d’écarter l’équipementier chinois Huawei de son futur réseau 5G en ne renouvelant pas les autorisations accordées aux opérateurs s’ils continuent d’utiliser ces matériels. Un tour de passe-passe qui pourrait avoir lieu à l’horizon 2028. Le temps de mettre au point une technologie de remplacement?

Avec tous ces éléments qui penchent plutôt en défaveur d’un déploiement rapide de la 5G, comment peut-on expliquer ce calendrier? «Il faudrait demander au gouvernement», rétorque Michel Larive. Et de conclure:

«Souvent lorsqu’il y a une précipitation, je pose la question: est-ce qu’il n’y aurait pas un intérêt financier, voire un lobby, qui pousse le gouvernement à agir de la sorte?»
Dossier:
Polémique autour de la 5G en France (8)

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France, gouvernement, technologie 5G
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