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Le syndicat de police Vigi a déposé plainte contre plusieurs personnalités politiques pour leur gestion de la police nationale durant la pandémie de Covid-19. Alexandre Langlois, secrétaire général du syndicat, a répondu aux questions de Sputnik France à la sortie de l’audience qui s’est tenue à la Cour de Justice de la République.

«L’audition s’est très bien passée.» Alexandre Langlois, secrétaire général du syndicat de police Vigi, était satisfait le 15 septembre en sortant la Cour de Justice de la République à Paris. Son organisation a porté plainte contre Édouard Philippe, Christophe Castaner et Laurent Nuñez, respectivement ex-Premier ministre, ex-ministre de l’Intérieur et ex-secrétaire d’État auprès du ministre de l’Intérieur pour «mise en danger délibérée de la vie d’autrui et entraves aux mesures d’assistance». C’est la gestion de crise sanitaire au sein de la police nationale au début de la pandémie de Covid-19 qui a motivé la plainte de Vigi.

«Les juges instructeurs de la Cour de justice de la République présents ont été très pédagogues», explique Alexandre Langlois au micro de Sputnik. «Ils ont aussi expliqué qu’en fonction de ce que l’on apportera comme pièces, ils pourraient demander au procureur de la République d’ouvrir des enquêtes contre Christophe Castaner ou Laurent Nuñez. C’est ce qui nous intéresse», ajoute le policier.

La volte-face opérée par le gouvernement à propos du port du masque met Alexandre Langlois particulièrement en colère. «Nous avons expliqué le coronavirus que n’était une surprise pour personne. C’était une crise mondiale. À l’étranger, les policiers italiens, chinois, espagnols ou américains portaient des masques. En France, ce n’était pas le cas au début», rappelle le policier.

​Ce n’est en effet que le 20 août dernier que le port du masque est devenu obligatoire pour les policiers nationaux «dans l’exercice de leurs fonctions», cinq mois donc après le début du confinement. Bien trop tard pour Alexandre Langlois, qui fait preuve d’ironie:

«Nous disions pour plaisanter que tant qu’il n’y aurait pas assez de masques en France et que la pénurie sévissait, l’interdiction de porter des masques resterait en vigueur et que dès qu’ils seraient disponibles, nous serions obligés de les porter.»

«On nous disait que le virus n’était pas dans l’air, que nous n’étions pas des personnes à risque. Au final, nous avons quatre de nos collègues qui sont morts du Covid-19», regrette Alexandre Langlois. Ce dernier met en avant que le Conseil scientifique avait, dès le début de la crise, préconisé le port du masque comme mesure de protection individuelle.

«Si elle était nécessaire pour des particuliers, elle l’était aussi pour des policiers qui sont en contact avec différents publics. Je pense notamment à nos collègues de la police aux frontières, qui ont dû gérer les flux migratoires sans les équipements nécessaires. Le risque de contamination par le coronavirus était très élevé», lance Alexandre Langlois.

Le policier lanceur d’alertes, connu pour s’être de multiples fois opposé à Christophe Castaner, avance le bilan de plusieurs centaines de policiers testés positifs et 10.000 confinés pour suspicion de contamination.

«Tous les éléments étaient en possession du gouvernement et nous leur reprochons de n’avoir rien fait. Ils ne sont pas responsables de la crise, mais quand Interpol et le Conseil scientifique disaient que les policiers devaient porter des masques pour exercer leur profession en toute sécurité, ils n’ont pas été entendus par les autorités françaises», affirme Alexandre Langlois.

Ce dernier assure que «certains chefs de service au sein de la police sont allés jusqu’à menacer de sanctions les agents qui porteraient un masque». Une information en effet évoquée dès le 19 mars par Sputnik. «Nous avons donné des éléments au juge montrant que la doctrine de la police nationale avait évolué, pour démontrer que les autorités étaient au courant des faits et des risques et qu’ils n’ont rien fait», ajoute le policier.

«Double aberration»

Un épisode retient particulièrement l’attention de Vigi. Le 25 mars, devant la pénurie de masques qui sévissait en France, le ministère de l’Intérieur a demandé aux policiers de faire don de leurs masques au personnel soignant.

«Nous étions heureux d’aider ceux qui étaient en première ligne. Mais il aurait fallu adapter nos missions en conséquence ou limiter notre action et cela n’a pas été fait en majorité», dénonce le secrétaire général de Vigi.

Autre grief contre les autorités: le non-classement parmi les personnes à risque des policiers exposés au gaz lacrymogène de type CS, utilisé massivement par les forces de l’ordre lors des manifestations des Gilets jaunes. Pour Alexandre Langlois, il s’agit d’une «double aberration»: «Ces policiers ont été mis en danger deux fois.»

​Enfin, pour Vigi, les masques fournis aux policiers ne sont «pas adaptés» aux missions de police. «Ils peuvent très bien être arrachés lors d’une intervention un peu musclée. Nous demandons d’avoir des masques qui se sanglent derrière la tête comme peuvent en avoir certains convoyeurs de fonds d’entreprises privées.»

La procédure judiciaire entamée par Vigi devrait prendre environ 18 mois. En attendant, Alexandre Langlois fait preuve d’humour et donne un conseil aux Français. S’il dit ne pas avoir les connaissances nécessaires pour juger de l’efficacité sanitaire du port du masque, il rappelle le montant de 135 euros d’amende pour non-port:

«Si ça ne protège pas votre santé, ça protégera votre porte-monnaie.»

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Tags:
Christophe Castaner, France, police, coronavirus SARS-CoV-2, Covid-19
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